Tamkharite : les moulins à mil tournent à plein régime aux Parcelles Assainies
Tamkharite : les moulins à mil tournent à plein régime aux Parcelles Assainies

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Dakar, 25 juin (APS) – A la veille de la Tamkharite, la fête de l’Achoura, commémorée, jeudi, par la communauté musulmane, les moulins à mil dans le quartier Parcelles Assainies, dans la banlieue nord de Dakar, tournent à plein régime. Du petit matin jusque tard dans la nuit, les meuniers enchaînent les commandes pour répondre à l’afflux de clientes venues faire moudre le mil destiné à la préparation du ”thiéré”, le plat de couscous agrémenté d’une sauce à la viande qui fait office de dîner à cette occasion.

Une animation particulière gagne la commune des Parcelles Assainies à l’approche de la Tamkharite. Dans les marchés, les sacs et récipients remplis de mil se multiplient, tandis que les moulins deviennent des points de convergence pour les habitants.

Au marché Police, situé à l’unité 22 et ainsi nommé en raison de sa proximité avec le commissariat de la localité, deux garçons, des seaux de mil à la main, avancent d’un pas lourd. Habitués des lieux, ils se faufilent entre les étals avant de rejoindre l’extrémité du marché, où est installé l’un des moulins les plus fréquentés de la zone.

Devant la cantine qui l’abrite, une longue file de bols, bassines, seaux et calebasses posés à même le sol par des clients attendant sagement leur tour. Tous ces récipients débordent de graines de mil prêtes à être transformés en farine.

Le vrombissement continu des moulins s’entend à plusieurs dizaines de mètres. Les deux garçons déposent leur chargement au bout de la file et attendent, tandis que d’autres clients s’installent sur des bancs de fortune ou sur les marches d’un immeuble voisin.

A l’intérieur d’une pièce exiguëe dont les murs sont noircis par la poussière et la suie, trois moulins, dont deux fonctionnent sans interruption, sont installés côte à côte. Des fils électriques serpentent le long des parois.

Deux hommes, habitués à cet intense rythme de travail, manipulent les machines avec assurance. Le service est facturé au poids, à raison de 100 francs CFA le kilogramme. Les billets passent de main en main, laissant parfois sur les doigts une fine couche de farine de mil.

Depuis plusieurs jours, Ousseynou et son collaborateur travaillent presque sans relâche. ”Nous commençons à 6 heures du matin et nous terminons vers minuit”, crie presque le meunier pour se faire entendre, du fait du bruit assourdissant des moulins. En cette veille de Tamkharite, précise-t-il, les clients se succèdent sans interruption.

Cette période représente pour les meuniers une occasion de réaliser une part importante de leurs revenus annuels, malgré la fatigue qu’elle engendre quelques jous avant la fête.

Tamkharite : les moulins à mil tournent à plein régime aux Parcelles Assainies

Les meuniers se frottent les mains

De l’autre côté du marché, l’affluence est dense plus encore. Les récipients s’alignent de part et d’autre de deux moulins. Il faut s’armer de patience et attendre son tour.

Portant un masque qui lui protège la bouche et le nez, Samba veille sur l’une des machines. Il se félicite de cette période faste. “C’est notre période” la plus florissante en termes de revenus, glisse-t-il, la voix noyée, par moments, par le grand bruit des moulins.

Non loin de là, El Hadji Touré tient une cantine spécialisée dans la vente de céréales, où sont entreposés de grands sacs de 50 kilogrammes. En cette fin de matinée, les clients se font rares.

”Habituellement, les femmes achètent le mil deux ou trois jours avant la fête afin d’avoir le temps de le faire moudre à temps pour la préparation du couscous”, observe le commerçant, appuyé contre une pile de sacs pleins de céréales. Selon lui, les ventes sont toutefois moins importantes cette année.

”Je n’ai pas vendu autant de mil que les années précédentes. Beaucoup de familles traversent des difficultés financières”, estime-t-il pour expliquer la baisse de la clientèle par rapport aux années passées.

Sur ces entrefaites, Khady se présente pour acheter trois kilogrammes de mil destinés à la préparation du ”thiéré” de la Tamkharite. Elle reconnaît avoir effectué son achat un peu plus tard que d’habitude, car elle vient de rentrer d’un voyage.

”En général, je m’y prends une semaine à l’avance, parce qu’à l’approche de la fête les prix ont tendance à augmenter”, dit-elle. Des propos que le commerçant nuance aussitôt, estimant que la hausse du prix du mil n’est pas une tendance généralisée. 

 Au marché Dior, situé a quelque dizaines de minutes de là, l’ambiance est la même. Les moulins à mil sont pris d’assaut et les files d’attente s’allongent au fil des heures.

Le visage couvert de sueur, Ansou s’active devant sa machine installée dans une petite pièce au toit en ardoise. Le sol est recouvert de farine de mil et les bassines sont posées à même le sol. Ici, le service est tarifé à raison de 100 francs CFA le pot de mil.

Seul à assurer le service, le meunier dit ressentir le poids de la charge de travail. ”Je n’ai pas d’assistant, c’est pour cela que le travail est un peu difficile pour moi”, confie-t-il, tout en versant les graines de mil aussitôt broyées par la machine.

Malgré l’épuisement, Ansou garde le sourire, sachant qu’il va se frotter les mains. “Il faut profiter de ce moment. La période est courte et passe vite”, dit-il avant de reprendre sa tâche, alors que de nouveaux clients rejoignent la file d’attente.

BAB/ABB/HK/ADL