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Dakar, 30 juil (APS) – Cheikh Ahmadou Bamba, c’est une longue et instructive histoire qui se résume en une soumission à Allah (SWT) et un amour indescriptible pour le Prophète (PSL). C’est un long chemin parsemé d’embûches, comme ce départ en exil au Gabon dont l’anniversaire sera commémoré le 2 août 2026.
L’Agence de presse sénégalaise (APS) retrace quelques étapes clés du long chemin du fondateur du mouridisme vers la liberté, de Mbacké Baol à Diourbel, s’appuyant sur des sources documentaires et des témoignages.
Mbacké-Baol : la naissance de Cheikh Ahmadou Bamba
Ville créée par l’arrière-grand père de Serigne Touba, Mohamed Al Khayri (Maharame) en 1772, c’est ici qu’est né Cheikh Ahmadou Bamba vers 1853.
On y trouve le mausolée de son fils aîné Serigne Yaddali Mbacké, ainsi que celui de son oncle, Mouhamadou Bousso (Serigne Boussobé), qui lui enseigna le Coran.
Plusieurs de ses premiers et fidèles disciples sont mis en terre à Mbacké Baol, notamment Serigne Mamour Fall et Serigne Mbaye Guèye, indique Alain Juillet dans “Cheikh Ahmadou Bamba : mouridisme, édition Magal 2010”, un livre préfacé par Serigne Mountakha Bassirou Mbacké et Serigne Mame Mor Mbacké Mourtala.
Mais c’est à Khourou Mbacké, village situé à une vingtaine de kilomètres de Touba, qu’il vécut avec sa mère, Sokhna Mariama Bousso dite Mame Diarra Bousso. Il y arriva à l’âge de 5 mois et en partit à 8 ans. Porokhane, dans la région de Kaolack (centre), est aussi un lieu de mémoire aux premières loges du calendrier des mourides. C’est dans cette cité qui accueille des milliers de disciples pour un magal annuel que repose Sokhna Diarra Bousso qui fut rappelée à Dieu en 1866.
Mbacké Cajoor : lieu de naissance du mouridisme
Plus tard donc, Serigne Touba, encore jeune, s’installa à Mbacké Cajoor, dans la région de Louga (nord). Il y lança, en 1883, son premier appel aux croyants à rejoindre la voie du mouridisme. C’est également un lieu réputé être le témoin de la première rencontre entre Cheikh Ahmadou Bamba et Mame Cheikh Ibra Fall. Ce lieu dénommé Nguiguiss Bamba est devenu un site de pèlerinage.
Touba la ville sainte : le centre du mouridisme
Deux ans après l’appel à la mouridiyya, en 1888, la ville de Touba est créée, par Cheikh Ahmadou Bamba. Khadimou Rassoul, de son vrai nom Mouhammad Ben Habiballâh. Cheikh Mouhamadou Moustapha, son premier fils, entreprit la construction de la grande mosquée qui continue encore de s’agrandir et d’illuminer la ville sainte et le mouridisme. A Touba, le fondateur du mouridisme avait érigé plusieurs sites de retraite spirituelle comme Darou Khoudoss, Darou Minam, Darou Rahman ou encore Darou Salam.

De Mbacké Baari, village situé à 60 km de Touba qu’il a lui-même créé, Cheikh Ahmadou Bamba se prépara à partir en exil. Puis, le 10 août 1895, à Djewol, l’administration vint à sa rencontre pour le conduire à Saint-Louis, où il sera jugé avant de prendre la direction du Gabon. Le fondateur du mouridisme, a-t-on appris d’un reportage de RSI (Radio Sénégal Internationale), quitta Djewol, à 55 km de Louga (nord), le 11 août 1895, pour se rendre à Saint-Louis, capitale du Sénégal colonial, via le train. La gare est depuis lors devenue un lieu de pèlerinage.
Saint-Louis : les deux rakkas de Serigne Touba avant l’exil
Le 5 septembre 1895, à Saint-Louis, le fondateur du mouridisme fut jugé et déporté au Gabon. Venu répondre à une convocation de l’autorité coloniale, Serigne Touba a effectué deux “rakkas” dans le bureau du gouverneur de l’Afrique occidentale française (AOF). Le rendez-vous annuel du Magal des deux “rakkas” immortalise cet acte de bravoure du cheikh.
Alors qu’il est conduit vers le bateau devant le déporter au Gabon, le Cheikh passe deux nuits à Dakar, un épisode douloureux commémoré chaque année par le Magal Ñaari Guddi Ndakaaru, ponctué d’une marche religieuse rythmée de khassaïdes et de zikr.
Sept ans plus tard, le 11 novembre 1902, c’est également à Dakar que Cheikh Ahmadou Bamba débarque du navire Ville de Maceio à son retour d’exil, accueilli en triomphe par une foule immense.
Gabon : l’exil, une épreuve spirituelle
Inquiète de son influence grandissante sur les populations, l’administration coloniale française a décidé d’exiler Serigne Touba. Embarqué le 21 septembre 1895 à bord du paquebot Pernambuc, il est déporté vers la forêt équatoriale du Gabon où il séjourne sept années et neuf mois, dont cinq ans sur l’île de Mayumba et deux ans à Lambaréné, selon Serigne Fallou Bousso Tamba, interrogé par l’APS. A son retour d’exil du Gabon en 1902, après huit années de souffrances, mais de résilience, Cheikh Ahmadou Bamba, arrivé à Saint-Louis, rejoint le Baol. Il fit escale à Sanoussi, lieu de résidence de l’un de ses grands disciples : Serigne Siré Lô, rapporte Moustapha Bassirou Lô, petit-fils de Serigne Ciré Lô.

C’est à son retour d’exil que le Magal de Darou Salal (maison de la paix) a été instauré en 1902 par son jeune frère Mame Cheikh Anta Mbacké “Borom Gaawaan”, pour commémorer le retour triomphal de Cheikh Ahmadou Bamba après près de huit ans d’exil au Gabon. Créé vers 1885 par Cheikh Ahmadou Bamba, Darou Salam, situé à quatre km de Touba, est l’un des premiers villages saints qu’il a érigés selon sa vision d’une cité entièrement consacrée à Dieu.
De même, Darou Marnane ou Dâr al-Mannan, a été fondé par Mame Thierno sur recommandation de Serigne Touba, à son retour du Gabon. Dans cette cité de retraite spirituelle, Serigne Touba mena six mois de prière et d’enseignement, avant qu’une nouvelle arrestation par l’administration coloniale ne l’éloigne à nouveau de ses disciples, selon un article du journal Le Soleil du 14 août 2025. Cette fois-ci, le marabout sera exilé en Mauritanie.
Sarsara : l’exil de la Mauritanie
Inquiète de l’affluence suscitée par le passage de Cheikh Ahmadou Bamba à Darou Marnane, il est déporté en Mauritanie, à Sarsara vers 1904, pendant le mois de Ramadan et confié à l’érudit maure Cheikh Sidia Baba, rapporte Imam Issa Guèye de la Mosquée Massalikoul Jinaan de Dakar. Sarsara devient ainsi, dans la mémoire mouride, le lieu où s’est scellée l’identité propre de la Tariqa, transformant une épreuve d’exil et d’isolement en moment fondateur de grâce.

De retour de la Mauritanie en 1907, Cheikh Ahmadou Bamba fut placé en résidence surveillée à Théyène Djolof, dans la région de Louga (nord), selon Imam Issa Guèye de la mosquée Massalikoul Jinaan de Dakar. Une étape d’autant plus compliquée pour le fondateur du mouridisme que Thiéyène était une localité très enclavée. Et le colon avait même interdit aux disciples et proches du guide de se rendre à Thiéyène, mais, dans sa détermination à propager l’islam et le mouridisme, le marabout y fit construire des résidences aux sonorités et couleurs bien islamiques.
Diourbel : là où Bamba a décrété la célébration du 18 Safar
Après avoir quitté la résidence Darou Khoudoss de Théyène Djolof, Cheikh Ahmadou Bamba est arrivé à Ndiarème (Diourbel) le 15 janvier 1912. Diourbel a eu l’insigne honneur de voir la première pierre de sa superbe mosquée posée par Cheikh Ahmadou Bamba en 1918 et achevée en 1924, lit-on dans un livre en version anglaise et française, intitulé “Cheikh Ahmadou Bamba : mouridisme”, édité par Alain Juillet. A Keur Gou Mak, Serigne Touba passa 15 ans à méditer, écrire et prier. Il venait aussi prier sur ces lieux et des disciples continuent encore aujourd’hui de se recueillir sur les lieux où, le 19 juillet 1927, le guide fut rappelé à Dieu. C’est aussi à Diourbel qu’il ordonna la célébration du 18 Safar communément appelée Magal.
AUT : HK/HB/MF/OID/BK

