+++Par Assane Dème de l’APS+++

Kossi (Kaolack), 27 sept (APS) – Kossi Baye Niass, rien que ce nom dit beaucoup de l’importance de ce village, point de départ à la mission  spirituelle de Cheikh Al Islam, dont la quête de Dieu est liée dans une grande mesure à cette localité de Ndiaffate, une commune de la région de Kaolack (centre) considérée comme l’une des étapes déterminantes dans la Faydatou Tidjania, profusion gnostique dont Cheikh Ibrahima Niass dit Baye (1900-1927) se déclare être le détenteur.

Situé non loin de la transgambienne, ce village doit beaucoup à El Hadji Abdoulaye Niass El Kabir, père de Baye Niass, venu à Kossi en 1911, alors que ce village n’était qu’un hameau.

La particularité de Kossi Bitéyène – son ancien nom – réside dans le fait que les premiers habitants de ce village sont originaires du Djolof, dans le nord-ouest du Sénégal, précisément de Mbeuleukhé (Louga).

Ils avaient répondu à l’appel au “Jihad’’ de l’Almamy du Rip Maba Diakhou Bâ. Ils étaient venus prêter main forte à sa guerre sainte et étaient aussi à la recherche de terres fertiles. « Ils étaient des musulmans, qui croient en Dieu, au Coran et à la culture des terres », souligne Cheikh Bitèye, notable de Kossi Baye Niass.

“Ici, en bas âge, les enfants, puisque tout le monde est de confession musulmane, vont à l’école coranique avant d’entrer à l’école française’’, dit cet enseignant à la retraite, qui a terminé sa carrière professionnelle dans son village natal en 2017, après avoir été dans plusieurs localités du pays.

L’importance spirituelle de Kossi est liée à la venue dans ce village de El Hadji Abdoulaye Niass, père de Cheikh Al Islam El Hadji Ibrahima Niass, fondateur de Médina Baye, cité religieuse de la commune de Kaolack.

El Hadj Abdoulaye Niass était arrivé dans cette zone vers les années 1911. De nombreuses familles de son Djolof natal y étaient déjà établies.

Baye Niass protégeait les champs de Kossi des prédateurs

Il s’installa d’abord à Taïba-Niassène, lieu de naissance de Cheikh Ibrahima Niass en 1900, à l’aube du 20ème siècle. Taïba Niassène se trouve dans le département de Nioro du Rip, non loin de Kossi. Le vénéré père de Baye Niass finira par s’établir des années plus tard à Léona Niassène, actuellement dans la commune de Kaolack.

Mais, constatant qu’il ne peut vivre sans cultiver la terre, enseigner le Coran et apprendre aux disciples les enseignements islamiques, il prit la décision de s’installer à Kossi, où vivaient déjà certains de ses parents du Djolof.

Le père de Cheikh Al Islam s’y consacra définitivement à l’éducation de ses disciples, à l’enseignement du Coran et aux travaux champêtres. Il se dit que sa présence protégeait les champs de Kossi contre les prédateurs.

Il passait la saison sèche à Kaolack et revenait s’installer à Kossi pendant l’hivernage pour s’adonner à l’agriculture, jusqu’à sa disparition en 1922, selon l’imam ratib de Kossi, Mouhamadou Habib Bitèye.

“C’est à Kossi que Baye Niass a mémorisé le Coran auprès de son père qui a formé de nombreux érudits en islam. En 1922, avec sa disparition, Baye Niass poursuivra son œuvre, sur les recommandations de son grand-frère, Mohamed Khalifa Niass. Il tient l’école coranique que leur avait léguée leur père, avant de devenir le maitre suprême de Kossi où il fit la révélation de la Faydatou Tidjania’’, indique l’imam, insistant sur l’amour que Baye Niass avait pour Kossi.

Même quand il a déménagé à Kaolack, le fondateur de Médina Baye venait régulièrement à Kossi et ne retournait qu’après la dernière prière du soir.

Aussi était-il tout autant engagé, à la suite de son père, pour le développement de la contrée, s’occupant inlassablement des champs de son vénéré père et guide religieux. Ce qui lui donnait l’occasion de réviser, à haute voix, ses cours de Coran et d’enseignement des sciences religieuses, en profitant ainsi de la solitude.

Le Gamouwaate, qui marque la célébration du huitième jour de la naissance du prophète Mohamed (PSL), a été commémoré en 1929 pour la première fois à Kossi Baye Niass, à l’initiative de la Faydatou Tidjania, dont le grand-frère, Mohamed Khalifa Niass, lui avait ordonné de venir s’installer dans ce village, cultiver les terres et enseigner le Coran et la science islamique aux disciples.

La dimension religieuse de Kossi “ignorée’’

En 1929, au Gamou de Médina Baye, Cheikh Al Islam Ibrahima Niass avait lancé l’assistance : “Que qui veut connaitre son Créateur vienne me rejoindre à Kossi’’. “Un monde fou’’ est venu s’établir dans le village devenu son fief, suite à son appel. La Faydatou Tidjania était ainsi née.

En 1929, au cours du “Gamouwaate’’ de cette année-là, à savoir la célébration du baptême du prophète (PSL) de 1929, alors que Baye Niass commémorait cet évènement « dans sa propre chambre où il n’y avait pas plus d’une dizaine de personnes », il leur avait dit : “Nous sommes ici en petit nombre, mais un jour, notre mouvement va s’éparpiller partout à travers le monde. Ce qui est aujourd’hui une réalité’’, commente Cheikh Bitèye.

A la disparition d’El Hadji Abdoulaye Niass, Baye Niass, suivant les pas de son vénéré père, s’inscrivit dans une dynamique d’augmenter encore plus les “daaras’’, formant pour cela plusieurs “Moukhadam’’.

“Il y a des gens qui ignorent la dimension religieuse de Kossi, c’est pourquoi jusqu’à présent, il est resté dans cette situation. Normalement, de par son importance, le village devrait pouvoir disposer de plusieurs infrastructures routières, en plus du bitumage de l’axe qui va de la route nationale à Kossi’’, indique Cheikh Bitèye.

A l’en croire, pendant les évènements religieux qui sont organisés à Médina Baye, Léona ou Taïba Niassène, les disciples de Baye Niass venant du Nigéria, du Gabon, du Tchad, du Niger, du Mali, des Etats-Unis et d’autres pays du monde viennent s’abreuver aux sources de Kossi, sur les traces de Cheikh Al Islam, El Hadji Ibrahima Niass.

“Malheureusement, il arrive régulièrement que leurs véhicules s’embourbent sur les axes qui mènent au village’’, a-t-il poursuivi, estimant que Kossi doit pouvoir bénéficier du programme de modernisation des cités religieuses mis en place par les pouvoirs publics.

Même pour la mosquée du village, insiste-t-il, ce sont les populations locales et quelques disciples de Baye Niass qui ont mis la main à la pâte pour sa construction puisqu’elle était vétuste. “Cela s’est fait conformément aux recommandations du défunt Khalife de Médina Baye, Cheikh Ahmed Tidiane Ibrahima Niass, qui voulait que cet édifice soit enlevé pour ériger un autre plus moderne’’.

Or, cette mosquée devait selon lui être entièrement construite par l’Etat du Sénégal, d’autant plus qu’il s’agit d’un « patrimoine religieux historique », pour avoir été érigé par Baye Niass lui-même.

ADE/BK/MTN/AKS

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