SENEGAL-ENVIRONNEMENT-REPORTAGE
Par Cheikh Gawane Diop
Gandiol (Saint-Louis), 11 mai (APS) – Niché dans le Gandiolais, le Parc national de la Langue de Barbarie (PNLB) a été érigé en 1976 comme sanctuaire privilégié de préservation et reproduction des oiseaux. Ce refuge de la biodiversité doit désormais conjuguer avec l’essor de l’exploitation gazière offshore, tout en luttant contre un déficit criant de moyens humains et logistiques.
A l’occasion de la Journée mondiale des oiseaux migrateurs célébrée le 11 mai de chaque année, l’APS s’est rendue sur le site qui célèbre son cinquantième anniversaire en août prochain.
Ce parc couvre une superficie de plus de 2 000 hectares avec un écosystème assez particulier. De l’île aux oiseaux à l’étroite bande de sable située entre le fleuve Sénégal et l’océan Atlantique, le site accueille plusieurs espèces aviaires et des tortues marines.
Sa gestion est assurée par les agents des parcs nationaux, un corps paramilitaire, appuyés par trois agents de sécurité de proximité (ASP) et neuf écogardes issus des communautés riveraines.
Il dispose d’un Poste de commandement (PC) et de deux postes secondaires, ou postes de garde. Le PC abrite les bureaux du parc, ainsi que les logements des agents. Les postes secondaires sont situés respectivement à Deggou Niayes et à Niayème.
En plus du Poste de commandement et des postes de garde, des agents sont également présents au niveau de trois cases de santé implantées dans les villages périphériques du parc. Dans les cases de santé de Mouit, Deggou Niayes et Gneling Mbao, les soins sanitaires sont assurés par des agents des parcs nationaux formés en santé.
Le Poste de commandement comprend un bloc administratif et un bloc social abritant les logements du conservateur, de son adjoint, du comptable ainsi que ceux des autres agents.
On y trouve également le campement dénommé ‘’le héron cendré’’ qui accueille 18 écogardes. Il comprend aussi un restaurant géré par les écogardes.
La route menant vers l’entrée principale du parc est bordée d’arbres. Des panneaux d’indication sont également visibles à quelques encablures.
Le PNLB, érigé en sanctuaire pour la reproduction des oiseaux, a été créé par décret présidentiel nº 76-0016 du 9 janvier 1976. Le site doit sa célébrité à la fameuse ‘’Île des oiseaux’’ décrite comme un véritable lieu de nidification aviaire.
L’objectif était la conservation de l’île de reproduction des oiseaux et la conservation de cet écosystème assez particulier. Le site abrite la partie sud de la Langue de Barbarie, le fleuve Sénégal, deux lagunes, Lawmar et Douty, a expliqué à l’APS le lieutenant Christine Valentine Noëlla Sagna, adjointe du conservateur du parc chargé de l’accueil.
‘’La Langue de Barbarie est un site utilisé non seulement pour la reproduction des oiseaux mais également pour la reproduction des tortues marines’’, précise-t-elle dans un entretien accordé à l’APS, en perspective à la célébration, ce lundi 11 mai, de la Journée mondiale des oiseaux migrateurs.
Au PNLB, la période propice de reproduction des oiseaux débute en décembre pour se poursuivre jusqu’en juin, peu avant les premières pluies. Cette reproduction concerne plus les laridés, la sterne royale, la sterne hansel, le goéland railleur, la mouette à tête grise et la sterne caspienne’’, fait savoir le lieutenant Sagna.

Les sites de reproduction sont ‘’l’île aux oiseaux’’ et une partie de la Langue de Barbarie, une bande de sable d’environ 100 à 150 mètres de largeur. Elle sert également de site de reproduction des tortues marines, principalement la tortue verte.
‘’Nous menons des activités de suivi de reproduction des oiseaux, appelées le suivi des colonies nicheuses’’, a-t-elle relevé, soulignant qu’elles consistent à se rendre sur les sites de reproduction, tous les mercredis, pour recenser les espèces qui sont actuellement en reproduction.
Ces suivis hebdomadaires visent à mener des observations afin d’identifier d’éventuelles actions anthropiques, naturelles, susceptibles de perturber la reproduction des oiseaux. Ils permettent d’évaluer le nombre d’oiseaux nicheurs. L’objectif est de suivre, au fil des années, l’évolution de la reproduction des oiseaux dans le parc et de voir si le site continue de préserver les conditions qui ont motivé sa création ou s’il est confronté à certaines contraintes’’, a-t-elle ajouté.
Peu après le déjeuner, nous nous embarquons à bord d’une pirogue pour un circuit touristique pour nous rendre sur le site de reproduction des oiseaux. Le lieutenant Sagna utilise des jumelles pour mieux observer les oiseaux. Pendant presque une heure, nous avons fait un magnifique circuit fluvial pour admirer la beauté de certains oiseaux appartenant à la famille des Laridae, notamment la sterne royale.

Entre tourisme balnéaire et tourisme de découverte
Site attirant beaucoup de monde, le Parc national de la Langue de Barbarie allie tourisme balnéaire et tourisme de découverte pour aller à la rencontre des espèces aviaires, de la faune et de la flore. ‘’Chaque année, nous recevons plusieurs profils de touristes, mais beaucoup plus des étrangers’’, renseigne le lieutenant Sagna.
La fréquentation peut tourner entre 150 à 200 visiteurs en fonction des périodes hautes et des périodes faibles. En 2025, au mois d’août, elle dit avoir constaté un pic de visiteurs, sans donner plus de détails.
En plus des élèves, des étudiants visitent le parc d’avril jusqu’en juin, a-t-elle fait savoir, précisant qu’ils viennent des villages périphériques, de Saint-Louis, de Dakar et de Ziguinchor. ‘’Le parc est très visité, c’est un site qui attire beaucoup de monde”, s’est-elle notamment félicitée.
Le mode de gestion est à la fois participatif et inclusif, à travers une forte implication communautaire.
“Donc, on essaie, dans toutes nos activités, d’intégrer la communauté, les jeunes, les femmes des villages qui se trouvent à la périphérie’’, souligne l’adjointe au conservateur du parc, chargée de l’accueil.
L’activité phare, pendant les vacances, concerne le reboisement. Plus de 150 jeunes des 17 villages périphériques sont mobilisés, en plus des scouts et des guides de Saint-Louis.
‘’En parallèle, nous travaillons de près avec les Groupements d’intérêt économique (GIE) de femmes, notamment autour de l’activité ostréicole. Nous les accompagnons pour qu’ils puissent disposer d’unités de transformation et mieux s’organiser dans la collecte, la transformation et la mise en marché de leurs produits. Cela leur permet d’améliorer concrètement leurs revenus et leurs conditions de vie”, a-t-elle expliqué.
Principaux défis : déficit en moyens humains et logistiques et l’exploitation gazière
S’il y a, aujourd’hui, quelque chose qui constitue une menace pour le PNLB, c’est peut-être bien l’exploitation gazière dans le cadre du projet Grand Tortue Ahmeyim (GTA), en plus d’un manque de personnel et de moyens également.
Le conservateur du parc, le capitaine Abdoulaye Ndiaye, a fait part de contraintes liées au déficit criant en moyens humains et logistiques. Il a notamment déploré la vétusté des postes de garde, plaidant pour un maillage du site afin de mieux assurer la protection des oiseaux pendant la période de reproduction.
Le capitaine Ndiaye évoque une autre contrainte, relative à l’exploitation gazière offshore, dans le cadre du projet Grand Tortue Ahmeyim (GTA). C’est pourquoi, il suggère de faire un suivi impact spécifique pour mieux gérer les ressources du parc.
Malgré ces défis énormes, le conservateur annonce la rénovation prochaine du Poste de commandement (PC) principal et d’autres aménagements touristiques attendus avec les bailleurs pour améliorer l’attractivité du parc.

CGD/ASB/HB/MTN/HK

