La profession d’avocat à l’ère de l’IA au menu d’une rencontre à Dakar
La profession d’avocat à l’ère de l’IA au menu d’une rencontre à Dakar

AFRIQUE-JUSTICE-ENJEUX

Dakar, 24 sept (APS)- Le ministre de la Justice, Garde des Sceaux, Moussa Sarr, a appelé mercredi les barreaux de l’Union économique et monétaire ouest-africaine (UEMOA) à accompagner l’intégration de l’intelligence artificielle dans la profession d’avocat, tout en veillant à la protection des données, au secret professionnel et au respect des droits fondamentaux.

“La question n’est donc plus de savoir si l’intelligence artificielle s’impose, mais comment l’intégrer sans perdre l’âme du métier d’avocat”, a-t-il notamment déclaré à l’ouverture officielle du Congrès des barreaux de l’espace UEMOA.

Cette rencontre qui se tient à Dakar réunit des représentants des huit Etats membres de l’Union.

Moussa Sarr s’est félicité du fait que cette réflexion intervient alors que la justice sénégalaise poursuit sa transformation numérique, faisant notamment allusion à la dématérialisation progressive des procédures et la modernisation des outils judiciaires.

Le ministre a aussi appelé à une ‘’réflexion commune’’ à l’échelle de l’espace UEMOA afin que la transformation numérique ne crée pas de nouvelles disparités entre les différents barreaux.

‘’L’intelligence artificielle est déjà présente dans les cabinets d’avocats et dans certains systèmes judiciaires, faisant de son encadrement un enjeu auquel la profession ne peut plus se soustraire, a insisté le ministre.

Selon cet avocat de profession, cette technologie, si elle est utilisée ‘’avec discernement”, pourrait contribuer à alléger certaines contraintes auxquelles sont confrontées les juridictions, notamment l’encombrement des rôles et l’allongement des délais de traitement.

Il en est de même pour l’accélération du traitement de certains dossiers, ainsi que l’accessibilité et la réduction de l’expertise juridique et certains coûts, a estimé M. Sarr.

“Elle (l’IA) ne remet pas en cause l’avocat qui s’en sert avec rigueur, au contraire, elle le libère des tâches répétitives pour le recentrer sur ce que la machine ne fait pas : la stratégie, le conseil, la négociation, la plaidoirie”, a-t-il martelé.

Le ministre de la Justice a toutefois insisté sur les limites de l’intelligence artificielle, rappelant qu’un ‘’outil numérique peut produire des erreurs, notamment des références jurisprudentielles inexistantes’’.

“Si un avocat s’appuie sans vérification sur un tel résultat, c’est lui qui en répond devant son client, devant son barreau et éventuellement devant la justice”, a-t-il averti.

Moussa Sarr s’est aussi attardé sur les risques liés au secret professionnel, notamment lorsque les données confiées aux outils numériques sont hébergées, traitées ou conservées dans des conditions échappant au contrôle direct de l’avocat.

“L’intelligence artificielle ne remplace pas le jugement professionnel, elle s’y soumet”, a-t-il fait savoir.

Selon lui, derrière chaque dossier juridique, se trouvent des situations humaines auxquelles la technologie ne saurait se substituer.

“Une machine ne plaide pas avec la force d’une conviction humaine”, a-t-il déclaré, invitant les avocats à préserver cette dimension humaine au cœur de leur profession.

Il a indiqué que le Sénégal privilégie une intelligence artificielle “inclusive, souveraine et responsable”, allant dans le sens d’articuler ‘’innovation technologique, protection des données, respect des droits fondamentaux et sécurité juridique’’.

BAB/ADL/SMD