“Nguy Ndemba” de Birkelane, un baobab sacré tombé dans l’oubli
“Nguy Ndemba” de Birkelane, un baobab sacré tombé dans l’oubli

SENEGAL-CULTURE-PATRIMOINE

Birkelane, 12 sept (APS) – Le baobab “Nguy Ndemba” de Birkelane, considéré comme un élément important du patrimoine culturel et thérapeutique de la région de Kaffrine (centre), garde l’empreinte du passage de Maïssa Wally Dione, premier roi du Sine. Malgré son aura résultat de sa dimension spirituelle conformée par une histoire singulière, ce géant demeure dans l’ombre.

Situé à la sortie du village, dans le quartier de Thiérère de Birkelane, le site historique “Tuurub Nguy Ndemba”, qui abrite ce baobab, impose sa silhouette majestueuse au milieu des champs de mil et d’arachide verdoyants en cette fin l’hivernage.

À côtés, deux jeunes baobabs s’élancent, tandis que le vieux tronc, malgré ses trois siècles d’existence, continue de donner de nouvelles pousses.

Considéré comme un patrimoine culturel immatériel, l’arbre est estimé à plus de 300 ans, selon Malick Ndiaye, conservateur du site, qui en transmet l’histoire avec passion.

Trouvé assis sur sa chaise dans le quartier de Thiérère, M. Ndiaye raconte avec passion l’histoire de cet arbre dont la mémoire se transmet de génération en génération.

”Ce baobab date de plus de 300 ans, du temps de Maïssa Wally Dione, premier roi du Sine”, raconte-t-il, évoquant le passage du souverain venu du Baol en route vers le Saloum.

Ce récit transmis par les anciens, rapporté par Malick Ndiaye, donne au baobab ”Nguy Ndemba” une dimension presque mythique.

Selon lui, Maïssa Wally Dione et ses compagnons, épuisés par la soif au terme d’un long voyage, se seraient arrêtés sous l’arbre. 

Signe inattendu, un varan grimpant le tronc de l’arbre et laissant tomber une goutte d’eau, éveilla leur curiosité.

En explorant l’intérieur du baobab, ils découvrirent une cavité remplie d’eau. Après plusieurs tentatives, l’un d’eux parvint à y accéder, permettant au groupe de se désaltérer et d’abreuver leurs troupeaux, explique le conservateur.

Cette histoire éclaire la place particulière qu’occupe le baobab dans la mémoire de la communauté. ”C’est un arbre important, protecteur et symbole de sécurité. On lui attribue même des vertus de guérison”, ajoute-t-il.

À l’époque à laquelle se rapporte ce récit, le paysage était très différent de celui caractérisant actuellement ce terroir.

”Il n’y avait rien ici, c’était une grande forêt, il n’y avait aucun village à ce moment-là, à part Nawel”, rapporte Malick Ndiaye.

Le Baobab “Nguy Ndemba” est également associé à des pratiques rituelles communément appelées “Tuurub Nguy Ndemba”, qui continuent, selon lui, à se perpétuer au sein de la communauté.

Des femmes continuent de se rendre à ”Nguy Ndemba” pour y accomplir des libations, surtout lorsque les pluies tardent à tomber.

Les officiants versent du lait caillé sur le site avant qu’un membre de la famille Ndao, avec l’autorisation du gardien du culte, ne grimpe sur l’arbre. Ce rituel, transmis de génération en génération, reste vivant au sein de la communauté.

Jadis fréquente, cette pratique se fait de plus en plus rare avec les années, souligne Malick Ndiaye.

Le conservateur appelle enfin à la valorisation et à la préservation de ce patrimoine immatériel, témoin de l’histoire et des croyances du Ndoucoumane.

CTS/HB/ASB/HK/ADL/BK