AFRIQUE-SENEGAL-SANTE
Dakar, 12 mai (APS) -Environ 85% des travaux de recherche en santé concernant l’Afrique est réalisée hors du continent et les 15% restants sont concentrés entre le reste du vieux continent, notamment l’Afrique du Sud, l’Afrique du Nord, l’Afrique de l’Est et une infime partie à l’Afrique de l’Ouest francophone, a indiqué mardi, le chercheur senior à l’Institut de recherche en santé, de surveillance épidémiologique et de formation (IRESSEF), Moussa Sarr.
‘’Ces recherches sont faites et centralisées en dehors du continent, et dirigées par des non Africains’’, a précisé M. Sarr, à l’ouverture d’une rencontre organisée en présence de journalistes membres du Réseau des médias africains pour la promotion de la santé et de l’environnement (REMAPSEN).
Selon lui, ”il est aujourd’hui important pour les chercheurs africains de diriger la recherche pour apporter les réponses spécifiques aux questions de développement de l’Afrique’’.
”Les priorités de recherche de l’Afrique sont laissées en rade parce que les bailleurs viennent avec leur propre agenda’’, a ajouté Dr Moussa Sarr, également responsable du groupe de développement des affaires et coopération à l’IRESSEF.
Désigné ”champion” par l’initiative ”Voix africaines de la Science” (AVOS) de l’organisation Speak Up Africa, il dit regretter aussi le fait qu’aujourd’hui 50% des fonds de recherche alloués à la santé soient ‘’partis avec l’avènement du gouvernement Trump’’, appelant les gouvernements africains à plus de financement pour la recherche-développement.
Outre la question du financement domestique de la recherche par nos Etats, a-t-il relevé, la principale barrière dans les pays francophones reste la langue, puisque toutes les offres de financement de recherche se font en anglais.

Dr Coumba Touré Kane, enseignante-chercheure à la Faculté de médecine, pharmacie et d’odontologie de l’université Cheikh Anta Diop de Dakar, a rappelé que tous les pays membres de l’Union africaine s’étaient engagés à mettre 1% de leur PIB dans la recherche. ”Malheureusement très peu de ces pays ont atteint ce niveau”, a-t-elle dénoncé, invitant l’Etat du Sénégal à renforcer les moyens domestiques alloués à la recherche.
‘’Ce qu’il faudrait vraiment, c’est renforcer les moyens au niveau domestique, en plus des moyens que l’Etat va mettre. Il faut également, peut-être, renforcer le partenariat public-privé pour que les privés puissent contribuer à cette recherche”, préconise Dr Kane, par ailleurs chercheure au Centre régional en recherche clinique et en formation socio-anthropologique.
Il s’agit également, pour l’ancienne rectrice de l’université Sine-Saloum de Kaolack, de ‘’renforcer aussi la recherche par les mécènes, et voir comment la philanthropie pourra contribuer à cette recherche au niveau de notre pays’’.
‘’Il faut aussi que, dans les universités, les gens puissent se regrouper en équipes de recherche pour qu’on puisse ensemble répondre aux problématiques de notre pays’’, a-t-elle encore préconisé.
L’initiative les ”Voix africaines de la Science” est une plateforme collaborative visant à ‘’amplifier les voix de scientifiques africains”.
La première édition de cette initiative a été lancée en 2020 et la deuxième en 2026, avec l’attribution de titre de champions à des chercheurs, pour renforcer la visibilité et la crédibilité des scientifiques africains.
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