SENEGAL-AFRIQUE-MUSIQUE
Dakar, 23 mai (APS) – Des chercheurs, des journalistes et des professionnels de la musique ont relevé les interactions historiques, culturelles et musicales entre l’Afrique et les Caraïbes, lors d’un panel organisé vendredi à l’Institut français de Dakar.
Ils étaient appelés à discuter des ‘’circulations entre l’Afrique et les Caraïbes’’, à travers ‘’le voyage des musiques et de la culture’’. La journaliste culturelle Ana Rocha était la modératrice de ce débat auquel ont participé l’historienne Céline Labrune-Badiane, le journaliste et auteur Adama Kouyaté, et Babacar Papis Samba, un spécialiste de la musique africaine.
Rocha a rappelé que les musiques et les cultures ont traversé les frontières au fil des siècles en établissant des liens entre des peuples ‘’très proches culturellement les uns des autres, malgré les distances géographiques’’.
D’après Mme Labrune-Badiane, une spécialiste des relations entre l’Afrique de l’Ouest et les Caraïbes, ces échanges trouvent leur origine dans des époques diverses : la traite négrière, la colonisation et les indépendances africaines.
‘’Ces circulations s’inscrivent dans l’histoire de la traite atlantique, puis dans celles de la colonisation et de la construction des États africains indépendants’’, a-t-elle expliqué, évoquant l’arrivée de Martiniquais au Sénégal, à la fin du XVIIIe siècle. D’après elle, c’est l’administration coloniale française qui les avait fait venir au Sénégal.
‘’Aujourd’hui, il n’existe presque plus de frontières musicales’’
L’historienne a souligné le rôle important qu’ont joué ces figures intellectuelles et politiques dans la circulation des idées entre les deux espaces culturels. D’après elle, l’écrivain et critique littéraire René Maran (1887-1960), lauréat du prix Goncourt en 1921, l’administrateur colonial Félix Eboué (1884-1944) et le vétérinaire de formation et leader politique Rémy Nainsouta (1883-1969) en faisaient partie.
Le chercheur et musicographe Babacar Papis Samba a relevé, pour sa part, le caractère métis des musiques caribéennes. ‘’Certaines musiques sont parties, d’autres sont revenues’’, a-t-il signalé, estimant que les musiques des Caraïbes se sont construites à partir d’apports africains, européens et amérindiens.
Selon M. Samba, la salsa, le jazz, le reggae et le zouk sont devenus des musiques universelles, grâce aux brassages culturels. ‘’Les mélodies peuvent être espagnoles, les rythmes africains, les harmonies occidentales. C’est ce mélange qui fait le charme de ces musiques’’, a-t-il analysé.
Le musicographe a rejeté les lectures idéologiques faites de l’un de ces genres musicaux, le jazz. ‘’Le jazz est né dans un contexte précis, avec l’apport des Noirs, des Blancs et des Amérindiens. Si on le sort de ce contexte, on parle de tout sauf de jazz’’, a-t-il soutenu.
Babacar Papis Samba a évoqué l’évolution des influences musicales, du son cubain au reggaeton en passant par l’afrobeat et l’afro pop. ‘’Aujourd’hui, il n’existe presque plus de frontières musicales’’, fait-il observer.
‘’Des passerelles d’humanité et de musique’’
Le journaliste et auteur Adama Kouyaté a parlé de la perception de l’Afrique dans les sociétés caribéennes. ‘’Dans les Amériques noires, lorsqu’on vous identifie comme un Africain, la première question est souvent : est-ce que vous nous reconnaissez ?’’ a dit ce journaliste ayant vécu dans les Caraïbes pendant plusieurs décennies.
Il a rappelé plusieurs initiatives culturelles ayant renforcé les liens entre le Sénégal et les Caraïbes, dont la délocalisation en Martinique, en 2007, du Gala de la reconnaissance, qui rendait hommage à l’écrivain et leader politique martiniquais Aimé Césaire (1913-2008) et au conservateur de la maison des esclaves de Gorée (Sénégal), Boubacar Joseph Ndiaye (1922-2009).
D’autres intervenants ont mis en exergue la portée mémorielle et identitaire des échanges culturels entre l’Afrique et les Caraïbes. Des participants originaires de la Guadeloupe, du Bénin et d’Haïti ont évoqué l’influence du groupe musical antillais Kassav’, dont le musicien Jacob Desvarieux (1955-2021) était l’un des fondateurs. Ils ont évoqué les musiques congolaises et le reggae du chanteur jamaïcain Bob Marley (1945-1981). Ces artistes les ont influencés, disent-ils.
Plusieurs intervenants ont proposé de renforcer les échanges institutionnels et culturels entre l’Afrique et les Caraïbes.
La directrice de l’Institut français de Dakar, Valérie Lesbros, s’est réjouie ‘’des passerelles d’humanité et de musique’’ établies entre les deux espaces culturels. Le débat animé par Céline Labrune-Badiane, Adama Kouyaté et Babacar Papis Samba faisait partie d’une programmation dédiée aux mémoires et aux relations afro-caribéennes, a-t-elle signalé.
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