Déficits immunitaires primitifs : un spécialiste alerte sur le sous-diagnostic
Déficits immunitaires primitifs : un spécialiste alerte sur le sous-diagnostic

SENEGAL-SANTE

Dakar, 16 mai (APS) – L’immunologue sénégalais Tandakha Ndiaye Dièye a alerté, samedi, à Dakar, sur le sous-diagnostic des déficits immunitaires primitifs (DIP) au Sénégal, estimant que 90 % des patients atteints de cette maladie ne sont pas diagnostiqués.

“Le véritable problème, c’est le sous-diagnostic. Beaucoup d’enfants sont morts sans qu’on sache de quoi ils souffraient”, a déclaré le spécialiste, lors d’un panel organisé à l’Hôpital d’enfants Albert Royer, dans le cadre de la Semaine mondiale de l’immunodéficience primitive.

La rencontre, axée sur le thème “Il est urgent d’agir : un appel au diagnostic précoce, au traitement rapide et au soutien des déficits immunitaires primitifs”, a réuni des médecins, chercheurs, responsables hospitaliers, des représentants d’associations de patients et des parents d’enfants atteints de cette pathologie.

Le professeur Tandakha Ndiaye Dièye, expert en vaccination et fondateur de l’Association des déficients immunitaires primitifs (ASDIP) a rappelé que les premiers travaux sur les déficits immunitaires primitifs au Sénégal ont débuté en 2009 grâce à des collaborations scientifiques avec des spécialistes du Maghreb.

“On en avait, mais on ne savait pas”, a-t-il reconnu, évoquant des cas longtemps passés inaperçus faute de connaissances et de moyens de diagnostic adaptés.

Selon lui, une cinquantaine de cas ont été identifiés au Sénégal, dont une trentaine suivis régulièrement à l’hôpital d’enfants Albert Royer de Fann, centre de référence pour le traitement des déficits immunitaires primitifs.

Il a expliqué que ces maladies génétiques provoquent des infections graves et répétées, mais aussi des maladies auto-immunes, inflammatoires et parfois certains cancers.

“Si on ne diagnostique pas rapidement et qu’on ne traite pas rapidement, on perd nos enfant”, a averti le spécialiste, insistant sur la nécessité de renforcer les capacités des laboratoires sénégalais, afin de réduire la dépendance aux analyses effectuées à l’étranger.

Le secrétaire général de l’Association sénégalaise des déficits immunitaires primitifs (ASDIP), Samba Sette, a évoqué, en ce qui le concerne, les difficultés vécues par les familles confrontées à des hospitalisations répétées, des traitements coûteux et à une longue errance médicale.

“Derrière chaque diagnostic, il y a une famille inquiète, des parents en quête de réponses pendant plusieurs années”, a-t-il déclaré.

Samba Sette a plaidé pour un accès équitable aux traitements, notamment aux immunoglobulines, et à un accompagnement psychosocial des familles.

Il a aussi préconisé la mise en place d’une unité spécifique pour la prise en charge des DIP.

“Vivre avec un déficit immunitaire, ce n’est pas seulement une question médicale, c’est aussi une épreuve humaine”, a-t-il soutenu.

La coordonnatrice de l’Unité de soins ambulatoires pour enfants et adolescents drépanocytaires (USAD) de l’hôpital d’enfants Albert Royer, la professeure Indou Dème Ly, a expliqué que ces pathologies demeurent difficiles à diagnostiquer dans les pays africains, en raison du coût élevé des examens et du manque de structures spécialisées.

“Les parents font souvent le tour des hôpitaux avant qu’un diagnostic soit posé. Beaucoup d’enfants arrivent tardivement dans les structures adaptées”, a expliqué Mme Ly, par ailleurs coordonnatrice des traitements des DIP, invitant les professionnels de santé à penser davantage à ces maladies, en raison des infections atypiques ou répétitives.

Déficits immunitaires primitifs : un spécialiste alerte sur le sous-diagnostic

Elle a salué le travail mené depuis 2014 par l’hôpital Albert Royer dans le diagnostic et la prise en charge des patients, tout en soulignant la nécessité de préparer la transition des adolescents vers les services pour adultes.

La coordonnatrice de la Cellule d’appui à la protection de l’enfance, Madjiguène Diop, parlant au nom du ministère de la Famille, de l’Action sociale et des Solidarités, a appelé l’ASDIP à se rapprocher des autorités concernées, afin de bénéficier des projets et programmes destinés à la population et aux enfants en particulier.

MYK/BK/SBS