SENEGAL-AFRIQUE-SOCIETE
Dakar, 18 juin (APS) – Le continent africain doit se guérir de ”la fascination du spectateur” pour espérer exploiter son potentiel en determinant un rapport au monde qui lui est plus adapté, a estimé, jeudi, à Dakar, l’écrivain, économiste et penseur sénégalais Felwine Sarr.
‘’Le continent africain, malgré sa démographie et ses ressources, vit principalement sous l’origine d’un monde dont il part si peu à la fabrique. C’est de cette fascination du spectateur qu’il doit se guérir’’, a-t-il déclaré.
L’universitaire sénégalais intervenait lors d’une conférence portant sur le thème ‘’Fabriquer le présent au prisme des savoirs et des imaginaires’’.
Il a appelé les Africains à œuvrer ”à la forge de temps qui accouche l’aîné dont il porte l’exigence”.
Felwine Sarr, enseignant à Duke University en Caroline du Nord (États-Unis), estime que le continent africain doit ”bâtir ses fabriques du temps et du présent avec des matériaux résistant aux intempéries”.
‘’La question était, pour moi, de réfléchir sur comment les sociétés africaines pouvaient-elles sortir des cadres intellectuels et imaginaires étroits qui leur étaient imposés et se libérer d’un certain nombre d’injonctions telles que le développement, le progrès, la modernité comme étant les seules capables de leur offrir plénitude et mieux-être’’, a-t-il expliqué.
Il a cité ”quelques forges” permettant de renouer avec la philosophie ancienne pour se construire un présent, comme les savoirs, l’économie ou encore la politique.
Concernant la forge des savoirs, il a souligné la nécessité ”de penser et de définir des contenus créatifs” permettant non seulement ”de fabriquer et de concevoir”, mais aussi ”de contribuer à la fabrication d’humains libres, capables de résister à la ”désubstantialisation en cours”.
Quant à la forge économique, il s’agit, selon Felwine Sarr, de regagner la souveraineté sur les ressources des territoires en proie au conflit par exemple, sur leur usage, leur valorisation, leur mise en circulation dans les circuits de l’échange global, entre autres.
Il juge ”indispensable pour le continent africain de penser à des formes d’organisation du politique qui sont issues de sa longue et complexe histoire sociale et culturelle, de penser à des processus de légitimation des représentants et d’organisation des pouvoirs et des contre-pouvoirs’’.
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