Éclipse solaire, entre recueillement religieux et spectacle de masse : lectures opposées d’un même phénomène céleste
Éclipse solaire, entre recueillement religieux et spectacle de masse : lectures opposées d’un même phénomène céleste

SENEGAL-RELIGION-SCIENCE

Dakar, 12 août (APS) – Alignement de la Terre, de la Lune et du Soleil pour la science moderne, manifestation de la grandeur d’Allah, pour la tradition islamique, l’éclipse solaire tel qu’attendu aujourd’hui aux environs de 19 heures, illustre la coexistence de deux registres d’interprétation. Il s’y ajoute qu’à l’époque contemporaine, une troisième dimension se dégage, portée par des astronautes amateurs qui se déplacent par endroits pour une meilleure expérience visuelle du phénomène.

Une éclipse solaire se produit lorsque la Lune passe entre la Terre et le Soleil et projette son ombre sur une partie de la surface terrestre. Selon la société américaine d’Astronomie, la nature de l’éclipse, totale, partielle ou annulaire- dépend à la fois de la qualité de l’alignement et de la taille apparente relative du Soleil et de la Lune. Elle rapporte également que ces épisodes offrent une “occasion rare d’observer la couronne solaire”. 

Cette beauté unique est très suivie et attendue dans l’espace public contemporain, à telle enseigne que des astronautes amateurs peuvent se déplacer d’un endroit à l’autre du globe terrestre pour s’offrir une meilleure observation de ce phénomène dont les scientifiques ont daté, avec précision, la survenance dans les années à venir. Ils insistent toutefois sur les règles de sécurité afin de ne pas trop s’exposer au Soleil à l’œil nu sans protection adaptée.

“Je vous partage les informations utiles pour l’éclipse solaire partielle du mercredi 12 août 2026. Bien que nous soyons en période d’hivernage, avec risque de ciel couvert par endroits, il ne faudrait pas rater cet évènement exceptionnel si vous avez un ciel dégagé. Ce sera à l’ouest, au moment du coucher du soleil”, a par exemple écrit l’astronaute et Directeur général de l’Agence sénégalaise d’études spatiales (ASES), Maram Kairé.

Cette structure compte organiser une séance publique d’observation sur la Corniche Ouest, face à la Bibliothèque universitaire de l’Ucad, avec des équipements adaptés, indique-t-on.

Maram Kaïré rappelle toutefois les précautions indispensables pour observer le phénomène.  

“Il ne faut jamais regarder directement le soleil sans une protection spécialement conçue pour l’observation solaire”, a-t-il martelé.

Le Directeur général de l’Ases ajoute par ailleurs que “le calendrier des éclipses, solaires ou lunaires, est connu avec précision pour les siècles à venir !”

Dans la tradition islamique, le phénomène de l’éclipse est inscrit dans une théologie de la manifestation de la grandeur du Créateur.

Lors de l’éclipse totale du 8 avril 2024 en Amérique du Nord, l’Agence de presse Associated Press notait qu’au-delà de son intérêt scientifique, ce phénomène était devenu “un motif de voyage, de sociabilité et parfois de divertissement collectif”.

Le média évoquait ainsi une mobilisation d’environ 44 millions de personnes qui ont vécu ce phénomène. Il en est de même avec des foules qui se déplaçaient vers les zones les plus favorables pour assister à l’événement, indique la même source.

Un hadith rapporté par le Sahih d’al-Bukhari affirme que ‘’le soleil et la lune sont deux signes parmi les signes d’Allah et qu’ils ne s’éclipsent pas à cause de la mort ou de la naissance de quelqu’un’’, en faisant allusion au fait qu’il avait correspondu au décès du fils du prophète Mouhammad, Ibrahim. Certains musulmans ont voulu rattacher le phénomène au décès de ce dernier, lequel, soulignent les textes, avait beaucoup affecté son père.

Ce rappel du prophète allait ainsi dans le sens d’écarter toute lecture personnalisée du phénomène. La même source prophétique recommande aux musulmans, quand survient l’éclipse, la prière, l’invocation, le recueillement et l’aumône.

Plusieurs ouvrages de fiqh ou jurisprudence musulmane ont consacré des chapitres à l’éclipse, ainsi que le comportement à adopter par le croyant à travers les prières surérogatoires, l’aumône et le recueillement.

Quand la science moderne s’investit dans la mesure de la périodicité de l’éclipse, sa trajectoire et ses conditions d’observation, la tradition islamique aborde le phénomène dans une perspective  spirituelle, sans toutefois totalement opposer sciences et religion.

SMD/HK