Ziguinchor pleure Awa Seyni Camara, icône mondiale de la poterie sénégalaise
Ziguinchor pleure Awa Seyni Camara, icône mondiale de la poterie sénégalaise

SENEGAL-CULTURE-HOMMAGE

Ziguinchor, 26 jan (APS) – Des artistes de Ziguinchor, des proches et figures locales ont rendu hommage à la potière et sculptrice de renommée internationale Awa Seyni Camara, décédée à l’âge de 81 ans, dans la nuit du samedi à dimanche, laissant derrière elle une œuvre profondément enracinée dans la culture casamançaise et reconnue sur les plus grandes scènes artistiques du monde.

Née vers 1945 à Bignona, en Casamance, Awa Seyni Camara, également connue sous le nom de Seyni Awa Camara, était issue d’une lignée de potiers.

Les hommages se multiplient à travers la région de Ziguinchor pour saluer sa mémoire et lui rendre hommage.

Le président de la Coopérative des artisans et artistes du département de Bignona, Abdoulaye Barry, a salué la mémoire d’une “femme exceptionnelle dont l’œuvre a porté la Casamance et l’Afrique noire à travers le monde”.

Il a souligné l’aura mystérieuse et la portée universelle du travail de la défunte, évoquant une rencontre marquante avec l’artiste en compagnie d’une visiteuse allemande venue spécialement du Bénin la rencontrer.

“Cette dame disait que nous avions devant nous une mémoire vivante qu’il fallait absolument protéger”, a rappelé Abdoulaye Barry avec émotion.

Il a par ailleurs déploré les conditions dans lesquelles certaines œuvres majeures de l’artiste étaient conservées, dénonçant un décalage entre la reconnaissance internationale dont elle bénéficiait et les retombées concrètes pour sa famille.

“Une grande perte pour l’art”

Le président de la Chambre de commerce, d’industrie et d’agriculture (CCIA) de Ziguinchor, Pascal Ehemba, a de son côté exprimé sa “profonde émotion” suite à la disparition de celle qui était considérée comme une figure emblématique de la poterie africaine.

“Par ses mains et par son art, elle a su raconter notre histoire, nos traditions et notre identité”, a-t-il déclaré, saluant “une potière d’exception dont le talent a fait rayonner la Casamance, le Sénégal et l’Afrique sur les plus grandes scènes artistiques du monde”.

Baba Galé Diallo, fils adoptif de l’artiste, estime que le décès de la potière emblématique représente une grande perte pour le monde de l’art.

“C’est une grande perte pour le Sénégal et pour le monde de l’art. La disparition de Seyni Awa Camara laisse un vide immense”, a-t-il confié.

Il a précisé que ces dernières années, sa mère avait cessé de voyager et vivait entourée de sa famille, animée par la volonté de transmettre son savoir-faire.

“Ce qui l’intéressait le plus n’était plus la reconnaissance personnelle, mais la pérennisation de son œuvre”, a-t-il expliqué.

Selon Baba Galé Diallo, la création d’un musée à Bignona, pour exposer ses œuvres et préserver son héritage artistique, était le projet qui tenait le plus à cœur l’artiste.

“A chaque autorité qu’elle recevait, notamment des diplomates, elle évoquait ce projet. Le musée représentait pour elle un véritable devoir de mémoire”, a-t-il ajouté.

“C’est une grande perte pour la Casamance et le Sénégal en général. Seyni était exemplaire. Au marché, elle a toujours voulu partager les légumes qu’elle vendait. Elle était très généreuse”, a souligné la vieille Binetou Badiane, trouvé au marché de Bignona.

A la croisée des traditions animistes et de l’islam

Dotée d’un talent inné qu’elle qualifiait elle-même de “don de Dieu”, elle a développé, en dehors de toute formation académique, un langage artistique singulier, nourri des réalités culturelles et spirituelles de sa région.

Ses sculptures en terre cuite, aux formes totémiques et mystiques, explorent des thématiques universelles telles que la maternité, le mariage, la transmission et la spiritualité, à la croisée des traditions animistes et de sa foi musulmane, selon le ministère de la Culture.

Le génie artistique de Seyni Camara “a très tôt franchi les frontières du Sénégal”, à partir de sa participation à l’exposition “Les magiciens de la terre”, au Centre Pompidou à Paris (France), en 1989, une étape ayant constitué un jalon important de sa reconnaissance internationale.

Son œuvre a été présentée dans de grands rendez-vous internationaux, dont “Africa Hoy, Africa Now” (1992) et la 49e Biennale de Venise (Plateau dell’Umanità, 2001), mais également dans des contextes muséaux majeurs tels que Le Tate Modern, musée d’art moderne le plus important du Royaume-Uni, la Fondation Vuitton (Paris) ou encore à Oslo (Norvège), en plus d’enrichir les plus grandes collections publiques et privées.

Cette trajectoire a aussi été portée par le cinéma, avec par exemple Philip Haas qui lui consacre, en 1990, un documentaire tourné en Casamance et intitulé “Magicians of the Earth : Seni’s Children”.

En 2015, la réalisatrice et artiste sénégalaise Fatou Kandé Senghor signe “Giving Birth” (Donner Naissance), un portrait de Seyni Awa Camara présenté dans le cadre de la Biennale de Venise 2015 All the World’s Futures.

Ziguinchor pleure Awa Seyni Camara, icône mondiale de la poterie sénégalaise

MNF/FKS/BK