Un chercheur balaie l’idée d’une “disparition programmée” du multilatéralisme
Un chercheur balaie l’idée d’une “disparition programmée” du multilatéralisme

SENEGAL-MONDE-POLITIQUE-ANALYSE

Dakar, 23 avr (APS) – Mountaga Al Karim Diagne, enseignant-chercheur et spécialiste en géopolitique, écarte l’idée d’une disparition programmée du système multilatérale, estimant qu’en dépit de la crise à laquelle le multilatéralisme fait face, subsistent et émergent des enjeux condamnant les Etats à coopérer voire collaborer pour trouver des solutions aux problèmes.

“Il est accepté aujourd’hui que le multilatéralisme est en crise mais on ne peut pas parler de la disparition du multilatéralisme”, a-t-il déclaré lors d’un entretien accordé à l’APS à la veille de la célébration de la Journée internationale du multilatéralisme et de la diplomatie au service de la paix.

Pour M. Diagne, fondateur du cabinet MLK Global Strategies, il existe encore des enjeux globaux en lien avec les changements climatiques, le terrorisme, la crise sanitaire, les questions de la dette, des migrations et de la cybersécurité que l’on ne pourrait pas résoudre de manière unilatérale ou bilatérale, ce qui rappelle sans doute l’importance de la coopération internationale.

“Je pense que ce qui est en crise véritablement, c’est la confiance que les gens ont dans les instances du multilatéralisme en termes d’efficacité. Ces organes sont perçus parfois comme lents”, a admis l’enseignant- chercheur.

Il a évoqué l’exemple de ce qui s’est dernièrement passé au Venezuela avec la capture de son président Nicolas Maduro par les Etats-Unis, disant que beaucoup ont parlé à  ce sujet d’un effondrement du droit international.

“Lorsque les Etats-Unis d’Amérique sont intervenus, aucune action dans le cadre multilatéral n’a été engagée. Cela a donné l’impression que les instances multilatérales étaient figées et manquaient d’efficacité à mener des actions collectives”, a analysé M.  Diagne.

Cet état de fait donne selon lui davantage d’importance à la célébration de la Journée internationale du multilatéralisme. “Son instauration découle sans doute d’une volonté de renforcer l’importance des relations internationales, et de la concertation au niveau institutionnel sur des questions d’enjeux internationaux”, a-t-il fait valoir.

Il estime que cette commémoration peut amener à s’interroger sur les voies et moyens de renouveler le concept du multilatéralisme. Il s’agit, selon lui, de questions qui agitent les couloirs de l’ONU, organisation la plus représentative du système multilatéral.

“Il y a certes une crise du multilatéralisme, mais la célébration de la Journée internationale participe à pousser la réflexion sur la nécessité d’avoir un renouveau des institutions qui soient les plus adaptées aux nouveaux enjeux globaux”, a souligné le chercheur en relations internationales, assurant qu’on n’hésite plus désormais à parler de renouvellement du système multilatéral.

Prenant l’exemple du système de Bretton Woods, M. Diagne considère qu’il opère avec des mécanismes sans doute en déphasage avec la réalité concrète ou des enjeux.

“Ce sont toujours les mêmes, les grandes puissances qui prennent les décisions alors que des pays comme la Turquie, l’Inde, les pays du Golfe sont devenus des acteurs importants. Même l’Afrique, fort de son poids démographique, doit revendiquer sa place au sein des instances décisionnelles internationales”, a-t-il fait observer.

Selon lui, le fait que l’ancien président du Sénégal, Macky Sall, puisse prétendre diriger les Nations unies participe au combat visant à essayer d’influer sur les décisions.

AKS/BK