SENEGAL-AFRIQUE-DEBAT
Dakar, 30 sept (APS)-Les manifestations de rejet entre Africains relèvent davantage de mouvements d’humeur liés aux conjonctures politiques et économiques que d’un “racisme anti-africain en Afrique”, a estimé, mercredi, le philosophe et politiste sénégalais Ndiakhat Ngom.
Le chercheur et directeur de l’Institut transatlantique pour la coopération Sud-Sud (ITCSS), intervenait sur le thème “L’afrophobie, un phénomène qu’il faut à tout prix éradiquer sur notre continent”, lors d’un panel organisé au Centre de recherche ouest-africain (WARC, en anglais), à Dakar, dans le cadre d’un espace de débat citoyen ouvert intitulé “Pencum WARC”.
Il a ainsi identifié plusieurs mécanismes favorisant la xénophobie en Afrique, notamment les représentations biaisées de l’identité nationale, la viralisation de discours de rejet sur les réseaux sociaux et les actes de harcèlement ou de violence physique visant les étrangers.
Evoquant le cas de l’Afrique du Sud où la presse internationale fait état de cas d’étrangers pourchassés et tués par des autochtones, l’universitaire sénégalais a dit avoir noté une circulation de contenus sur les réseaux sociaux appelant à l’ostracisation de certaines communautés, ainsi que des opérations de contrôle et des violences contre celles-ci.
S’agissant du Sénégal, il a fait référence à des tensions dans le quartier Colobane autour de l’occupation anarchique de l’espace public par des personnes en situation de mendicité, notamment des femmes originaires de pays de la sous-région.
Dans son intervention, Ndiakhat Ngom a mis en garde contre des discours qui peuvent mettre à mal l’image du Sénégal historiquement associée à la “Teranga”, terme wolof renvoyant à l’hospitalité et à l’ouverture.
“Aujourd’hui, ce récit fondateur traverse une violente tempête”, a-t-il estimé, rappelant, par exemple, les liens historiques et fraternels entre le Sénégal et la Guinée, ainsi que la présence de communautés de part et d’autre des deux pays bien avant les indépendances.
Face à son constat, il appelé les guides religieux à s’impliquer davantage dans la lutte contre la xénophobie dans leurs prêches afin de promouvoir la paix, la concorde et la solidarité.
“Les moments de ferveur religieuse constituent des occasions privilégiées pour passer des messages sur la paix, sur la concorde et sur la solidarité”, a-t-il notamment souligné.
BAB/ABB/MTN
