Plaidoyer pour une gouvernance numérique africaine unifiée
Plaidoyer pour une gouvernance numérique africaine unifiée

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Dakar, 22 jan (APS) – L’ingénieur et analyste sénégalais Mandiaye Diallo a appelé à la mise en place d’une gouvernance numérique africaine unifiée, estimant que le continent reste marginalisé dans les instances mondiales de régulation des technologies numériques et demeure largement soumis aux décisions des grandes plateformes internationales.

Dans un entretien accordé à l’APS, en marge de la présentation de son livre “La Quatrième blessure : pourquoi l’Afrique doit gagner la guerre numérique” (2026), il a soutenu les États africains, pris individuellement, “ne disposent pas du poids politique et économique nécessaire pour peser sur les règles mondiales du numérique”, plaidant pour “une action collective” à l’échelle continentale.

Dans “La Quatrième blessure”, M. Diallo retrace “le long cycle d’exploitation, de la Traite négrière aux logiques actuelles de dépendance technologique, et montre comment chaque révolution industrielle a servi les puissances étrangères”.

“Il propose une autre voie : faire du numérique un levier d’emplois pour la jeunesse, de puissance pour les États et de dignité pour les peuples’”, peut-on lire sur la quatrième de couverture de cet ouvrage sorti en début d’année aux éditions L’Harmattan.

L’auteur, établi en France, déplore par exemple “le retard africain” dans le domaine des réseaux sociaux, qu’il considère comme un “levier stratégique de communication, d’influence et de souveraineté culturelle”.

Selon lui, les plateformes numériques jouent désormais un rôle déterminant dans les dynamiques politiques internes, allant jusqu’à “influencer des résultats électoraux”.

“Elles peuvent rendre un candidat visible ou invisible sans que nous ayons réellement les moyens de nous y opposer”, a-t-il averti.

De son point de vue, cette situation traduit “une perte de contrôle sur les outils de communication de masse et une dépendance excessive vis-à-vis des géants du numérique”.

Il estime que “toute tentative isolée de régulation par un État africain reste vouée à l’échec”, face à des groupes multinationaux comme Meta, Google ou d’autres acteurs du GAFAM (Google, Apple, Facebook, Amazon, Microsoft).

Il appelle ainsi à la création d’un “cadre africain commun de régulation du numérique”, en mesure d’englober “toutes les questions de cybersécurité, de gouvernance des données et de communication numérique”.

Une telle initiative permettrait, selon lui, “d’imposer des normes adaptées aux réalités africaines et de défendre les valeurs du continent sur la scène internationale”.

Mandiaye Diallo met en garde contre un nouveau “décrochage technologique”, notamment dans le domaine de l’intelligence artificielle, notant qu’un échec africain dans cette transition pourrait avoir “des conséquences durables sur la souveraineté et le développement du continent”.

“Si l’Afrique rate le virage de l’IA, l’avenir sera extrêmement compromis”, a-t-il prévenu.

L’enjeu de cette question consiste à travailler sur “une diplomatie numérique africaine concertée”, afin de permettre au continent de “s’affirmer comme un acteur à part entière dans la gouvernance mondiale des technologies émergentes”.

SMD/HB/HK/BK