Le spatial, un secteur marqué par de profondes mutations technologiques et financières (universitaire)
Le spatial, un secteur marqué par de profondes mutations technologiques et financières (universitaire)

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Dakar, 19 mai (APS) – Le directeur de l’lnstitut national polytechnique (INP) de Bordeaux, Guillaume Ferré, a évoqué, mardi, à Dakar, les enjeux du spatial, un secteur marqué par de profondes mutations technologiques et financières, se traduisant notamment par une réduction des barrières technologiques et la baisse des coûts d’accès à l’espace.

L’universitaire français prononçait la leçon inaugurale de la deuxième édition de  ”Sénégal Space Week”, ouverte en présence du ministre des Forces armées, Birame Diop, ainsi que de représentants d’institutions publiques, d’universitaires, d’industriels, de diplomates, d’officiers supérieurs et d’acteurs de l’industrie de défense.

Devant un parterre de spécialistes et de décideurs, M. Ferré a mis en exergue les bouleversements induits par le ”NewSpace”, un modèle qui redéfinit profondément l’économie spatiale mondiale en rompant avec une logique longtemps dominée par les grandes puissances étatiques.

Selon lui, le spatial connaît depuis une quinzaine d’années une ”accélération sans précédent”, portée par la réduction des barrières technologiques, la baisse des coûts d’accès à l’espace et l’irruption massive des investissements privés.

Cette dynamique a favorisé une ”démocratisation du secteur désormais considéré comme un outil stratégique du quotidien, mais également d’anticipation dans les domaines sécuritaire, économique, climatique et technologique’’, a encore fait valoir le chercheur.

Le directeur de l’Institut national polytechnique de Bordeaux a notamment insisté sur les changements de paradigme introduits par le ”NewSpace”, citant l’émergence des lanceurs réutilisables et la généralisation du concept “test and learn”, des outils qui permettent des cycles d’innovation plus rapides et plus flexibles.

Il a également évoqué le développement de plateformes d’interface intégrant l’intelligence artificielle, ainsi que la standardisation croissante des composants électroniques spatiaux, autant “d’innovations qui transforment les modèles industriels classiques”.

Le professeur Guillaume Ferré a toutefois alerté sur les risques liés à cette révolution qu’il qualifie de “transformation à haut risque”, en soulignant que “l’espace n’est pas une ressource infinie”.

Il a mis en garde contre les phénomènes de surexploitation des orbites et les risques de dépendance stratégique.

L’universitaire français s’est par ailleurs interrogé sur les nouveaux rapports de puissance induits par la maîtrise des infrastructures orbitales et des données spatiales. “Qui contrôle les infrastructures orbitales ? Qui maîtrise les données ?”, s’est-il demandé, soulignant les enjeux de souveraineté et de gouvernance associés au développement du spatial.

Selon lui, l’un des principaux défis consiste à former des “décideurs éclairés et des ressources humaines capables de maîtriser les technologies spatiales”.

L’enjeu, selon lui, consiste à aller dans le sens d’éviter une “reproduction des inégalités géopolitiques dans l’accès à l’espace et aux données stratégiques”.

Dans cette perspective, M. Ferré a plaidé pour un accès durable et responsable à l’espace, estimant que “la privatisation massive des orbites pourrait accentuer les déséquilibres internationaux”, si elle n’est pas encadrée par des “mécanismes de coopération et de régulation”.

En cela, il a insisté sur la nécessité de renforcer les partenariats entre le Sénégal et la France dans les domaines de la recherche, de l’enseignement supérieur et de l’innovation, afin d’accompagner la montée en puissance de l’écosystème spatial sénégalais.

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