SENEGAL-PATRIMOINE
Dakar, 13 mai (APS) – La révolution du Fuuta Tooro (1769-1776) constitue un mouvement d’ensemble visant à rétablir l’Etat et une forme de pensée déterminant la démarche de ses initiateurs, a soutenu, mercredi, l’enseignant-chercheur à l’Université Cheikh Anta Diop de Dakar (UCAD), le professeur El hadji Saïdou Bâ.
”La révolution du Fuuta Tooro était un mouvement d’ensemble qui visait à rétablir l’État. Ce qui s’est passé à l’époque, justifiait clairement la refondation du pouvoir et non une révolution”, a-t-il dit.
Le professeur El hadji Saïdou Bâ intervenait à une table ronde portant sur le thème : ”Historiographie de l’Afrique de l’Ouest : le cas de la révolution du Fuuta Tooro (1769-1776)” organisée dans le cadre d’une exposition sur ladite révolution qui se déroule du 13 au 23 mai à l’atrium Théodore Ndok Ndiaye de la bibliothèque universitaire de l’UCAD.
”Certes l’aspect islamique était là, mais en réalité, cette révolution était un événement majeur dans toutes ses dimensions”, a-t-il notamment souligné.
L’universitaire a relevé quatre aspects qu’il faudrait retenir de cette révolution, notamment historique, qui rappelle l’existence d’un gouvernement au Fuuta à partir des années 850.
À ce propos, il a noté combien le Fuuta, une région située dans la moyenne vallée du fleuve Sénégal, s’étendant sur environ 600 km entre le nord du Sénégal et le sud de la Mauritanie, était le ”cœur de tout ce qui se déroulait dans la sous région et à l’échelle mondiale”.
Entre autres aspects qu’il faudrait retenir, selon le professeur El hadji Saïdou Bâ porte sur la situation prévalant au Fuuta et dans le Walo, les défis s’imposant aux savants musulmans et le rétablissement de la vérité historique sur Ceerno Sileymaani Baal, le guide de cette révolution.

”Dans la pensée de Ceerno Sileymaani Baal, cela n’a jamais été une révolution, mais plutôt une forme de pensée qui doit déterminer la démarche” de gouvernance, a-t-il estimé.
L’enseignant-chercheur à l’Université Gaston Berger de Saint-Louis, Mamadou Youry Sall, a, quant à lui, fait mention de l’existence de l’Afrique de l’Ouest dans les écrits arabes depuis le huitième siècle.
”Si l’on réunit l’ensemble des écrits, nous verrons comment nous sommes dans l’histoire écrite depuis très longtemps. Ce qui nous a retardés, c’est une barrière linguistique”, a-t-il expliqué.
Pour le professeur Mamadou Sy, enseignant-chercheur à l’Université du Sine Saloum El-Hadj Ibrahima Niass (USSEIN), il reste beaucoup de choses à faire concernant le patrimoine de cette révolution.
Il a ainsi évoqué quelques échecs, notamment la survivance de la pratique de l’esclavage, tout en précisant comment l’une des facettes du mouvement Toorodo était ”de mettre un terme à l’influence arabo-berbère sur le Fuuta Tooro”.
La révolution du Fuuta Tooro de 1776, aussi appelée ”Révolution Toorodo”, fut un mouvement politico-religieux majeur mené par Ceerno Suleymaani Baal contre la dynastie régnante des Deniankobé et la domination maure dans la vallée du fleuve Sénégal.
Cette révolution a instauré un État théocratique fondé sur l’islam, abolissant l’esclavage et la hiérarchie sociale injuste, tout en mettant en place une gouvernance par un ”Almamy” (dirigeant) élu.
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