SENEGAL-RECHERCHE-PERSPECTIVE
Dakar, 30 sept (APS) – La protection des savoirs traditionnels africains et le renforcement du dispositif de recherche constituent des enjeux majeurs pour la valorisation des ressources et la souveraineté agricole, notamment, du continent, ont souligné mercredi à Dakar des chercheurs participant à une activité de réflexion organisée par la section des sciences agricoles de l’Académie nationale des sciences et techniques du Sénégal (ANSTS).
‘’La recherche agronomique et agroalimentaire a un rôle extrêmement important dans la réalisation de la souveraineté alimentaire et nutritionnelle en Afrique”, a notamment déclaré Ousmane Kane, lors d’une séance académique de l’ANSTS consacrée aux savoirs traditionnels et à la recherche agricole.
Il a ainsi insisté sur la nécessité de renforcer le dispositif de recherche agricole, au moment où la catégorie des techniciens et techniciens supérieurs connaît, selon lui, une ”érosion susceptible d’affecter le fonctionnement des équipes de recherche”.
‘’La menace sérieuse qui pèse sur notre recherche, c’est que pratiquement la classe des techniciens ou techniciens supérieurs est en train de disparaître’’, a-t-il relevé, appelant à mettre en place des plans de carrière permettant à ces derniers et aux ingénieurs d’évoluer dans leurs fonctions respectives.
Lors de sa communication intitulée ”Repenser la pyramide des équipes de recherche pour renforcer l’excellence dans la recherche agricole et agroalimentaire au Sénégal”, la chercheuse Aminata Badiane a, pour sa part, décrit une ”pyramide inversée” caractérisée par l’érosion du personnel technique.
Elle a également évoqué les départs non remplacés, le gel des recrutements, le vieillissement du personnel et l’absence de plans de carrière, estimant que cette situation entraîne une surcharge du personnel scientifique et une perte d’efficacité dans les activités expérimentales.

‘’Nos techniciens sont nos yeux et nos mains’’, a-t-elle déclaré, soulignant leur rôle dans les expérimentations de terrain, la collecte et la conservation des données, le transfert des technologies et la vulgarisation.
Pour remettre cette pyramide à l’endroit, Mme Badiane a préconisé la relance des formations techniques, la réouverture de certaines filières BTS, la mise en place de passerelles de carrière, ainsi qu’une réforme du statut et des mécanismes de motivation des techniciens.
‘’Il faut revoir leur statut, il faut un plan de carrière bien défini, des motivations et une formation soutenue’’, a-t-elle insisté.
La séance académique de l’ANSTS a également été marquée par une communication de l’ambassadeur du Zimbabwe au Sénégal, James Maridadi, sur la thématique des droits de propriété intellectuelle relatifs aux savoirs traditionnels africains.

Le diplomate a appelé les pays africains à renforcer les dispositifs juridiques permettant de protéger et de valoriser les connaissances traditionnelles, notamment celles liées aux plantes médicinales, à l’agriculture et aux pratiques culturelles.
Selon lui, une meilleure documentation de ces savoirs est nécessaire pour faciliter leur protection et permettre aux communautés qui les détiennent de bénéficier de leur valorisation économique.
‘’Nous devons commencer à documenter’’ les savoirs traditionnels africains, a-t-il exhorté, faisant observer que leur valorisation pourrait contribuer au développement économique du continent.
M. Maridadi a également souligné la nécessité de renforcer les institutions chargées de la propriété intellectuelle et d’adapter les législations afin de mieux prendre en compte les connaissances traditionnelles.
La séance académique de l’ANSTS, inscrite à son programme d’activités 2025, s’est tenue en format présentiel et en ligne.
MYK/ABB/MTN
