SENEGAL-SOCIETE-GENRE
Dakar, 19 mai (APS) – Le programme 3R (Reconnaitre, réduire et redistribuer le travail de soins non rémunéré) d’ONU Femmes a obtenu des résultats probants dans l’autonomisation économique des femmes rurales, en allégeant leur temps de travail domestique pour se consacrer à des activités génératrices de revenus, affirme la directrice de la Famille, Rokhaya Diakhaté.
“En allégeant la charge domestique des femmes rurales grâce aux foyers améliorés, aux équipements de transformation agricole, aux structures de garde de leurs enfants, le programme leur a offert quelque chose d’inestimable : du temps pour entreprendre, pour se former, pour exprimer leur plein potentiel et participer à la vie économique et citoyenne de leur communauté”, a-t-elle déclaré.
Elle présidait, lundi, à Dakar, la rencontre de capitalisation et de clôture du programme déroulé par ONU Femmes dans les régions de Ziguinchor, Sédhiou et Saint-Louis, entre 2023 et avril 2026, en partenariat avec le ministère de la Femme, de l’Action sociale et des Solidarités.
Dans ces régions, le programme a mis en place 19 structures communautaires de garde d’enfants et réhabilité et équipé des structures de santé.
Il a permis aussi de former 5082 femmes aux foyers améliorés pour réduire le temps consacré à la collecte de bois, 300 femmes à la fabrication et à la commercialisation des foyers améliorés, entre autres réalisations.
“Cuisiner, soigner, éduquer, collecter l’eau, veiller sur les plus vulnérables, notamment les enfants, les personnes handicapées et les personnes âgées sont autant de tâches indispensables à la vie de la famille, mais qui restent largement invisibles dans nos politiques publiques et nos statistiques économiques”, a déploré Mme Diakhaté.
La représentante résidente d’ONU Femmes, Arlette Mvondo, a fait observer que “le travail domestique constitue un frein structurel à la participation économique des femmes”.
”Partout dans le monde, les femmes et les filles continuent d’assumer l’intensité et la pénibilité de ce travail, en exécutant des tâches souvent non-payées et non comptabilisées dans les indicateurs économiques, comme la collecte d’eau et de bois, la cuisine, le ménage, la garde des enfants, les soins des membres de la famille, a détaillé Mme Mvondo.

La représentante d’ONU Femmes au Sénégal a souligné que ce travail, essentiel pour le bien-être des familles, des individus, des communautés et des économies, n’est pas pris en compte dans le produit intérieur brut (PIB). Elle a rapporté que d’après l’ANSD, “si ce travail était comptabilisé, la valeur des activités non rémunérées des femmes au Sénégal équivaudrait à 13.9 % du PIB”.
Arlette Mvondo estime que les femmes doivent organiser leurs activités professionnelles ou génératrices de revenus en fonction des exigences de leurs responsabilités sociales, ajoutant que la pauvreté de temps est l’une des contraintes majeures à l’autonomisation des femmes et des jeunes filles et à leur pleine participation à la vie économique et sociale du pays.
Le programme 3R a contribué à “créer un environnement politique et réglementaire plus favorable à la reconnaissance du travail de soins non rémunéré”, a-t-elle-dit, indiquant que les résultats de la première Enquête nationale sur l’emploi du temps, réalisée par l’ANSD, avec l’appui d’ONU Femmes, montrent, à titre d’exemple, que les femmes consacrent en moyenne par jour 4 heures 9 minutes aux tâches ménagères et à la garde des enfants, contre 27 minutes pour les hommes.
”Les écarts sont plus notables en zone rurale où les femmes consacrent plus de 12 heures de temps au travail domestique”, signale-t-elle.
Des bénéficiaires, des représentantes d’associations de femmes rurales, de la Plateforme des femmes pour la paix en Casamance, ont fait des témoignages sur les “retombées économiques bénéfiques du Programme 3R”, plaidant pour sa mise à l’échelle au bénéfice des femmes et de leur “plein épanouissement”.

ADL/HK/FKS/AB
