Résolution 1325 sur les femmes, la paix et la sécurité : 25 après, des avancées réelles mais fragiles (étude)
Résolution 1325 sur les femmes, la paix et la sécurité : 25 après, des avancées réelles mais fragiles (étude)

SENEGAL-AFRIQUE-SECURITE-BILAN

Dakar, 19 juin (APS) – L’Agenda Femmes, Paix et Sécurité (FPS) en Afrique de l’Ouest et au Sahel rencontre des obstacles structurels persistants dans sa mise en œuvre, en dépit de progrès notables, vingt-cinq ans après l’adoption de la Résolution 1325 du Conseil de sécurité des Nations unies ayant consacré son lancement, apprend-on d’une étude régionale rendue publique jeudi à Dakar.

Intitulée “Résolution 1325 en Afrique de l’Ouest et au Sahel : lecture féministe des dynamiques nationales, convergences et résistances locales”, cette étude a été initiée par un consortium composé de plusieurs organismes dont Goethe Institute et coordonné par West Africa Research Center (WARC), un centre de recherche international basé dans la capitale sénégalaise.

Elle propose une analyse féministe, intersectionnelle et intergénérationnelle de la mise en œuvre de l’Agenda 1325 à partir de données recueillies au Burkina Faso, au Niger, en Côte d’Ivoire, au Bénin, au Togo et au Tchad.

L’étude met en lumière une appropriation progressive de la résolution, plusieurs pays de la région étant passés à des plans d’action nationaux (PAN) “de troisième génération”.

Il en ressort que des avancées significatives ont été enregistrées sur les quatre piliers de la résolution (participation, protection, prévention, secours et relèvement).

Selon Mamadou Bodian, enseignant-chercheur et coordinateur scientifique de l’étude, l’enquête met en exergue le fait “les femmes jouent un rôle central et anticipatoire au niveau communautaire, exploitant les réseaux familiaux et locaux pour signaler les risques et désamorcer les tensions”.

Des progrès sont observés dans l’ensemble des pays étudiés, la Côte d’Ivoire illustrant comment la période post-crise a permis d’expérimenter la résolution et de faire des femmes des actrices majeures de la gestion de la paix.

M. Bodian explique en outre que les cadres institutionnels et juridiques liés à la protection sont globalement stabilisés, et que des directions dédiées au genre ont été créées dans presque tous les pays concernés.

Le financement, un “talon d’Achille” 

Malgré ces acquis, le rapport souligne que l’adoption des textes ne se traduit pas automatiquement par une transformation sociale et note que la mise en œuvre de l’Agenda FPS se heurte à des limites majeures.

Le financement, considéré comme le “talon d’Achille” de la mise en œuvre de cette initiative, dépend de manière excessive des bailleurs de fonds internationaux. “L’absence de lignes budgétaires nationales dédiées et souveraines fragilise la pérennité des actions” précise le coordinateur scientifique de l’étude.

Bien que des mécanismes de participation féministe existent partout, souligne-t-il, l’influence des femmes sur les prises de décision reste problématique.

“La participation demeure trop souvent consultative et centralisée au niveau des ministères de tutelle, souffrant d’une faible décentralisation (territorialisation) sur le terrain, notamment au Bénin et en Côte d’Ivoire”, a-t-il ajouté.

L’accès aux services de protection reste profondément inégal, marqué par une faible couverture des zones rurales et frontalières, en raison de contraintes sécuritaires et logistiques, particulièrement au Burkina Faso et au Niger.

L’étude relève également un resserrement de l’étau autour des droits des femmes, lié à la dégradation sécuritaire dans la région. “L’avènement de régimes militaires ou autoritaires a favorisé un recentrage de la gouvernance autour des questions purement militaires, restreignant l’espace d’action des femmes”, analysé M. Bodian.

Le cas du Niger est cité en exemple par les auteurs de l’étude, selon qui l’arrivée des militaires au pouvoir dans ce pays a remis en cause les acquis de la 1325, allant jusqu’à la suppression pure et simple du ministère de la Femme.

Pour surmonter ces résistances, le rapport appelle à ancrer les plans d’action dans les réalités locales en y intégrant les langues locales et les femmes déplacées. 

Mamadou Bodian préconise de faire de l’Agenda FPS un principe directeur transversal des politiques publiques, en liant le genre à l’emploi, à l’éducation et à la sécurité, mais aussi de garantir des financements souverains et de stimuler le mentorat intergénérationnel pour faire des jeunes femmes des actrices politiques.

La chargée de programme FPS au Goethe Institute, Rukia Mbacké, a rappelé que cette initiative s’inscrit dans l’héritage des Résolutions 1325 sur les Femmes, la Paix et la Sécurité, et 2250 sur la Jeunesse, la Paix et la Sécurité.

“Elle porte également l’ambition particulière de réaffirmer la dimension transformatrice de ces agendas à travers une approche féministe qui interroge les causes profondes des inégalités et des violences, tout en reconnaissant les femmes comme des actrices politiques à part entière des processus de paix”, a-t-elle indiqué.

MF/HB/BK