Plaidoyer pour la valorisation des mécanismes de médiation traditionnels face aux crises au Sahel
Plaidoyer pour la valorisation des mécanismes de médiation traditionnels face aux crises au Sahel

SENEGAL-AFRIQUE-SOCIETE

Dakar, 24 juin (APS) – Les crises auxquelles le Sahel se trouve confronté exigent une meilleure prise en compte des mécanismes traditionnels de règlement des conflits, qui se révèlent être des outils de médiation légitimes et efficaces, a déclaré, mercredi, a Dakar, le médiateur de la République du Sénégal, Demba Kandji.

”Le Sahel concentre sur un même territoire une superposition de crises rarement observée ailleurs avec une telle intensité”, a souligné le magistrat sénégalais en introduisant la leçon inaugurale du Diplôme universitaire en ”Médiation, dialogue social et règlement des conflits en Afrique”.

Ce diplôme a été lancé par l’Université Toulouse 1 Capitole, en partenariat avec l’Institut ICAGI Amadou Mahtar Mbow et l’Université Kocc Barma de Saint-Louis.

M. Kandji a prononcé cette leçon inaugurale lors d’une cérémonie solennelle tenue dans le grand amphitheatre de la Faculté de médecine de l’Université Cheikh Anta Diop de Dakar (UCAD). Elle portait sur le thème ”Face aux crises sociales, politiques et sécuritaires récurrentes dans le Sahel, quels modèles de médiation peuvent constituer des outils efficaces de résolution ?”.

Selon Demba Kandji, le Sahel se trouve simultanément confronté à des crises sécuritaires, sociales, économiques, politiques, environnementales et identitaires qui s’entremêlent et rendent ”les solutions sectorielles inopérantes”.

Face à cette situation, le médiateur de la République du Sénégal a appelé à s’appuyer davantage sur les ressources locales de gestion des différends.

”Les sociétés sahéliennes ne sont pas des pages blanches sur lesquelles il faudrait écrire des dispositifs venus d’ailleurs. Elles disposent d’un répertoire dense et éprouvé de mécanismes de gestion des différends”, a-t-il soutenu.

Demba Kandji a notamment cité la palabre, la parenté à plaisanterie, les chefferies traditionnelles, les autorités religieuses ainsi que les griots et communicateurs traditionnels, qu’il considère comme des acteurs pouvant contribuer à la prévention et au règlement des conflits.

Selon lui, ces mécanismes présentent plusieurs atouts, parmi lesquels ”la légitimité de la proximité, l’ancrage dans la durée et la culture ainsi qu’une orientation restauratrice”.

Il a toutefois souligné les limites de ces outils endogènes, évoquant ”la reproduction possible des hiérarchies et des exclusions”, leur adaptation parfois difficile aux conflits de grande ampleur et leur vulnérabilité à l’instrumentalisation politique.

”Le défi est de réinventer la palabre en l’ouvrant et non en la momifiant”, a-t-il affirmé, plaidant pour des dispositifs de médiation plus inclusifs, intégrant notamment les femmes et les jeunes, souvent premières victimes des crises sahéliennes.

Pour le médiateur de la République du Sénégal, l’efficacité de la médiation dans la région dépendra de la capacité à articuler les ressources endogènes avec les instruments institutionnels modernes, afin de construire des réponses adaptées aux réalités du Sahel.

ID/BK