À Tivaouane, les travailleurs du secteur informel entre dévotion spirituelle et corvées quotidiennes
À Tivaouane, les travailleurs du secteur informel entre dévotion spirituelle et corvées quotidiennes

SENEGAL-RAMADAN-TRAVAIL

Tivaouane, 8 mars (APS) – Le mois de Ramadan, période de jeûne et de recueillement spirituel, n’exempte pas les travailleurs indépendants et du secteur informel de leurs activités quotidiennes à Tivaouane, où beaucoup continuent de s’activer sous une chaleur accablante pour assurer le minimum vital à leurs familles.

À mesure que le soleil grimpe vers le zénith, la chaleur devient étouffante dans la cité religieuse. Malgré le jeûne, ouvriers, artisans et petits commerçants poursuivent leurs tâches, contraints par les charges familiales et l’obligation de subvenir aux besoins du foyer.

Dès les premières heures de la matinée, les ateliers de fortune ouvrent leurs portes. Vulcanisateurs, mécaniciens, cireurs de chaussures, fleuristes et marchands ambulants prennent position aux carrefours les plus fréquentés de la ville.

Tous poursuivent le même objectif : réunir entre 2 000 et 3 000 francs CFA avant midi, le minimum pour garantir un repas à la famille.

‎Alioune Diop, vulcanisateur installé au bord de la route, dépend presque entièrement du passage des véhicules. Une crevaison à réparer ou un simple ajustement de la pression d’un pneu peut déterminer son revenu du jour.

‎”En quittant la maison ce matin, je n’ai laissé aucun sou. Jusqu’à présent, je n’ai rien gagné. Peut-être qu’après la prière du vendredi, un chauffeur viendra pour un service”, confie-t-il.

‎Comme pour de nombreux artisans, ses recettes restent tributaires d’une demande aléatoire. Certains jours, deux ou trois clients suffisent pour faire bouillir la marmite. D’autres fois, la matinée s’écoule sans la moindre rentrée d’argent.

‎La chaleur, accentuée par l’harmattan et la poussière, ralentit la circulation et réduit l’activité, affectant ainsi les revenus des travailleurs du secteur informel.

Des stratégies d’adaptation

Face à la baisse de la consommation pendant la journée, certains commerçants réorganisent leurs activités. Ibrahima Camara, habituellement vendeur de café, a ainsi choisi de s’adapter.

‎”Mon activité principale, c’est la vente de café. Mais pendant le Ramadan, personne n’en consomme le matin. Alors je cire des chaussures dans la journée et je reprends la vente de café le soir”, explique-t-il.

‎Cette stratégie d’adaptation est de plus en plus répandue dans l’informel. Beaucoup déplacent leurs activités vers les heures suivant la rupture du jeûne, lorsque la circulation reprend et que les habitants se regroupent autour des mosquées et des places publiques.

Cependant, ces réaménagements horaires ne garantissent pas toujours des revenus suffisants. ”Parfois, on ne dépasse pas 1 500 francs CFA”, reconnaît-il.

À Tivaouane, les travailleurs du secteur informel entre dévotion spirituelle et corvées quotidiennes

La précarité des revenus urbains est accentuée par la situation dans les villages environnants, où les récoltes du dernier hivernage ont été peu abondantes.

De nombreux ménages des localités satellites de Tivaouane comptent ainsi sur les envois quotidiens effectués depuis la ville. Les téléservices de quartier enregistrent une affluence régulière en fin de matinée et en début de soirée.

Les montants transférés, généralement compris entre 1 000 et 5 000 francs CFA, constituent souvent une bouffée d’oxygène pour les familles rurales.

Pris individuellement, ces transferts peuvent paraître modestes, mais ils forment un véritable lien économique entre la ville et les villages environnants.

‎À Tivaouane, la survie économique repose largement sur des activités journalières sans véritable filet de sécurité. L’absence d’épargne, l’irrégularité des revenus et l’augmentation des besoins durant le Ramadan accentuent la vulnérabilité des ménages.

‎Pour beaucoup, la logique est simple : gagner quelques billets le matin pour les envoyer avant la fin de la journée. Chaque somme représente un repas assuré, une dette réglée ou un soutien aux proches restés au village.

Sous la chaleur et dans l’effort du jeûne, les travailleurs du secteur informel poursuivent ainsi leur lutte quotidienne pour maintenir un fragile équilibre entre foi, responsabilités familiales et impératifs économiques dans la cité religieuse tidiane.

À Tivaouane, les travailleurs du secteur informel entre dévotion spirituelle et corvées quotidiennes

MKB/ADI/MK/AB