Magal de Touba : l’ardeur des cuisinières pour relever défi de la restauration des journalistes
Magal de Touba : l’ardeur des cuisinières pour relever défi de la restauration des journalistes

SENEGAL-SOCIETE-REPORTAGE

Touba, 1er août (APS) – La célébration du Magal auquel participent des centaines de milliers de fidèles dans la cité religieuse de Touba pose un immense défi organisationnel, y compris celui de la restauration pour les centaines de journalistes et acteurs des médias venus couvrir l’évènement commémorant le départ en exil en 1895 du fondateur de la confrérie mouride, Cheikh Ahmadou Bamba (1853-1927).

Les premières lueurs ont, à peine, commencé à percer l’atmosphère de ce matin du vendredi 31 juillet, deux jours avant le grand Magal, que dans la demeure de Serigne Modou Mbacké Abdou Wodoud, l’activité bat déjà son plein. Sous les vastes hangars de la maison, des équipes s’affairent autour de tas d’oignons, tandis que les marmites géantes laissent déjà s’échapper les premiers effluves d’épices.

Aucune place n’est laissée à l’improvisation. Ici, chaque tous les gestes sont soigneusement coordonnés pour assurer, dans les meilleures conditions, la restauration des journalistes sénégalais et étrangers venus couvrir la 132e édition du Grand Magal de Touba.

Dans cette cuisine collective, femmes et hommes se relaient sans relâche. Les premières préparent le riz, légumes et assaisonnements, tandis que les seconds gèrent la logistique et le transport des denrées, dans une organisation rodée par près de vingt ans d’expérience.

‘’Nous accompagnons Serigne Modou Mbacké Abdou Wodoud, responsable de la sous-commission Accueil, hébergement et restauration depuis presque vingt ans. Notre mission est de préparer et acheminer les repas destinés aux journalistes nationaux et internationaux accueillis par le comité d’organisation du Grand Magal ‘’, explique Ndèye Yacine Ndiaye, connue sous le nom de ‘’Bëgg Fallou‘’.

Pour cette responsable des cuisines, les préparatifs du Magal ne s’improvisent pas. ‘’Aussitôt après chaque édition, nous faisons le bilan afin d’anticiper et mieux préparer l’année suivante‘’, confie-t-elle.

Cette organisation permet à l’équipe de constituer progressivement ses stocks de riz, d’huile, de viande, d’épices, tout en renouvelant régulièrement son matériel. Cette année, de nouveaux fours destinés aux méchouis et aux grandes cuissons sont venus renforcer le dispositif.

Une organisation en plusieurs équipes

Sur le site, chacun connaît parfaitement sa mission. Des équipes sont affectées à la cuisine, à l’hébergement, à l’accueil, au nettoyage ou encore au transport des repas, dans une organisation collective où chaque tâche est clairement définie.

Magal de Touba : l'ardeur des cuisinières pour relever défi de la restauration des journalistes

‘’Nous sommes venues de plusieurs localités, notamment Touba, Dakar, Ngoundiane et Mbour, mais ici nous formons une seule équipe. Nous travaillons dans l’unité pour réussir notre mission’’, souligne Mme Ndiaye.

Les véhicules assurent les rotations continues entre les marchés de Touba, les lieux de stockage et les sites d’hébergement des journalistes. Les repas, soigneusement conditionnés, sont ensuite distribués dans les délais impartis.

Prévoir toujours plus que nécessaire

Dans cette cuisine, une règle ne souffre d’aucune exception : prévoir toujours plus que nécessaires. ‘’Lorsque le comité nous demande de préparer des repas pour 800 personnes, nous en préparons pour mille. Nous préférons qu’il reste de la nourriture plutôt que de voir un seul invité repartir sans avoir mangé‘’, affirme la responsable.

Chaque jour, entre quinze et vingt marmites géantes sont mises au feu. Les femmes veillent autant à la qualité gustative qu’à la présentation des plats. ‘’Nous voulons que nos repas soient abondants, bien présentés, savoureux et préparés dans les meilleures conditions d’hygiène. Les journalistes sont nos invités et nous voulons qu’ils repartent satisfaits’’, insiste-t-elle.

 

Magal de Touba : l'ardeur des cuisinières pour relever défi de la restauration des journalistes

Dès les premières levées, l’activité reprend aussitôt dans la cuisine. Les foyers sont rallumés, les légumes épluchés, les marmites remises sur le feu, tandis que les chants religieux rythment les gestes des bénévoles.

Pour ces femmes, la cuisine dépasse largement la simple préparation des repas. Elle est vécue comme une véritable “Khidma”, un service désintéressé qui occupe une place centrale dans les enseignements de Cheikh Ahmadou Bamba, le fondateur du mouridisme.

Le défi de la mobilité

Si la préparation des repas est parfaitement maîtrisée, leur acheminement demeure l’un des principaux défis. A mesure que les pèlerins affluent dans la ville sainte, les déplacements deviennent particulièrement compliqués.

‘’Le plus difficile n’est pas toujours la cuisson. Ce sont les embouteillages et les longues distances à parcourir pour livrer les repas dans les différents sites d’hébergement‘’, explique la responsable.

Malgré ces contraintes, les équipes s’efforcent de respecter les horaires fixés, avec un déjeuner servi autour de 13 heures et un dîner distribué avant 21 heures.

Une récompense immatérielle

Pour ces bénévoles, les longues journées de travail ne donnent lieu à aucune rémunération. La satisfaction provient ailleurs. ‘’Notre plus grande récompense, ce sont les remerciements des journalistes et des invités qui apprécient les repas que nous leur servons. C’est cela qui nous encourage à poursuivre cette mission depuis vingt ans‘’, assure Ndèye Yacine Ndiaye.

À quelques heures de la 132e édition du Grand Magal, prévue le dimanche 2 août, les marmites continuent de chauffer. Dans cette cuisine où chacun connaît sa place, l’hospitalité mouride prend chaque jour la forme d’un repas partagé, préparé dans le silence, la discipline et la ferveur, au service des milliers de visiteurs attendus dans la ville sainte.

AN/FKS/HK/ASB/AKS