SENEGAL-AFRIQUE-SOCIETE-DEFIS
Dakar, 21 jan (APS) – Les transitions politiques et l’absence de continuité scientifique font partie des principaux obstacles à l’essor technologique en Afrique, a indiqué à l’APS l’écrivain et analyste sénégalais Mandiaye Diallo, appelant à une meilleure intégration des compétences de la diaspora dans les stratégies nationales de développement.
“Le plus grand problème, ce n’est pas le manque de talent, c’est l’absence de continuité scientifique”, a-t-il dit, soulignant que chaque alternance politique entraîne souvent le remplacement d’experts expérimentés par des profils souvent moins qualifiés.
De son point de vue, les cycles électoraux “freinent durablement la construction de politiques scientifiques de long terme”.
Selon lui, “cette logique de rupture permanente empêche l’émergence d’une véritable communauté scientifique capable de porter des projets structurants”.
Auteur de l’ouvrage “La quatrième blessure”, consacré aux enjeux du numérique en Afrique, Mandiaye Diallo a déploré ce qu’il appelle “une vision politique centrée sur le court terme, au détriment d’une planification stratégique à l’horizon de plusieurs décennies”.
“Un État qui veut se développer dans la science a besoin de stabilité et de continuité. Il faut sortir la recherche et l’innovation des calculs politiciens”, a-t-il plaidé.
Mandiaye Diallo appelle ainsi à la mise en place de “cadres institutionnels durables, indépendants des changements de régime”, afin de garantir “la poursuite des programmes scientifiques et technologiques”.
L’auteur juge qu’une telle approche est indispensable, “si l’Afrique veut s’inspirer des modèles de développement fondés sur l’investissement massif dans la recherche, à l’image de certains pays asiatiques”.
Abordant le rôle de la diaspora, M. Diallo insiste sur la complémentarité entre les compétences locales et celles acquises à l’étranger.
Il a comparé cette synergie au modèle de l’équipe nationale de football, composée de joueurs évoluant au Sénégal et de membres de la diaspora.
“Ceux qui sont sur place maîtrisent les réalités du terrain, tandis que la diaspora a accès à des technologies et à des pratiques de pointe”, a-t-il expliqué.
Pour Mandiaye Diallo, “la diaspora ne doit plus être perçue uniquement comme une source de transferts financiers, mais comme un réservoir stratégique de compétences, notamment dans les domaines du numérique et des sciences”.
En cela, il a appelé les autorités à créer des “conditions attractives” pour encourager l’engagement de ces experts au service du développement national.
“Il faut les mettre dans les bonnes dispositions, comme cela a été fait pour les sportifs, afin qu’ils puissent contribuer pleinement au progrès scientifique du pays”, a-t-il dit, estimant que cette mobilisation conjointe des talents locaux et de la diaspora constitue “un levier essentiel pour accélérer la transformation technologique de l’Afrique”.
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