Sous les capots, les mécaniciens conjuguent jeûne et endurance à Ziguinchor
Sous les capots, les mécaniciens conjuguent jeûne et endurance à Ziguinchor

 SENEGAL-SOCIETE-REPORTAGE

Ziguinchor, 10 mars (APS) – Les ateliers mécaniques ouvrent leurs portes un peu plus tôt que d’habitude à Ziguinchor (sud) pendant le Ramadan, dès les premières heures de la journée quelquefois. Il faut un peu de flexibilité pour jeûner et continuer à exécuter les tâches aussi pénibles que requiert la réparation automobile, malgré la chaleur qui ne pardonne rien.

Sous la chaleur lourde d’un atelier mécanique sis à Belfort, un quartier populaire de la périphérie de Ziguinchor, les clés à molette s’entrechoquent, les moteurs grondent et l’odeur d’huile brûlée flotte dans l’air

Sana Badji, 38 ans, ajuste le moteur d’un véhicule utilitaire. Le front perlé de sueur, il marque une pause, essuie ses mains noircies par la graisse, puis reprend son travail avec concentration.

“Le jeûne est une obligation religieuse, mais le travail aussi est une responsabilité. Il faut concilier les deux”, confie-t-il.

Le métier de mécanicien automobile exige force, précision et vigilance constante. Soulever des pièces lourdes, rester penché pendant des heures sous un capot, manipuler des outils parfois dangereux : les tâches sont physiquement éprouvantes, même en temps normal.

Sous les capots, les mécaniciens conjuguent jeûne et endurance à Ziguinchor

Des gestes qui deviennent encore plus contraignantes pendant le Ramadan et au fil des journées passées sans manger ni boire, de l’aube au coucher du soleil, conformément aux prescriptions de l’islam.

Pour Badji, la chaleur reste le principal défi, la température pouvant dépasser facilement 35 degrés en milieu de journée, dans des ateliers souvent mal ventilés.

“Le plus dur, c’est la soif, reconnaît Ibou Barry, apprenti de 22 ans. Quand on travaille sous un véhicule, avec la chaleur du moteur, on sent la fatigue plus vite”.

Organisation et adaptation

Certains mécaniciens n’hésitent pas à adapter leurs horaires de travail. À Belfort, comme dans d’autres quartiers de Ziguinchor, plusieurs ateliers ouvrent plus tôt le matin et réduisent la cadence en début d’après-midi, période où la fatigue se fait le plus ressentir.

À Néma 2, Lamine Faty, chef de garage, semble privilégier les travaux moins lourds pendant les heures les plus chaudes.

“Nous essayons de répartir les tâches. Les gros démontages se font le matin”, indique Mouhamath Ba, chef d’atelier à Castor.

Cette flexibilité reste pourtant limitée par les exigences des clients. Les véhicules utilitaires et les taxis doivent continuer à circuler. Toute immobilisation prolongée peut entraîner des pertes financières importantes, indique un client venu faire réparer son véhicule.

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Au-delà de la fatigue, le jeûne impose une vigilance renforcée, la manipulation d’outils tranchants, de crics hydrauliques ou de pièces en rotation nécessitant une attention soutenue.

“Il ne faut pas se laisser distraire”, souligne Abdoulaye Sarr, car “si on est trop fatigué, on peut commettre une erreur”.

Certains mécaniciens reconnaissent toutefois que le mois de Ramadan favorise un climat particulier dans les ateliers.

“Il y a plus de patience, moins de disputes. On essaie de garder son calme, de contrôler ses paroles”, estime Sana Badji.

Les pauses sont souvent mises à profit pour se reposer à l’ombre ou lire Coran, le livre sacré des musulmans.

À l’approche du coucher du soleil, l’activité ralentit progressivement, chacun attendant le moment de la rupture du jeûne.

Solidarité et spiritualité

Dans plusieurs quartiers de la capitale du sud du Sénégal, des associations locales organisent des distributions de repas au moment de l’iftar, permettant aux travailleurs de rompre le jeûne sur leur lieu de travail. Des voisins ou des proches apportent parfois des dattes et de l’eau dans les ateliers.

“Ce mois nous rappelle la solidarité. Beaucoup de mécaniciens sont des chefs de famille. Ils travaillent dur malgré la fatigue”, explique un habitant de Castor.

Pour ces professionnels de la réparation automobile, le Ramadan offre l’occasion d’une introspection.

“On apprend la patience. Quand on peut travailler toute la journée sans boire, on se rend compte de sa force intérieure”, confie Sidi Diagne.

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Si l’islam prévoit des dispenses pour les personnes malades par exemple, la plupart des mécaniciens interrogés affirment choisir de jeûner malgré la pénibilité du métier.

“C’est une question de conviction”, résume Sana Badji.

Dans un contexte économique parfois difficile, les charges familiales et les dépenses quotidiennes obligent à maintenir le rythme du travail.

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“Les clients ne peuvent pas attendre un mois”, souligne le garagiste Ibrahima Diémé.

À la tombée de la nuit, lorsque l’appel à la prière retentit dans les rues de Ziguinchor, les outils se taisent. Autour d’un plateau partagé, les mécaniciens rompent le jeûne dans un mélange de soulagement et de gratitude.

Le lendemain, dès l’aube, ils seront de retour sous les capots, conjuguant foi, endurance et professionnalisme.

MNF/ASB/BK