Par Ahmad Mouslim Diba

Saint-Louis, 3 oct (APS) – A Saint-Louis, ‘’Gouye Seeddële’’ est le nom d’un mythique baobab qui a marqué des générations de la vielle ville, où tous les circoncis se pressaient pour un rituel qui a traversé les âges.

Cet arbre se dressait ‘’majestueusement’’ entre la voie ferrée et la route nationale, à quelque quatre kilomètres du centre-ville de Saint-Louis.

La tradition rapporte que les initiés devaient enfoncer un clou et planter un couteau sur l’arbre, un geste considéré comme un acte de bravoure. Aujourd’hui à sa place trône un arbre planté par les membres de l’association éponyme soucieuse de préserver ce patrimoine culturel de Ndar nom wolof de Saint-Louis.

Comme le génie tutélaire du fleuve ‘’Mame Coumba Bang’’ ou ‘’Reukeul mba ma reuk’’ qui était selon la légende populaire un ‘’djinn’’ (génie) qui apparaissait la nuit pour faire la fête aux noctambules dans les rues, ‘’Gouye Seeddële’’ fait partie des mythes de Saint-Louis.

Thiamba Seck, un observateur de la vielle ville renseigne que ”ce baobab sacré se situait à l’entrée de la ville de Saint-Louis en venant de Dakar et il est connu par tous les Saint-louisiens toutes générations confondues qui ont eu à subir la circoncision”.

Parlant de cet arbre mythique dans son essai ”L’imaginaire saint-louisiens, ‘’Doomou Ndar’’ à l’épreuve du temps”, le philosophe Alpha Amadou Sy fait référence à ce baobab. ”Cet arbre imposant a été pendant plusieurs décennies, le point de convergence de milliers de circoncis avec tout ce que cela charriait comme émotion et stress”, lit-on dans cet ouvrage.

”Avant il était éloigné de la ville”, souligne M. Seck dont les propos ont été renforcés par le doyen Doudou Baye Guèye qui dans un documentaire de la TFM affirme que fort des confidences de l’historien Pr Bouba Diop, ”Gouye Seeddële’’ se situait aux limites de la ville de Saint-Louis”.

Le doyen Guèye indique qu’il ”était le lieu de séparation de Cheikh Ahmadou Bamba et de son ami Diakha Cissé qui le raccompagnait” lors du séjour du guide des mourides à Saint-Louis.

Il symbolisait un lieu lointain et on disait que la personne venait de ‘’Gouye Seeddële”. Selon Thiamba Seck, ”quand les gens s’y rendaient, c’est comme s’ils effectuaient un voyage et ils s’armaient de provisions”.

Arrivés sur les lieux, ils enfonçaient un clou sur l’arbre et y écrivaient leur nom ou un signe. Ils déposaient aussi une paire de chaussures ou un autre objet au pied de l’arbre, rappelle-t-il. Pour expliquer ce geste, il cite l’adage wolof ‘’ragal dou diam gouye”, selon lequel ‘’une personne couarde ne peut pas planter un couteau sur un baobab”.

Se souvenant de ce rituel auquel bon nombre de saint-louisiens ont sacrifié, l’ancien député libéral note que ”lorsqu’ils allaient vers ce baobab en cours de route quand ils urinaient ils pointaient leur couteau sur le sol pour se protéger de l’esprit maléfique tout en sollicitant une rapide guérison”.

Il signale que ”tous ceux qui ont sacrifié à ce rituel ont bravé la peur et la douleur”.

Différentes sources sur le déracinement du baobab

”Malheureusement ce baobab s’est affaissé durant l’hivernage de 1986 quand la route Dakar-Saint-Louis devait être réalisée, ses racines ayant été affectées par les engins qui débroussailler la voie”, renseigne Thiamba Seck. Mais d’autres sources évoquent les conséquences de la furie d’un violent vent pour évoquer le déracinement de ce baobab mythique

”Déraciné par un violent orage en 1986, le reste de l’arbre a été laissé à la merci des bûcherons et des badauds. Or, on aurait pu en récupérer le résidu et le conserver au Centre de recherche et de documentation du Sénégal (CRDS), en prenant le soin de consigner sur papier et sur film son histoire”, se désole Alpha Amadou Sy.

”En plus des Saint-louisiens qui pourraient y retrouver un pan de leur enfance, ces archives auraient une portée indéniable pour s’adonner à une sorte de sociologie de la circoncision dans cette ville du Nord”, estime le philosophe dans son essai publié aux éditions Harmattan en France.

Il pense qu”’à travers les générations qui se sont adonnées à ce rituel autour de ”Gouye Seeddële”, une différenciation progressive se lisait au niveau de l’âge où les enfants subissaient cette douloureuse épreuve’’.

”On sait que les générations les plus anciennes n’entraient dans la +case des hommes+ que vers 20 ans. De ce fait, les circoncis n’y sortaient que pour faire le deuil de leur adolescence en se mariant quelques temps après’’, ajoute-t-il.

Pour ressusciter le baobab, une association d’intellectuels saint-louisiens d’ici et d’ailleurs dirigée par le neveu de Me Lamine Guèye, le premier président de l’Assemblée nationale du Sénégal indépendant, mène quelques activités socio-économiques et culturelles.

Mais ‘’Gouye Seeddële’’, selon plusieurs témoignages, a beaucoup perdu de son histoire et de son prestige et la jeune génération ignore ce point de l’histoire de la vieille ville pourtant si attachée à sa tradition.

AMD/ASB/OID

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