SENEGAL-EDUCATION-REPORTAGE
Dakar, 12 oct (APS) – Les élèves retrouvent effectivement les classes ce lundi, après le report de la rentrée initialement prévue le 7 octobre dernier, en raison de fortes pluies ayant contrarié les préparatifs dans de nombreux établissements scolaires du pays. A Dakar, l’état des écoles aux Parcelles assainies et à la Gueule Tapée, par exemple, illustre les défis de la présente rentrée scolaire.
Pendant près d’une semaine, le ciel d’azur de Dakar a cédé la place à un plafond lourd, gorgé de nuages. Les averses se sont enchaînées sur la capitale sénégalaise et les Parcelles Assainies, commune du nord du département de Dakar, figurent parmi les localités les plus éprouvées.
Le paysage laissé par les pluies est sombre. Par endroits, le bitume disparaît sous le sable et les pierres charriés par les eaux ; ailleurs, il est coupé par de larges flaques. Les routes sablonneuses sont criblées de trous, parfois profonds, et certaines rues se sont muées en véritables étendues d’eau.
Le dimanche 4 octobre, la station météorologique de Dakar-Yoff enregistrait 137,5 mm de pluie en 24 heures, soit le troisième plus fort cumul journalier relevé à cette station depuis 1981, selon l’Agence nationale de l’aviation civile et de la météorologie (ANACIM).
Les établissements scolaires n’ont pas été épargnés. Dans un communiqué publié mardi, le ministère de l’Éducation nationale a annoncé le report au lundi 12 octobre de la rentrée des élèves, initialement prévue le mercredi 7 octobre, sur l’ensemble du territoire national. Cette mesure vise notamment à préserver la sécurité des enfants, dans un contexte où les fortes pluies ont affecté plusieurs localités du pays.
À l’école élémentaire de l’Unité 18, seuls le logement du gardien et deux salles construits sur une partie surélevée, ont été épargnés par les eaux.
Jean Yacine Corréa, un parent d’élève d’une quarantaine d’années, dit comprendre la décision des autorités de reporter la rentrée.
L’établissement ayant été envahie par les eaux, il était impossible d’accueillir les élèves dans ces conditions, dit-il, en désignant les bâtiments aux murs lézardés.
Unité 17 : les inscriptions se poursuivent malgré les inondations
La date du 12 octobre pourrait être réexaminée en fonction du temps que va prendre l’évacuation des eaux et le nettoyage de l’école, ajoute ce parent d’élève.
À une dizaine de minutes de marche, l’école élémentaire de l’Unité 17 présentait une situation moins préoccupante lors du passage du reporter de l’APS.
Des parents, certains accompagnés de leurs enfants, entraient et sortaient de l’établissement pour procéder aux inscriptions.
L’eau occupait une partie de la cour, mais plusieurs bâtiments restaient accessibles. Dans deux salles de classe, une équipe de l’association ‘’Bien-être scolaire’’, vêtue de gilets fluorescents jaunes et orange, s’activait à remettre en état les locaux et leurs équipements.
“Comme vous pouvez le constater, notre école n’est que partiellement touchée. Les difficultés se situent principalement du côté des classes de CE2, de CM1 et de CM2’’, explique le directeur, Ousmane Sakho, vêtu d’une chemise sur un jean, récemment affecté à la tête de l’établissement.

‘’L’eau occupe une partie de la cour, mais les salles de classe peuvent accueillir les élèves lundi’’, assure-t-il, une paire de lunettes griffée sur le nez.
Le directeur met également en cause certains riverains, qu’il accuse d’avoir percé les murs de l’école pour évacuer les eaux de leurs maisons vers l’établissement.
“Lors des fortes pluies, des riverains ont troué les murs de l’école afin de déverser ici l’eau qui envahissait leurs maisons’’, déplore-t-il.
Unité 15 : l’école Amadou Racine Ly submergée
L’équipe pédagogique comptait remettre la cour en état et procéder au nettoyage des salles avant la rentrée initialement prévue. L’annonce du report a toutefois modifié le calendrier.
À l’Unité 15, la cour de l’école Amadou Racine Ly, située à quelques dizaines de mètres de la mer, était entièrement submergée et aucun bâtiment n’était accessible sans marcher dans l’eau.
Une vaste nappe d’eau, dont la surface miroite sous la lumière et ondule au gré de la brise marine, recouvrait l’espace où les élèves devraient bientôt retrouver leurs salles de classe.
Alerté par la présence d’“individus inconnus’’ dans l’enceinte, Séni Sall, fils du délégué de quartier et président de l’association des parents d’élèves de l’Unité 15, rejoint rapidement l’équipe de l’APS pour expliquer la situation.
Il explique que les parents d’élèves avaient procédé au dernier nettoyage pour préparer l’accueil des élèves et des enseignants. Mais il y a eu ensuite de fortes pluies. ‘’Le lendemain, nous avons constaté que la rentrée ne pourrait pas avoir lieu à la date prévue. Il a encore plu par la suite’’, raconte-t-il.
À la Gueule Tapée, trois établissements sous les eaux
Au-delà de l’inondation, il s’inquiète des risques sanitaires liés à la présence d’eaux usées dans l’établissement.
“Il ne s’agit pas uniquement d’eaux de pluie. Elles sont mélangées aux eaux usées. J’appelle l’État à l’aide, car la mairie ne peut pas, à elle seule, évacuer toute cette eau et désinfecter l’école pour permettre aux élèves de reprendre les cours le 12 octobre’’, plaide-t-il.
Il insiste sur la nécessité de désinfecter les locaux après l’évacuation des eaux. “Même lorsque l’eau aura été évacuée, des microbes peuvent subsister dans les salles de classe et exposer les enfants à des maladies’’, prévient-il.
Séni Sall déplore également l’interruption des inscriptions et redoute que cette situation pousse certaines familles à inscrire leurs enfants dans d’autres établissements.
Peu avant l’interview, il était en communication avec le Service d’hygiène, qui s’enquérait de la situation de l’école et du quartier.
La situation est également préoccupante dans le quartier de la Gueule Tapée, dans la commune de Gueule Tapée-Fass-Colobane.

Les écoles élémentaires Les Manguiers 1 et 2, ainsi que le collège d’enseignement moyen (CEM) situé à proximité, étaient submergés.
Sur place, seuls les gardiens sont présents, tandis que les eaux occupaient les cours des établissements.
Malgré les difficultés constatées sur le terrain, la rentrée des élèves reste fixée au lundi 12 octobre.
L’évacuation des eaux, le nettoyage et, dans les écoles les plus touchées, la désinfection des locaux constituent autant de défis à relever pour permettre aux élèves de retrouver leurs classes dans des conditions acceptables.
Selon le ministère de l’Éducation nationale, l’évolution de la situation permet une reprise des cours, même si certaines écoles auront besoin d’un délai supplémentaire de 24 à 48 heures.

Sur près de 30 000 établissements scolaires recensés au Sénégal, environ 644 avaient été initialement identifiés comme touchés par les inondations. Un nombre ensuite passé à un peu plus de 200, à la veille de la rentrée, mais le ministère n’avait pas publié un bilan national définitif actualisé.
Pour faciliter la reprise, les sapeurs-pompiers, les collectivités territoriales, les parents d’élèves et les communautés éducatives sont mobilisés.
Il reste que la remontée des nappes phréatiques complique parfois les opérations de pompage. Cela fait que dans les établissements concernés, l’accueil des élèves pourrait être différé de 24 à 48 heures, selon l’évolution de la situation.
BAB/BK

