SENEGAL-AFRIQUE-FRANCE-PATRIMOINE
Thiès, 19 mai (APS) – L’historien, spécialiste en arts et cultures, Mouhamed Moustapha Dièye, a invité les Etats africains à exploiter la récente évolution de la législation française relative aux biens culturels africains spoliés durant la colonisation française, pour formuler des demandes de restitution.
M. Dièye suggère aux Etats africains dont des biens culturels ont été enlevés durant la colonisation, de formuler une demande de restitution, sur la base d’une loi française votée dans ce sens.
Il participait à la célébration de la journée internationale des musées, lundi à l’ISEP de Thiès, sur le thème ”Les musées unissent un monde divisé”.
L’adoption définitive et la promulgation de la loi-cadre du 9 mai 2026 relative à la restitution des biens culturels spoliés représentent une évolution législative majeure en France.
Ce texte historique met fin aux longs et contraignants processus de restitution des œuvres d’art pillées durant la colonisation.
Mouhamed Moustapha Dièye a rappelé que le Sénégal a déjà reçu, dans le cadre de cette restitution, le sabre de l’érudit musulman El Hadji Omar Tall, et la Côte d’Ivoire, le tambour parleur sacré ”Djidji Ayôkwê”. Le Bénin a aussi reçu 27 trésors royaux du royaume d’Abomey.
L’historien a invité les Etats à connaître [la nature du] patrimoine qui a été pillé, identifier la provenance des patrimoines à l’étranger et faire la demande de restitution.
Et dès que ”le Sénat français ou la législation française est favorable à ces restitutions, les objets seront [rendus] à leurs pays d’origine”, a ajouté Mouhamed Moustapha Dièye, par ailleurs trésorier du comité national d’ICOM (Conseil internationale des musées).
Il a souligné que le président français Emmanuel Macron s’est montré favorable à la restitution de ce patrimoine.
“L’ICOM, en tant qu’entité, appuie la restitution et la décolonisation des musées, parce qu'[il] fait partie d’une communauté qui est chargée de faciliter la restitution des patrimoines culturels pillés pendant la colonisation, dont la plupart sont des objets qui ont été acquis de manière illicite”, a-t-il indiqué.

Le 18 mai de chaque année, l’ICOM commémore la Journée internationale des musées (JIM), un événement mondial qui met en avant le rôle transformateur des musées dans la société.
Cette année, la JIM a mis l’accent sur la manière dont les musées peuvent servir de ponts pour surmonter les clivages culturels, sociaux et géopolitiques, en favorisant le dialogue, la compréhension, l’inclusion et la paix au sein des communautés et entre elles, à travers le monde.
Pour ce faire, ”il fallait enclencher un processus qui doit passer par la recherche de provenance”, a dit M. Dièye, titulaire d’un master en Histoire et d’un master professionnel spécialisé en arts et cultures.
Il a rappelé qu’il y avait beaucoup de législations adoptées en France pour bloquer la restitution des biens spoliés, suivant les principes de l’inaliénabilité et d’imprescriptibilité, selon lesquels ”tout objet qui est entré dans le patrimoine français ne doit pas être restitué, tant qu’une loi n’est pas votée par l’Assemblée nationale ou par le Sénat français”.
La célébration de la Journée internationale des musées est un cadre de dialogue, de partage et de formation pour les professionnels des musées.
L’édition de cette année a choisi d’aborder ”comment les musées peuvent unir un monde divisé” par de nombreux conflits, selon Mouhamed Moustapha Dièye.
”Nous avons choisi de parler de cette thématique, pour voir comment les musées, au-delà de l’aspect culturel, peuvent aider les hommes à s’unir, à dialoguer et à parler le même langage”, a-t-il expliqué, rappelant que le musée est un lieu de partage, de dialogue, un espace interculturel qui unit plus qu’il ne divise.
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