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Touba, 26 sept (APS) – En cette matinée fortement ensoleillée de fin septembre, les allées du marché Ocass de Touba (centre) bruissent de voix et de marchandages. Entre les étals et les charretiers alignés, Seydina Ousmane Sall, la cinquantaine, discute avec de jeunes collègues en sirotant son café matinal. Plus qu’un simple charretier, il est l’un des “doyens” de ce sous-secteur du transport qui fait vivre de nombreuses familles dans la cité religieuse.
Originaire de Darou Khoudoss, il a vu, depuis la fin des années 1990, cette activité évoluer avec l’expansion de la cité religieuse, capitale du mouridisme.
”J’ai commencé vers 1999-2000. À l’époque, il n’y avait pas beaucoup de charrettes et encore moins d’organisation”, se souvient-il avec une pointe de nostalgie.
Ce métier, souvent perçu comme marginal, lui a quand même permis de vivre dans la dignité et la stabilité. “Grâce à ce travail, lance-t-il avec fierté à son interlocuteur, je gagne ma vie et prends soin de ma famille”.
Seydina Ousmane Sall a aussi contribué à structurer l’activité. Aux côtés de pionniers comme Baye Talla Ndao, il a participé à l’instauration d’un système de stationnement par ordre d’arrivée au marché Ocass, une organisation permettant aux charretiers de mieux desservir les quartiers environnants.
”A l’époque, les clients payaient 25 francs CFA, parfois 15 pour les charrettes d’ânes. On s’en sortait bien, car la vie n’était pas chère”, raconte-t-il, sourire en coin.
Comptabilisant plus de vingt-cinq années de métier, il en a tiré une philosophie simple : la réussite dépend du soin porté au cheval. “C’est un animal domestique qui a besoin d’affection et d’une bonne alimentation”, insiste-t-il.
Dans la capitale du mouridisme où l’on recense 86 garages, 18.000 chevaux et 12.000 ânes, le transport hippomobile est devenu incontournable, surtout pendant l’hivernage quand certaines routes deviennent impraticables.

Mais ce “doyen” du métier n’ignore pas les défis. Il y a par exemple que l’envahissement du secteur par des enfants de moins de 18 ans l’inquiète. “Ici, il n’y a que le commerce et le transport comme secteurs dynamiques. Beaucoup de jeunes n’ont pas d’alternative”, déplore-t-il.
Face à cette situation, Seydina Ousmane Sall appelle l’État à accompagner le khalife général des mourides, Serigne Mountakha Mbacké, dans sa volonté d’interdire le transport hippomobile aux enfants.
“Les jeunes doivent être orientés vers l’école et les ateliers pour participer au développement du terroir”, clame-t-il.
Un quart de siècle après ses débuts, le natif de Darou Khoudoss reste convaincu que son métier, malgré le manque de reconnaissance sociale, constitue une planche de salut pour des milliers de familles.
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