SENEGAL-MEDIAS-TECHNOLOGIE-DECRYPTAGE
Dakar, 13 fév (APS) – L’usage de l’intelligence artificielle (IA) par les journalistes de radio et les professionnels de l’information de manière générale est devenu inéluctable, estime le journaliste et consultant Mademba Ndiaye, soulignant que la peur d’un chamboulement appréhendé au départ par les professionnels des médias est en passe de devenir une opportunité.
“Toute technologie distributive qui arrive dans un domaine journalistique comme la radio crée au départ une peur certaine. Comme elle remet en cause immédiatement la zone de confort du journaliste, les professionnels des médias ont tendance à voir ces nouveautés d’abord comme menace. Cette peur disparaît quand on prend conscience que cette arrivée est inéluctable et durable. C’est alors que l’on voit les énormes opportunités qu’elle offre”, a-t-il dit dans un entretien avec l’APS, en perspective de la célébration, ce vendredi, de la Journée internationale de la radio (JMR).
Cette commémoration adoptée par l’Assemblée générale des Nations unies en 2012 a été instituée une année plus tôt par l’Organisation des Nations unies pour l’éducation, la science et la culture, une institution spécialisée internationale de l’ONU.
S’exprimant sur le thème de cette année, “Radio et intelligence”, Mademba Ndiaye a mis en exergue les avantages que procure l’IA dans la pratique du journalisme radiophonique et du journalisme de manière générale.
“Aujourd’hui, la plupart des radios ont des ressources humaines faibles en quantité et courent le risque de ratages, qui peuvent priver leur audience de certaines informations importantes”, a observé l’ancien journaliste, qui a récemment animé une conférence au Gabon sur le rôle primordial du journaliste face à l’IA.
Toutefois, tempère-t-il, l’intelligence artificielle ne doit pas remplacer le journaliste, mais peut être véritablement un formidable outil pour un professionnel imbu d’éthique dans l’amélioration de son travail.
“Il est clair que la question éthique est capitale dans l’utilisation de l’intelligence artificielle. Tout organe de presse, y compris la radio donc, doit informer son public lorsqu’il y a utilisation de l’IA dans certaines circonstances et à un certain niveau de substance”, prévient-il.
Un outil technologique à double tranchant
Le public doit selon lui être informé de l’usage de la voix artificielle dans la production de l’information. ”Donc, ajoute-t-il, la question de l’éthique est cruciale pour la transparence et essentielle pour la crédibilité de la radio”.
Parallèlement, “l’IA constitue un outil très puissant pour les journalistes qui trichent et qui peuvent l’utiliser pour continuer des pratiques qu’ils adoptaient déjà avant l’apparition de l’IA, c’est-à-dire faire du bidonnage et présenter comme réel des situations qui n’existent nulle part”, a dit l’ancien chef du Bureau de la communication Afrique de l’Ouest de la Banque mondiale.
S’agissant de la menace pour les journalistes, en termes de pertes d’emplois, Mademba Ndiaye pense que l’IA est un outil à double tranchant.
“Au niveau de l’entreprise radiophonique, évidemment l’intelligence artificielle va détruire des emplois notamment ceux qui sont répétitifs comme la transition des textes, la rédaction de compte rendus ou encore la veille médiatique, des tâches que peut remplir l’IA”, signale-t-il.
“On peut s’attendre à ce que les investisseurs essaient de maximiser leur profit ou de diminuer leurs charges en utilisant l’IA, mais dans le même temps, elle se présente comme une opportunité à offrir d’autres emplois dans les entreprises de presse” nées avec l’apparition cette technologie de pointe, fait remarquer ce journaliste et communicant.
En gros, rappelle Mademba Ndiaye, l’IA peut aider le journaliste avec une éthique chevillée au corps, à améliorer son travail, à condition de savoir l’utiliser.
“Une mauvaise radio ne sera pas meilleure avec l’Intelligence artificielle, alors qu’une bonne radio va s’améliorer puissamment. Et c’est cela la bonne nouvelle”, soutient ce doyen de la presse sénégalaise.
ABB/BK

