SENEGAL-SOCIETE-ANALYSE
Dakar, 6 oct (APS) – Des chercheurs et participants au quatrième colloque du Centre des hautes études de défense et de sécurité (CHEDS) de Dakar ont appelé, mardi, à repenser la résilience africaine en dépassant la seule logique de résistance aux crises, au profit d’une approche fondée sur l’anticipation, l’adaptation et la transformation.
“La résilience ne saurait être seulement la capacité à résister à une crise. Elle doit également être la capacité à anticiper les chocs, à en atténuer les effets, à s’adapter et à se transformer”, a notamment déclaré Jean Diémé, directeur général du CHEDS, à l’ouverture de ce forum international.
Cette rencontre de deux jours se tient dans la capitale sénégalaise, sur le thème “Repenser la résilience en Afrique : sécurité, gouvernance et développement durable”.
Selon le général Diémé, ce colloque se veut un espace africain de réflexion stratégique réunissant chercheurs et praticiens, afin de contribuer à la formation de la décision publique.
Il a souligné l’interconnexion croissante des vulnérabilités liées à la sécurité, à la gouvernance, à l’économie, aux mutations sociales, aux technologies et à l’environnement.
”Cette réalité impose de renforcer les capacités africaines de recherche, de prospective, de production et de maîtrise des données, tout en développant une pensée stratégique davantage fondée sur les réalités du continent”, a notamment souligné le directeur du CHEDS.
Il a également insisté sur la nécessité d’associer davantage les jeunes et les femmes à la réflexion stratégique, estimant que leur participation permet d’élargir le débat aux acteurs qui contribuent directement à la résilience des sociétés.
Le coordonnateur du comité scientifique du colloque, le professeur Saliou Ndiaye a, pour sa part, défendu le concept de “résilience transformative”.
Pour l’ancien recteur de l’Université Cheikh-Anta-Diop de Dakar (2010-2014), il ne s’agit pas de revenir à la situation qui prévalait avant une crise, mais de tirer les enseignements de celle-ci pour construire des sociétés plus fortes et plus équitables.
“Voulons-nous vraiment revenir à l’état qui précédait la crise ? La réponse est résolument non”, a déclaré l’universitaire et diplomate.
Il a ainsi identifié trois grandes orientations pour passer de la crise à la résilience. La première consiste, selon lui, à “décloisonner notre sécurité”, en ne la réduisant plus à sa dimension militaire ou étatique, mais en l’articulant aux avec les dimensions humaine, alimentaire, sanitaire et environnementale de cette problématique.
Cette approche doit conduire, a-t-il dit, à passer progressivement de la gestion des crises à la prévention, tout en faisant des jeunes et des femmes des acteurs à part entière de la sécurité et de la paix.
La deuxième orientation concerne “la reconstruction de la confiance par la gouvernance”, d’autant que les sociétés résilientes ont, selon lui, besoin d’institutions solides et légitimes, capables de rapprocher la décision des populations et de favoriser des solutions adaptées aux réalités locales.
Il a également insisté sur la participation des femmes et des jeunes aux processus de décision, relevant que cela contribue à renforcer le contrat social.
La troisième orientation porte sur la nécessité de “penser le temps long pour le développement durable”, car pour le coordonnateur du comité scientifique du colloque, une résilience qui répond à l’urgence au prix d’une dégradation des ressources ou d’un sacrifice des générations futures ne saurait être durable.
Le professeur Saliou Ndiaye a ainsi appelé à prendre en compte les limites écologiques, le potentiel économique de la jeunesse, les savoirs endogènes et les impératifs de transition énergétique, avant d’inviter les chercheurs à inscrire leurs réflexions dans les réalités africaines comme ”les racines du baobab qui puisent leur force dans le sol où l’arbre est enraciné”.
MYK/HB/ABB/BK

