Thierno Dicko, blogueur engagé pour défendre l’image de Saint-Louis 
Thierno Dicko, blogueur engagé pour défendre l’image de Saint-Louis 

SENEGAL-SOCIETE-PROFIL

Saint-Louis, 27 août (APS) – Le déboulonnement de la statue de Faidherbe a été l’une des plus grandes victoires de Thierno Dicko, pionnier du blogging à Saint-Louis. Il compte pourtant à son actif bien d’autres succès dans son combat visant à redonner éclat et fierté à sa ville grâce aux réseaux sociaux.

Thierno qui revendique plus de 500 000 abonnés toutes plateformes confondues, mobilise ses plateformes pour des combats citoyens, en alertant sur les réalités de la ville qui l’a vu naître.

“Comme il y a beaucoup de jeunes sur les réseaux sociaux, je me suis dit : pourquoi ne pas les utiliser pour alerter et sensibiliser les autorités sur certains manquements et actes d’incivisme”, confie le blogueur à l’APS.

Informaticien de formation et actif sur les réseaux sociaux depuis les années 1990, Dicko s’est imposé en dénonçant l’insalubrité à Saint-Louis. Il a ainsi lancé le hashtag #NdarSale, devenu viral en exposant les failles de la ville tricentenaire.

Autre initiative remarquée : la page “Saint-Louis plages propres”, qui a suscité un large engouement et mobilisé les habitants autour de la propreté des espaces publics.

Un appel lancé aux blogueurs de la ville a réuni, à sa grande surprise, plus de deux cents volontaires venus nettoyer la plage pour la débarrasser de ses ordures.

“Parfois, il m’est arrivé de recevoir des marques de reconnaissance de la part des autorités”, souligne-t-il, citant le chef des services techniques de la municipalité qui lui confie avoir, à plusieurs reprises, agi sur la base de ses publications pour débarrasser une rue de ses ordures, photos à l’appui.

Reconnu au plan national et international, Thierno Dicko a fait l’objet de reportages de médias comme la BBC, le New York Times ou France 24, qui se sont tous intéressés à ses activités sur le Net.

Son initiative de nettoyage des plages a été reconduite sept années de plus, précise-t-il, en parallèle d’autres actions de moindre envergure contre la dégradation de l’environnement à Saint-Louis.

Un hôtelier s’y est même associé, offrant une chenille pour circuler sur le sable fin et ramasser les ordures.

À l’actif de son combat pour la ville tricentenaire, Thierno Dicko cite le déboulonnement de la statue de Faidherbe, en 2020, à la suite d’un vaste mouvement sur les réseaux sociaux. La statue, emportée par une tornade, a été transférée depuis au musée du CRDS, le centre de recherche et de documentation du Sénégal.

La place a été rebaptisée, une initiative consacrant à ses yeux l’aboutissement de sa lutte anticoloniale.

Ses relations avec les autorités restent parfois tendues, reconnaît-il, celles-ci le considérant comme “un fauteur de troubles”, alors que lui affirme vouloir seulement alerter pour résoudre certains problèmes.

Il y a aussi que certaines populations confrontées à des situations qu’elles ne maîtrisent pas le sollicitent pour vulgariser leur cause à travers ses photos publiées quotidiennement.

Il lui arrive également de partager des images valorisant Ndar, nom originel de Saint-Louis, une ville singulière de par son climat et sa position géospatiale.

Une présence sur le Net depuis 1998

Thierno Dicko situe son “entrée” sur la Toile en 1998, mais c’est en 2004 qu’il s’est véritablement lancé avec son inscription sur la plateforme Myspace.

“C’était avant le lancement de Facebook en 2004. Je me suis inscrit là-bas et il y avait beaucoup de jeunes, surtout des Américains et des Occidentaux”, se souvient le blogueur.

Il explique s’être inscrit “pour échanger avec des Sénégalais, partager des photos de Saint-Louis et sensibiliser parfois”.

C’est avec l’arrivée de Facebook qu’il ouvre un compte au Sénégal. “Ensuite, j’ai vu que les Sénégalais étaient présents sur Facebook. Et ça a fait une explosion, il y avait beaucoup de Sénégalais. J’ai commencé à créer un blog”, raconte-t-il.

À l’époque, la plateforme permettait de créer une page distincte, un Blog Notes, où l’on pouvait publier de longs textes. ”J’ai commencé là-bas”, affirme Dicko.

500 000 followers toutes plateformes confondues

“J’écrivais, je prenais des photos, je sensibilisais, et les gens commençaient à suivre. Au fil des années, vers 2010 et 2014, Facebook a connu un boom au Sénégal et est devenu un média très suivi”, ajoute le blogueur, qui souligne la présence massive de jeunes, mais aussi d’adultes et d’autorités sur la plateforme.

“Il y a les archives sur Facebook, si on fait des recherches. Aujourd’hui, j’ai plusieurs plateformes, plusieurs pages et plusieurs groupes. Je revendique environ 500 000 followers en cumulé”, dit-il, pas peu fier de son audience.

Deux de ces espaces se distinguent particulièrement dont le groupe intitulé “Combien de Saint-Louisiens sont sur Facebook ?”

“À l’époque, je me suis dit : je vais créer un groupe pour réunir les Saint-Louisiens, en demandant combien de Saint-Louisiens sont sur Facebook”, explique Thierno Dicko, convaincu que cette formule allait inciter les habitants à rejoindre le groupe.

Ce groupe rassemble aujourd’hui plus de 110 000 membres, majoritairement originaires de Saint-Louis, se félicite-t-il, ajoutant que de cette manière, la presse internationale aussi le suit “depuis les réseaux sociaux”.

AMD/ASB/BK