SENEGAL-SOCIETE-PLAIDOYER
Thiès, 20 sept (APS) – Le chef de la brigade d’hygiène de Thiès, l’adjudant-chef Damien Ndione, plaide pour un renforcement de ses moyens humains et logistiques, face à la recrudescence des plaintes liées aux nuisances des élevages à domicile en période d’hivernage.
”La brigade d’hygiène a besoin d’un appui en moyens humains et logistiques de la part de l’Etat et des collectivités territoriales pour mieux honorer ses responsabilités”, a-t-il dit dans un entretien avec l’APS.
Pour lui, la rigueur qui faisait la réputation du service d’hygiène d’antan dans le contrôle de la salubrité publique demeure intacte. ”Elle est toutefois freinée par un manque de moyens humains et logistiques. La rigueur est toujours là, mais nous manquons de moyens et d’effectifs. C’est pourquoi, nous sommes chaque jour, sur le terrain, mais nous ne sommes pas visibles’’, a-t-il déploré.
Il a toutefois salué les ”efforts” consentis cette année par l’État, qui a doté la brigade d’un véhicule neuf en remplacement de l’ancien et sujet à des pannes récurrentes. ”Les autorités publiques prennent également en charge l’entretien de ce moyen roulant et son approvisionnement en carburant”, a-t-il signalé.
Ces appuis restent ‘’toujours insuffisants’’ au regard de l’étendue des missions du service d’hygiène et de son vaste champ d’intervention, estime l’adjudant Ndione, jugeant indispensable l’acquisition de ce véhicule de liaison ainsi que le renouvellement du matériel de désinfection.
La brigade ne dispose actuellement que de 15 agents et d’un seul véhicule pour assurer l’ensemble de ses missions : recherche et constatation des infractions à la réglementation en matière d’hygiène, traitement des plaintes, désinfection des dépouilles mortelles, ou encore le contrôle des denrées alimentaires et de la qualité des eaux de forage.
Au-delà de ses missions régaliennes, le service d’hygiène est régulièrement sollicité par des particuliers confrontés à des essaims d’abeilles menaçants. Selon son chef, nombre de ces demandeurs affirment avoir été orientés vers la brigade par les sapeurs-pompiers ou le service des eaux et forêts.
Chaque matin, trois équipes sillonnent les quartiers des trois communes d’arrondissement de Thiès-Est, Thiès-Ouest et Thiès-Nord, qui correspondent aux trois secteurs d’intervention définis dans la ville de Thiès.
Le chef de brigade a indiqué qu’un agent est affecté parallèlement au traitement des réclamations tandis qu’un autre s’occupe des activités de vaccination. ”Les effectifs disponibles sur le terrain sont également réduits par les permissions régulières des personnels”, a-t-il ajouté.
Constitués au minimum en binômes pour des raisons de sécurité, les agents parcourent souvent plusieurs kilomètres à pied, de porte en porte, à la recherche d’infractions à la réglementation en matière d’hygiène. Il leur arrive aussi d’utiliser leurs propres moyens de transport.
‘’Du lundi au vendredi, les agents effectuent des inspections au sein des domiciles. Il s’agit d’activités régaliennes’’, relève l’adjudant-chef Ndione.
Selon lui, la journée de l’agent d’hygiène commence par la recherche d’infractions. ”Lorsqu’une irrégularité est constatée, une convocation est remise au contrevenant, qui est invité à se présenter au service à 15 heures. En plus, il y a des convocations tous les jours”, indique-t-il, ajoutant que celles-ci sont systématiquement enregistrées dans des registres comportant les coordonnées des personnes concernées.
Au-delà des infractions relevées lors de leurs tournées de contrôle, les agents d’hygiène interviennent également sur la base de plaintes enregistrées au secrétariat du service, signalées par téléphone ou transmises directement par des citoyens.
”Lorsque les contrevenants se présentent dans l’après-midi, la brigade privilégie la sensibilisation pour les infractions mineures, en les invitant à ne plus récidiver. Ces contraventions de simple police concernent notamment le rejet d’eaux usées sur la voie publique ou le défaut de balayage”, explique l’adjudant Damien Ndione.
”Pour les cas plus sérieux, a-t-il ajouté, les contrevenants sont passibles d’une amende assortie d’une sommation leur enjoignant de faire cesser l’infraction dans un délai de trois à quatre jours, ou tout autre délai jugé nécessaire”.
Les amendes pour contravention de simple police varient de 6 000 à 18 000 francs CFA. Concernant les délits d’hygiène, la fourchette des amendes s’étend de 20 000 à 200 000 francs CFA, et peut atteindre jusqu’à 2 millions de FCFA pour les cas les plus graves, selon l’adjudant-chef Damien Ndione.
Parmi ces délits figurent notamment le dépôt de gravats ou d’épaves, l’encombrement de la voie publique, ainsi que la vidange ou l’écoulement de fosses septiques à l’air libre.
Il arrive toutefois que des agents d’hygiène, dépêchés sur les lieux à la suite d’une plainte, ne constatent aucune infraction. Certains plaignants tentent parfois d’instrumentaliser le service d’hygiène pour régler les différends personnels, selon lui.
10 à 15 interventions par jour
En cette période d’hivernage marquée par une forte humidité favorisant les mauvaises odeurs, notamment dans les élevages domestiques de moutons, de porcs et de volaille très répandus à Thiès, la brigade enregistre une hausse des plaintes pour pollution olfactive, écoulement de fosses ou jets d’eaux usées, etc.
‘’C’est en période d’hivernage que nous recevons le plus de plaintes. L’eau, au contact des excréments, dégage des odeurs nauséabondes’’, relève le responsable.
‘’Du lundi au dimanche, je suis sollicité, on m’appelle de partout dans le département pour des interventions’’, dit l’adjudant-chef, brandissant une plainte en provenance de Pout et visant un élevage de porcs pour des nuisances olfactives.
Ses équipes interviennent jusqu’à Cayar pour des réclamations ou conflits de voisinages, liées à des problèmes d’insalubrité. En plus des inspections de routine, les agents de terrain de la brigade effectuent quotidiennement ‘’10 à 15 interventions’’.
Dans les localités éloignées comme Cayar, les personnes convoquées sont reçues dans un local mis à la disposition de la brigade par la gendarmerie, afin de leur éviter le déplacement jusqu’à Thiès.
Outre la lutte anti-vectorielle menée à travers des aspersions intra-domiciliaires, le service assure également des opérations de désinfection et la désinsectisation en prélude aux grands rassemblements religieux
À l’occasion du récent Gamou, les 14 familles religieuses du département avaient formulé des demandes que le service ne pouvait ”matériellement pas satisfaire” avec ses effectifs actuels, a indiqué l’adjudant-chef Ndione.
La brigade prévoit par ailleurs une opération de désinfection des marchés, confrontés à une prolifération des mouches.
Problème d’effectif et de local ‘’aux normes’’
Cette forte sollicitation met en lumière le déficit d’effectifs dont souffre la brigade d’hygiène de Thiès, reflet d’une situation observée à l’échelle régionale où le service ne compte que 45 agents au total.
‘’Nous avons un problème d’effectif’’, relève l’adjudant-chef, qui l’explique par la faiblesse du recrutement au niveau national. Selon lui, là où la police et la gendarmerie recrutent environ 500 éléments par cohorte, le service national d’hygiène n’en recrute qu’une cinquantaine, lesquels suivent ensuite deux années de formation.
La brigade d’hygiène de Thiès est actuellement installée dans les anciens locaux du service Cadastre, qu’elle partage avec la Direction régionale de l’environnement et des établissements classés (DREEC). Auparavant, elle a occupé d’autres sites à la Cité Malick Sy et à Thiès None, dans l’attente de locaux plus adaptés, indique son chef.
Ces déménagements successifs s’expliquent par le fait que le service est généralement logé dans des maisons conventionnées louées par la mairie, que leurs propriétaires récupèrent parfois pour y effectuer des travaux de rénovation.
Face à cette situation, l’adjudant-chef Damien Ndione plaide pour la construction d’une brigade d’hygiène répondant aux normes requises. Un tel service, où sont manipulés des produits phytosanitaires et des insecticides, nécessite de vastes espaces comprenant des magasins de stockage et des zones de nettoyage des appareils d’intervention distinctes des bureaux administratifs, explique-t-il.
L’idéal serait, selon lui, que l’Etat mette des terrains à disposition et que le ministère de tutelle finance la construction de brigades, à l’image de ce qui se fait pour les postes de santé. Il estime également qu’une brigade disposant de logements de fonction permettrait d’assurer une permanence plus efficace, y compris durant les week-ends, les agents n’ayant plus à parcourir de longues distances pour rejoindre leurs familles.
‘’Seules les brigades de Saint-Louis et de Dagana disposent aujourd’hui de locaux répondant aux normes standard’’, souligne-t-il, précisant que celle de Saint-Louis a bénéficié de l’appui de la coopération luxembourgeoise.
Pour lui, les capacités d’intervention du service pourraient être aussi renforcées grâce à l’appui des collectivités territoriales, notamment pour l’acquisition de produits phytosanitaires et la prise en charge du carburant.
Relevant du ministère en charge de la Santé, le service d’hygiène intervient dans un domaine qui est une compétence transférée aux collectivités territoriales. A ce titre, celles-ci perçoivent désormais 75% des amendes infligées aux contrevenants par le service, contre 50% auparavant, le reliquat revenant à l’Etat.
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