Couverture sanitaire universelle : Awa Marie Coll Seck prône un financement endogène
Couverture sanitaire universelle : Awa Marie Coll Seck prône un financement endogène

SENEGAL-SANTE

Dakar, 27 août (APS) – Le professeur Awa Marie Coll Seck a souligné, dans un entretien avec l’APS, la nécessité de disposer d’un financement endogène pour faire de la Couverture sanitaire universelle (CSU) une réalité, en l’adossant à des options stratégiques prenant en compte la dimension communautaire de cette problématique.

“Si on ne met pas l’argent dans la santé, la couverture sanitaire universelle, l’accès aux soins et tout, ça ne pourra pas marcher. Maintenant, il y a des options stratégiques au niveau communautaire”, a déclaré la spécialiste des maladies infectieuses et tropicales.

La santé a un coût et son financement “doit être endogène, comme on l’appelle, domestique”, a indiqué Awa Marie Coll Seck, ajoutant qu’on ne peut pas toujours attendre que l’argent vienne d’ailleurs.

“L’argent aussi doit être de l’argent local”, a-t-elle martelé en marge d’une visite qu’elle effectuait à l’APS, en perspective de la huitième édition du Forum Galien Afrique, prévue du 28 au 31 octobre prochains, sur le thème général “Souveraineté sanitaire : un impératif pour l’Afrique”.

“Si on n’apporte pas les moyens au système de santé, vous allez toujours aller dans des structures qui sont désuètes, où il n’y a pas trop d’hygiène, où le personnel de santé n’est jamais content parce qu’il est mal payé, ou bien parce qu’il est consigné, etc., où vous n’avez pas les équipements qu’il faut. Il faut de l’argent”, a martelé l’ancienne ministre de la Santé.

Selon Mme Seck, de nombreux pays africains tardent encore à concrétiser leur engagement d’allouer à leur système de santé au moins 15% de leur budget national.

Elle a rappelé que cet engagement avait été pris lors d’un sommet de l’Union africaine à Abuja, au Nigéria, en avril 2001.

“Au début, il y a eu à peu près 8 pays qui avaient tout fait pour arriver à plus de 15%. Moi, j’étais étonnée parce que je croyais que ça continuait un peu comme ça, mais c’est maintenant deux pays seulement : l’Afrique du Sud, je crois, et le Cap-Vert. Le Rwanda, même s’il était monté un peu, je vois qu’il est aussi [à moins] 15%. Le Sénégal est entre 7 et 8%”, renseigne la présidente du Forum Galien Afrique.

Awa Marie Coll Seck a toutefois loué l’orientation des nouvelles autorités sénégalaises qui ont fait de la prévention une priorité.

“Au niveau du Sénégal, avec les nouvelles stratégies et les nouvelles options même gouvernementales, on voit que la prévention est vraiment mise en avant”, s’est-elle réjouie.

Elle estime que le Sénégal et les pays africains en général ont un “double fardeau”, lié au fait qu’ils sont exposés à des maladies infectieuses et toutes les maladies dites nouvelles que sont les maladies cardiovasculaires, les cancers, ou le diabète par exemple, insistant sur la nécessité de “s’occuper vraiment des problèmes de santé”.

Les options stratégiques qui s’offrent aux pays africains ont été, “depuis très longtemps”, d’apporter les soins au niveau communautaire, a ajouté la spécialiste.

“On avait parlé de l’Initiative de Bamako avec les centres de santé primaires. Cela fait longtemps, mais on ne l’a jamais vraiment appliqué”, s’est désolée le professeur de bactériologie et de virologie.

La conséquence, selon elle, c’est que “les gens ont tendance à vouloir aller vers des structures de santé de haut niveau. Parfois même, il y a des gens qui ne savent même pas qu’il y a un poste de santé dans leur quartier parce qu’ils ont tendance à aller à l’hôpital, [ce qui fait que], les hôpitaux sont engorgés”, a-t-elle dit.

Awa Marie Coll Seck appelle, en conséquence, à revoir “toutes ces choses-là”, surtout les soins de santé primaires.

NSS/HK/BK