STEM : les propositions d’une informaticienne pour une meilleure présence des filles
STEM : les propositions d’une informaticienne pour une meilleure présence des filles

SENEGAL-SCIENCES-GENRE

Dakar, 23 avr (APS) – L’ingénieure en informatique et cheffe de la division planification suivi et évaluation à l’Institut de formation à distance de l’UCAD, Marianne Carvalho, préconise une “approche pragmatique” pour favoriser le maintien et la réussite des filles dans les filières scientifiques et technologiques, insistant sur la nécessité de remplacer “les discours abstraits par des expériences concrètes”, à travers notamment le renforcement de l’identification à de “modèles féminins crédibles” et une action ciblée à certains moments clés du parcours scolaire.

Interrogée par l’APS à l’occasion de la Journée internationale des filles dans le secteur des TIC, elle a estimé que les messages actuels sur l’orientation, souvent centrés sur l’idée que “l’informatique, l’IA ou la cybersécurité, c’est l’avenir”, restent déconnectés de l’expérience vécue des élèves.

“Ces discours échouent parce qu’ils ne répondent pas à trois questions clés que se posent les élèves : est-ce que je me vois dans ce métier ? Est-ce que je vais y réussir ? Est-ce que ça a du sens pour moi ?”, a-t-elle martelé.

En vue de renverser la tendance, Mme Carvalho a appelé à remplacer “le discours par l’expérience”, en proposant aux filles des ateliers de prototypage (applications mobiles, sites internet, jeux) et des projets concrets ancrés dans leur environnement, notamment dans des domaines comme la santé, le transport ou l’éducation.

L’objectif, selon elle, est de “créer une expérience vécue de compétence” et de montrer que “l’informatique résout des problèmes humains”.

Des “normes sociales implicites” qui empêchent le maintien des filles dans les TICS

Dans cette dynamique, l’association SenChix qu’elle dirige et regroupant des femmes ingénieures et techniciennes, prévoit de célébrer la Journée internationale des filles dans les TIC en région, à Fatick, le 10 juin prochain, avant d’entamer une tournée nationale dans les lycées.

A travers cette initiative, la structure qu’elle dirige ambitionne de contribuer à “faire bouger les lignes”, en inspirant et en incitant d’autres femmes à “utiliser le numérique comme levier de réussite, que ce soit dans les études, le travail, la carrière, l’entreprenariat, leur autonomisation”.

L’événement, décalé au mois de juin pour des raisons de calendrier académique, ambitionne d’impacter 500 jeunes filles, a-t-elle expliqué.

Cette édition ambitionne de mettre l’accent sur des ateliers pratiques de codage avec l’intelligence artificielle, mais aussi sur le développement de la pensée critique et analytique autour de la donnée, a fait remarquer la présidente de SenChix.

Marianne Carvalho  insiste par ailleurs sur la nécessité de remplacer le manque de modèles par l’identification d’un modèle qui doit être “proche, réaliste et incarné”, à travers des femmes sénégalaises évoluant dans divers métiers du numérique (data, gestion de projet).

Elle a toutefois identifié plusieurs moments critiques où les filles décrochent du parcours scientifique.

Le premier intervient à la fin du primaire, à l’entrée au collège, où “les filles, pourtant performantes en mathématiques, commencent à intégrer des normes sociales implicites”, associant l’informatique aux garçons, en l’absence de modèles féminins visibles, a-t-elle déploré.

Le deuxième point de rupture se situe en classe de troisième, lors du choix d’orientation, a-t-elle identifié, parlant d’un “point de bascule majeur”.

Selon l’informaticienne, après avoir opté pour ces filières, “certaines étudiantes décrochent en première année post-bac, en raison de cours jugés trop abstraits, d’un environnement parfois masculinisé et d’un manque d’accompagnement”.

“Les premières expériences professionnelles constituent également un cap difficile, marqué par un déficit de mentorat, de modèles, d’information sur les opportunités de carrière et par des phénomènes d’autocensure liés notamment au syndrome de l’imposteur”, selon Marianne Carvalho.

Changer structurellement pour un impact durablement

Face à ces constats, elle plaide pour une “approche continue”, alliant pédagogie concrète, accompagnement et valorisation de parcours féminins accessibles, afin de “transformer durablement l’accès et la réussite des filles dans les TIC”.

Au-delà des initiatives ponctuelles menées par les associations, Mme Carvalho plaide pour un “changement structurel”, consistant à agir sur les mécanismes profonds qui produisent l’exclusion des filles dans les TIC.

Elle faisait allusion à l’orientation scolaire, à la pédagogie inadaptée, au financement des études, à l’accès au marché du travail.

Elle estime que la synergie entre ces leviers pourrait aider à obtenir les effets de changement désirés et un impact durable.

S’agissant de l’orientation, elle recommande d’introduire l’initiation au numérique dès le collège et d’intégrer des modules obligatoires d’exploration des métiers du numérique.

L’objectif, de son point de vue, consiste à “révéler les talents, susciter l’intérêt des élèves”, afin de mieux les informer sur les parcours et débouchés à travers des fiches métiers et un accompagnement renforcé.

Elle préconise également la mise en place de cellules d’orientation dans les collèges et lycées, afin de faciliter des choix éclairés et de déconstruire les biais persistants.

Elle a aussi insisté sur la mise en place de dispositifs d’accompagnement dès la première année à l’université, avec le tutorat et le mentorat, mais aussi sur la généralisation de pédagogies actives fondées sur des projets et la résolution de problèmes concrets.

L’introduction d’approches interdisciplinaires, croisant l’informatique, la santé, l’éducation ou le commerce, est également jugée essentielle pour rendre plus tangible l’utilité du numérique, selon Marianne Carvalho.

Le renforcement des rôles modèles et du mentorat reliant professionnelles, étudiantes et élèves, devrait aider à “structurer ces dispositifs afin de rendre la réussite visible, accessible et reproductible”, a-t-elle suggéré.

SMD/SBS/BK