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Touba, 2 août (APS) – Plusieurs centaines d’adolescents se sont recueillis dimanche devant les mausolées des grandes figures du mouridisme, à l’occasion de la 132e édition du Grand Magal de Touba. Malgré la chaleur et l’attente, ils affirment accomplir ce pèlerinage comme un devoir de foi et un héritage transmis dès l’enfance.
Il est un peu plus de 11 heures lorsque les premiers rayons brûlants de la journée enveloppent l’esplanade de la grande mosquée de Touba. Les mouvements de foule se succèdent sans interruption devant les différents mausolées. Des haut-parleurs diffusent les khassaïdes, les célèbres poèmes religieux composés par Cheikh Ahmadou Bamba Mbacké, tandis que d’autres disciples les récitent en chœur, assis à même le sol.
Les grands boubous aux couleurs éclatantes, les bonnets richement brodés, les chapelets enroulés autour du poignet et les salutations échangées entre pèlerins font le décor d’un Magal où la spiritualité s’exprime aussi dans les gestes les plus simples.
Au milieu de cette marée humaine, une présence attire l’attention : celle des adolescents. Venus de Ngoudia, Mame Coumba, Bambey, Mboro ou encore des quartiers périphériques de Touba, ils patientent parfois plusieurs heures pour accomplir le ”ziar”, cette visite de recueillement auprès des mausolées des guides religieux mourides.
“Depuis tout petit, je viens assister au Magal”
Devant la porte nord de la grande mosquée, Demba Faye vient de quitter le mausolée de Cheikh Ahmadou Bamba. Ses lunettes de soleil masquent une partie de son visage tandis qu’un sac rouge repose sur ses épaules. Originaire de Ngoudia, dans la région de Thiès, ce talibé de Serigne Fallou Mbacké est âgé de 16 ans. “Quelle que soit l’épreuve, la chaleur ou la longueur des files, je reviendrai toujours. Serigne Touba le mérite, car lui aussi a consenti d’immenses sacrifices pour l’islam”, jure-t-il.
Comme beaucoup de jeunes présents, il raconte fréquenter le Magal depuis sa petite enfance, emmené chaque année par ses parents. “Aujourd’hui, c’est à nous de continuer cette tradition et de transmettre cet amour de Serigne Touba aux générations qui viendront après nous”, ajoute-t-il.
Cheikh Ahmadou Bamba Mbacké (1853-1927), plus connu sous le nom de Serigne Touba, est le fondateur de la confrérie mouride. Figure majeure de l’islam ouest-africain, il est célébré pour un enseignement fondé sur le travail, la quête du savoir, la patience et la soumission à Dieu. Son départ en exil au Gabon, en 1895, est l’événement commémoré chaque année lors du Grand Magal.
“Après mon pèlerinage, j’éprouve une immense joie”
Quelques dizaines de mètres plus loin, une tasse de café à la main, Serigne Fallou, 15 ans, observe la foule qui continue d’affluer. Originaire de Mame Coumba, dans la région de Kaolack, il vient d’achever un parcours qui lui aura demandé près de deux heures d’attente.
“J’effectue ce ziar pour Serigne Fallou. Tout ce qu’on demande à Dieu devant son mausolée avec sincérité, il l’exauce”, dit-il.
Son objectif était de se recueillir devant le tombeau de Serigne Fallou Mbacké (1888-1968), deuxième khalife général des mourides après Serigne Mouhamadou Moustapha Mbacké. Surnommé le “khalife de la paix”, il est reconnu pour avoir consolidé l’organisation de la confrérie après la disparition du fondateur, tout en encourageant l’agriculture, le travail et l’unité des disciples. Le jeune pèlerin assure avoir effectué son Magal la veille puis renouvelé son ziar dimanche.
Dans la cour intérieure de la mosquée, un groupe de jeunes filles vêtues de bleu et de blanc avance lentement à travers la foule.
Parmi elle, se trouve Ndiolé Sarr, environ 13 ans, venue de Bambey avec ses grandes sœurs. Encore émue après sa visite au mausolée de Cheikh Ahmadou Bamba, elle peine à cacher sa joie.

“Après mon pèlerinage, j’éprouve un grand sentiment de joie”, confie-t-elle timidement. Elle explique avoir grandi dans une famille où l’amour de Serigne Touba est transmis dès l’enfance, à travers les récits des parents, la lecture des khassaïdes et les déplacements annuels à Touba.
Une foule ininterrompue devant le mausolée de Serigne Saliou
À quelques mètres de là, Issa Ndiaye, 14 ans, tient fermement la main de son petit frère âgé de neuf ans. Les deux garçons, originaires de Touba Réfane, viennent d’achever leur circuit. “En trois heures, nous avons visité tous les mausolées”, raconte-t-il avec fierté.
Pour lui, cette patience fait partie intégrante du pèlerinage. “Je porte dans mon cœur toutes les grandes figures dont les mausolées sont ici. La fatigue, la chaleur ou l’attente ne représentent rien devant ce qu’a enduré Serigne Touba”.

À l’autre extrémité de l’esplanade, la file d’attente paraît interminable devant le mausolée de Serigne Saliou Mbacké.
Le visage couvert de sueur, Madiop Lèye avance lentement aux côtés de ses amis. “Qu’il pleuve, qu’il fasse très chaud, je viendrai toujours accomplir ce ziar. Serigne Touba le mérite”, lance ce jeune venu de Mboro.
Le ”ziar” demeure l’un des temps forts du Grand Magal. Il s’ajoute aux récitals du Coran, aux séances de khassaïdes, aux conférences religieuses et au ”Berndé”, le repas collectif offert dans les concessions en signe de partage et d’hospitalité.
Institué par Cheikh Ahmadou Bamba en 1921 comme une journée d’action de grâce à Dieu pour les bienfaits reçus durant son exil, le Grand Magal commémore son départ forcé vers le Gabon le 18 Safar 1313 de l’hégire, correspondant à l’année 1895.
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