Retour sur l’histoire du Gamou de Tivaouane, un héritage spirituel d’Elhadji Malick Sy
Retour sur l’histoire du Gamou de Tivaouane, un héritage spirituel d’Elhadji Malick Sy

SENEGAL-RELIGION-COMMEMORATION

Tivaouane, 27 août (APS) – La cité religieuse de Tivaouane s’apprête à abriter le Gamou dans la nuit du jeudi 4 au vendredi 5 septembre, un rassemblent annuel célébrant la naissance du Prophète Mohamed (PSL) et dont le format remontant à 1902 dans cette cité religieuse, porte la marque indélébile d’Elhadji Malick Sy.

Comme chaque année, l’événement attire des milliers de fidèles venus des quatre coins du Sénégal et de la diaspora, transformant Tivaouane en un carrefour de spiritualité, de convivialité et de mémoire.

Dans les ruelles, c’est déjà l’effervescence, la mobilisation générale pour l’accueil des hôtes.

Des marmites sont déployées dans les concessions et les déclamations de poèmes résonnent dans les foyers, embaumant l’air ambiante d’une ferveur propre aux grandes veillées de Tivaouane.

Au-delà de cette atmosphère à la fois festive et spirituelle, le Gamou de Tivaouane s’inscrit dans une histoire profondément marquée de l’empreinte de Seydi El Hadji Malick Sy (1855-1922).

Selon Serigne Assane Sy, héritier et dépositaire de cette mémoire, l’événement tire son origine d’une transformation décisive opérée par l’érudit au début du 20-ème siècle.

Une fête païenne “islamisée” 

À l’époque, cette date était dédiée à des réjouissances profanes héritées des traditions “ceddo” (païens). Elles étaient ponctuées de danses, de beuveries et de chants mondains.

“Installé à Tivaouane à l’appel de commerçants lébous de Ouakam, il [Elhadji Malick Sy] a voulu redonner à cette commémoration toute sa dimension spirituelle”, raconte Serigne Assane Sy.

L’entreprise de l’érudit consista à faire du Gamou une veillée de piété, consacrée exclusivement à la lecture du Coran, aux louanges au Prophète (PSL) et à la transmission des valeurs de l’islam.

Dès la première édition organisée à Tivaouane, les réjouissances profanes furent remplacées par la récitation du Livre saint de l’islam et des prières collectives.

Depuis, le Gamou de Tivaouane a pris de l’ampleur, pour devenir une véritable institution religieuse.

Le “burd” comme avant-première

Les veillées se sont enrichies au fil du temps de récitals de poèmes composés par El Hadji Malick Sy et ses disciples, de rappels sur la vie et l’œuvre du Prophète (PSL), des enseignements destinés à raviver la foi et à renforcer le lien spirituel entre les disciples et leur guide.

Au centre de la préparation de cet événement, il y a en avant-première, le “burd”, un rituel incontournable, qui se déroule pendant dix nuits consécutives, du 1er au 10 Rabi’ al-Awwal, troisième mois du calendrier musulman.

Les fidèles se rassemblent dans les mosquées et les “daaras” (écoles coraniques) pour réciter, chapitre après chapitre, le célèbre poème d’Al-Boussayri, “Al Bourda”.

Composé au 13-ème siècle, ce texte qui célèbre la grandeur du Prophète (PSL) et auquel la tradition attribue des pouvoirs de guérison, est devenu partie intégrante de la spiritualité tidiane de Tivaouane.

Sa récitation en chœur, rythmée par des mélodies héritées des maîtres, plonge les disciples dans une forme d’extase.

À l’approche de la nuit du 12 Rabi’ al-Awwal, point culminant du Gamou, la cité d’El Hadji Malick Sy devient le cœur battant d’une mémoire vivante.

Les milliers de pèlerins qui convergent vers Tivaouane ne viennent pas seulement assister à une cérémonie religieuse, ils participent aussi à la transmission d’un héritage spirituel et culturel.

“Le Gamou n’est pas seulement une date du calendrier musulman. À Tivaouane, c’est un legs de Seydi El Hadji Malick Sy, un flambeau allumé pour éclairer les générations. C’est aussi un moment de formation, de rappel et de raffermissement de la foi”, souligne Serigne Assane Sy.

Ainsi, plus d’un siècle après qu’il a été initié en 1902, le Gamou de Tivaouane reste un moment de spiritualité dont la renommée dépasse les frontières sénégalaises, perpétuant ainsi l’œuvre de son inspirateur, dont l’influence sur la la vie religieuse du pays reste plus que jamais perceptible.

MKB/ADI/BK