SENEGAL-EDUCATION
Dakar, 3 juil. (APS) – L’utilisation des langues nationales dans les apprentissages représente un levier essentiel pour améliorer les performances scolaires des enfants, favoriser leur inclusion et renforcer l’efficacité des systèmes éducatifs africains, a réaffirmé, vendredi, à Dakar, le ministre de l’Éducation nationale, Moustapha Mamba Guirassy.
“Nos langues nationales sont extrêmement importantes et constituent des leviers pour nos différents systèmes éducatifs, des leviers pour une quête de performance scolaire pour nos enfants, mais aussi dans une logique d’inclusion, parce qu’il faut connecter cette question à la problématique de l’alphabétisation”, a-t-il déclaré à l’ouverture de la réunion du comité de coordination internationale (CCI) du projet École et langues nationales (ELAN).
Cette rencontre est organisée à Dakar par l’Organisation internationale de la Francophonie (OIF), à travers son Institut de la Francophonie pour l’éducation et la formation (IFEF).

Elle réunit les pays partenaires du projet ELAN afin d’évaluer les résultats enregistrés et de définir les orientations futures de cette initiative, qui promeut depuis 2012 une éducation bi-plurilingue inclusive et de qualité dans l’espace francophone.
Pour M. Guirassy, les langues maternelles constituent un facteur déterminant dans le développement de l’enfant. “Il n’y a qu’à travers les langues maternelles, les langues locales, que nous arrivons à être dans une véritable dynamique d’éducation”, a-t-il soutenu, estimant qu’un enfant “déconnecté de son environnement et de ses réalités est dans l’instruction, mais pas dans une véritable éducation”.
Le ministre considère également que la promotion des langues nationales répond à un impératif de justice sociale et de souveraineté éducative, culturelle et cognitive, en permettant d’intégrer davantage de citoyens, notamment ceux évoluant en dehors du système éducatif formel.

Prenant part à la rencontre, la ministre d’État gabonaise de l’Éducation nationale, de l’Instruction civique et de la Formation professionnelle, Camélia Ntoutoume Leclercq, a plaidé pour un enseignement précoce des langues nationales afin de renforcer les apprentissages et de préserver le patrimoine linguistique africain.
Elle s’est réjouie de l’engagement de la Francophonie en faveur de la valorisation des langues nationales, en citant des propos attribués à Nelson Mandela, selon lesquels parler à une personne dans sa langue maternelle “touche son cœur”.
Selon Camélia Ntoutoume Leclercq, l’introduction des langues nationales dès la petite enfance facilite les apprentissages tout en contribuant à la transmission de l’identité culturelle.
Elle a également évoqué l’expérience du Gabon, où des activités culturelles scolaires, à travers le chant, les contes et la danse, sont mises à profit pour rapprocher les élèves de leur histoire et de leurs langues.

Le projet ELAN constitue l’un des principaux programmes de l’OIF en faveur de l’enseignement bilingue, a rappelé la directrice de l’Institut de la Francophonie pour l’éducation et la formation (IFEF), Mouna Laroussi.
Mis en œuvre depuis près de dix-sept ans dans plusieurs pays francophones, il a permis, selon elle, de produire des politiques linguistiques, des outils pédagogiques, des ressources didactiques et de nombreuses bonnes pratiques.
Elle a indiqué que la réunion de Dakar vise à capitaliser ces acquis afin de permettre aux États partenaires d’aller plus loin dans l’intégration des langues nationales dans leurs systèmes éducatifs, en complément d’autres initiatives menées dans ce domaine.
M. Guirassy a, par ailleurs, regretté le faible impact des systèmes éducatifs africains sur la transformation des sociétés, malgré les investissements réalisés depuis les indépendances.
“Nous avons beaucoup plus d’écoles et beaucoup plus d’universités, mais les transformations attendues par les populations ne sont pas au rendez-vous”, a-t-il relevé, attribuant cette situation à une déconnexion entre l’école et les réalités sociales et culturelles des populations.
Le Sénégal, a-t-il rappelé, s’est engagé dans une réforme visant à évoluer “d’un système éducatif vers une société éducative”, une orientation qui accorde une place importante aux langues nationales dans les politiques éducatives.
AUT : BAB/BK
