Par Fatou Kiné Sène

Dakar, 9 juin (APS) – L’écrivain et cinéaste Sembene Ousmane mort le 9 juin 2007 à l’âge de 84 ans a très tôt été façonné aux idéaux du Parti communiste français où il a milité dès son arrivée à Marseille dans la ville française, un engagement qui lui a permis de développer ses convictions marxistes, une facette de l’homme très peu mise en exergue, a déclaré l’écrivain et journaliste Boubacar Boris Diop.

 »C’est à Marseille (France) en 1946 qu’il a commencé à militer dans le Parti communiste français et dans le syndicat CGT (Confédération générale du travail). Après la guerre de 1939-1945, le Parti communiste français était très fort. Il a rencontré les cadres de ce parti qui l’ont pris en charge, encadré, orienté ses lectures vers Emile Zola, par exemple, vers des auteurs noirs américains, etc. », a-t-il dit dans un entretien avec l’APS.

Issu des classes populaires, pêcheur, maçon, plombier, ouvrier et docker à Marseille, Sembene Ousmane a été aussi assez proche du Parti africain de l’indépendance (PAI), où il a milité.

Ecrivain devenu cinéaste, il est considéré comme le père du cinéma africain et a été forgé grâce à la fréquentation des bibliothèques de la CGT, mais surtout aux cours dispensés par le Parti communiste.

 »Il avait une grande soif de connaissance », souligne l’auteur de  »Murambi, l’histoire des ossements », qui précise que jusqu’à la fin de sa vie, à Yoff,  »Sembène a gardé sa carte de membre du  Parti communiste français ».  « C’était affiché au-dessus de son lit », confie-t-il.

 »Jusqu’à la fin de sa vie, Sembène est resté un communiste convaincu », a martelé le président de l’association Sembène Ousmane, le professeur Maguèye Kassé, qui donne comme preuve la proximité du cinéaste avec le PAI (…) ».  Il a été un  »membre très actif » du PIT (Parti de l’indépendance et du travail), considéré comme l’héritier du PAI.

 »Pendant la clandestinité, Sembene exécutait des tâches du parti en transportant ses directives à Moscou entre les camarades », se souvient Maguèye Kassé.

Cet engagement s’explique, selon lui, par cette formation qu’il a reçue au Parti communiste français et notamment lors des luttes ouvrières menées par la CGT jusqu’à Georges Séguy qui a été secrétaire général et figure emblématique de cette confédération avant de passer le témoin à Henri Krasucki.

 »On a toujours reproché au CGT d’être le courant de transmission du Parti communiste français dans le monde ouvrier. Nous avons été ensemble Sembène et moi au moins à une reprise à la fête de l’humanité, une manifestation organisée par le Parti communiste français chaque année à la Courneuve, à Paris », raconte Professeur Kassé.

Il a d’ailleurs rappelé la présence à cette fête de l’Américaine Angela Davis, une icône de la lutte pour les droits civiques aux Etats-Unis et du Français Jean Daniel, acteur dans le film  »Camp de Thiaroye » (1988) de Sembène Ousmane.

Blessé après dix ans de travail comme docker, Sembène Ousmane commence à écrire. A l’âge de 40 ans, il part à Moscou pour apprendre les techniques cinématographiques.

Selon le professeur Maguèye Kassé, il a aussi accordé son soutien à tous les mouvements de libération, en République de Guinée avec Sékou Touré, chez Modibo Keita au Mali ou encore en Afrique du Sud et en Angola.

L’écrivain et cinéaste Sembène Ousmane a publié de nombreux ouvrages adaptés par lui-même au cinéma, sauf le roman « Niwan » dont l’histoire à l’écran a été portée par son assistant de toujours, Clarence Delgado.

FKS/OID/ASG

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