Mamadou Hawa Ba, une étudiante passionnée de pisciculture à la conquête du marché local de Tambacounda
Mamadou Hawa Ba, une étudiante passionnée de pisciculture à la conquête du marché local de Tambacounda

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Tambacounda, 8 mars (APS) – Mamadou Hawa Ba, étudiante en droit des affaires ambitionne de relever le défi de la pisciculture dans la ville de Tambacounda. En tant que femme, elle souhaite briser les stéréotypes et se hisser au sommet de ses rêves en devenant une grande entrepreneure capable d’approvisionner en poissons le marché local de cette ville du Sénégal oriental.

Dans sa maison familiale située à côté de l’école élémentaire du quartier Quinzambougou de la ville Tambacounda, Mamadou Hawa Ba, haut de ses 26 ans a aménagé deux bassins piscicoles contenant principalement des espèces de poissons tels des Tilapia ou des rougets.

À côté de ces deux bassins, un système de pompage d’eau est mis en place dans un puits qui se trouve dans l’enceinte du domicile familial.

Avec l’aide de sa maman et certains membres de sa famille, Mamadou Hawa Ba a mis en place cette ferme d’élevage de poissons, ”un pari osé ou un véritable goût au challenge”, selon elle.

Une passionnée de pisciculture qui veut contribuer au développement local

”Je suis une passionnée de pisciculture et j’aime aussi toute autre activité génératrice de revenus qui peut participer au développement local de ma région”, a-t-elle déclaré dans un entretien avec l’APS à l’occasion de la célébration ce 8 mars de la Journée internationale des droits des femmes.

”La pisciculture offre beaucoup d’opportunités surtout dans une région comme Tambacounda qui n’a pas accès à la mer, le poisson se fait rare parfois, occasionnant une cherté des prix, d’ailleurs, c’est ce qui m’a poussé à me lancer dans la pisciculture”, a-t-elle expliqué.

De teint clair, taille moyenne, Hawa comme aime l’appeler affectueusement sa maman, garde toujours le sourire et une énergie débordante malgré cette période de ramadan où le jeûneur est mis à rude épreuve par une canicule qui sévit dans la ville de Tambacounda.

”Au début, je pensais que c’était impossible de développer une telle activité avec le climat de Tambacounda mais dès que j’ai démarré, j’ai senti petit à petit que c’est possible de le faire”, dit-elle.

Mamadou Hawa Ba est née en 1999 au quartier Quinzambougou de la ville de Tambacounda. Elle y a fait toutes ses humanités en faisant notamment ses études secondaires au lycée Mame Cheikh Mbaye et au lycée d’excellence de Tambacounda.

Après l’obtention de son baccalauréat en 2019, elle a rejoint la Faculté des sciences juridiques et politiques de l’université Cheikh Anta Diop de Dakar où elle suit actuellement un Master 1 en droit des affaires.

Démarrage avec un budget de 2 millions de francs CFA

Parallèlement à ses études de Master en droit des affaires, elle a décidé de suivre à Mbour une formation pratique en pisciculture avec l’appui technique de Push’Agri Farm, une entreprise spécialisée dans la fourniture de services et de produits aquacoles et agroécologiques.

Mamadou Hawa Ba, une étudiante passionnée de pisciculture à la conquête du marché local de Tambacounda

Après cette expérience, elle décide de retourner dans sa ville natale de Tambacounda pour se lancer dans la pisciculture avec le défi principal d’approvisionner progressivement le marché local de Tambacounda, en poissons.

Pour y arriver, Hawa a mis en place, pour démarrer ses activités, un bassin étang d’une capacité de 3000 sujets et un bassin hors-sol d’une capacité de 600 sujets.

”J’ai commencé avec mes propres moyens et avec le soutien financier de ma maman, avec  un budget de 2 millions de francs CFA. Je n’ai pas voulu prendre un prêt bancaire car si l’activité ne marchait pas, j’allais me retrouver avec des dettes difficiles à rembourser. Donc, je me suis lancée avec mon propre budget et aujourd’hui je suis en train de m’en sortir petit à petit’’, a-t-elle expliqué.

”Nous vendons le poisson que nous produisons au marché local. Toutefois, il faut le reconnaître, nous avons quelques difficultés pour écouler parfois nos produits parce qu’on n’est pas encore bien connu dans la ville”, a-t-elle souligné.

Le développement de cette activité n’est pas un long fleuve tranquille pour cette étudiante en droit des affaires, qui dit rencontrer certaines difficultés liées à la cherté de l’aliment servant à nourrir les alevins.

Plaidoyer pour un accès facile aux financements

”Nous avons des contraintes par rapport au coût de l’aliment, nous achetons le sac à 25.000 francs et avec le frais de transport, il nous revient à 30.000 francs. Nous utilisons après l’empoissonnement presque deux sacs par mois sur une période de six mois avant la récolte et durant cette période de l’empoissonnement à la récolte, nous donnons de l’aliment aux poissons, ”, a-t-elle dit.

”Nous avons des retombées par la grâce de Dieu, on s’en sort, mais il y a beaucoup de problèmes que nous essayons de résoudre au jour le jour. Nous avons besoin de financements car mon ambition, c’est de développer davantage ce projet dans le futur, créer des emplois et augmenter notre capacité de production de poisson pour approvisionner le marché de Tambacounda”, a-t-elle encore souligné.

Une femme engagée dans la défense des droits des femmes

Dans une autre facette, Mamadou Hawa Ba, mariée depuis un mois se définit comme une femme ambitieuse qui veut faire sauter certaines barrières imposées aux femmes par une société patriarcale.

Mamadou Hawa Ba, une étudiante passionnée de pisciculture à la conquête du marché local de Tambacounda

”Je ne veux pas rester figée par rapport aux limites que la société impose aux femmes. A titre d’exemple, quand j’ai décidé de me lancer dans la pisciculture, beaucoup de personnes ont essayé de me décourager disant que mon activité n’allait pas prospérer parce qu’elle demande d’une part de la force qui est une caractéristique des hommes ainsi que beaucoup de moyens”, a-t-elle raconté.

“Mais, j’ai fait fi de toutes ces considérations en allant d’abord me former, en faisant des recherches sur le climat de Tambacounda avant de démarrer et aujourd’hui je suis en train de travailler sans écouter certaines personnes qui me [demandaient] de laisser tomber. En vérité, il ne faut jamais se décourager dans la vie et aujourd’hui, cela a payé”, a-t-elle poursuivi.

Mamadou Hawa Ba se présente également comme une jeune fille engagée à défendre le droit des femmes de Tambacounda à un travail digne et responsable, invitant la gente féminine à se lancer dans l’entreprenariat.

”J’encourage les femmes de la région de Tambacounda à se lancer dans les activités génératrices de revenus et même à embrasser certaines activités présentées comme masculines. L’essentiel, il faut croire en ses projets, persévérer et de se donner les moyens de réaliser ce qu’on veut faire sans écouter certaines considérations”, a-t-elle lancé.

Son combat personnel est de motiver les femmes, les inviter à croire en elles, à dépasser les limites et à oser entreprendre parce que, dit-elle, ”ça peut vraiment marcher”.

Dans la ville de Tambacounda, Mamadou Hawa Ba poursuit passionnément son rêve, celui de pouvoir dans l’avenir approvisionner convenablement en poissons le marché local de Tambacounda.

Mamadou Hawa Ba, une étudiante passionnée de pisciculture à la conquête du marché local de Tambacounda

Mamadou Hawa Ba, une étudiante passionnée de pisciculture à la conquête du marché local de Tambacounda

ABD/ASB/MK/AB