Pavillon Sénégal à Venise : Karoline Guèye propose “WURUS”, une exposition sur la perception de l’or
Pavillon Sénégal à Venise : Karoline Guèye propose “WURUS”, une exposition sur la perception de l’or

SENEGAL-ITALIE-CULTURE

De l’envoyée spéciale de l’APS, Aboubacar Demba Cissokho

Venise (Italie), 7 mai (APS) – L’exposition intitulée “Wurus” (or en wolof), présentée par Karoline Guèye pour le Pavillon Sénégal à la 61-ème édition de la Biennale d’art de Venise, ne porte pas, contrairement à son titre, sur l’or, mais c’est sur sa perception, a expliqué son commissaire, Massamba Mbaye.

“Le projet curatorial évoque l’or, parce que l’or a fait d’un empereur africain, Kankou Moussa, l’homme qui a été le plus riche au monde pendant longtemps. Sa richesse, c’était sur l’or. Mais ce n’est pas la richesse de Kankou Moussa qui nous interpelle”, a dit le critique d’art lors du vernissage, mercredi en fin d’après-midi.

Pour Massamba Mbaye, “c’était toute la technologie qui a été développée pour extraire l’or, pour transformer l’or, etc. C’est cette technicité de l’Afrique qui brillait par tous ces aspects-là qui nous parlait”.

“L’autre aspect qui était important, a-t-il ajouté, c’est que ce roi a fait un pèlerinage à La Mecque pour des raisons jusqu’à présent relativement inconnues. Et à son retour, il a amené des savants. Donc, il a échangé l’or contre du savoir. Et c’est là que ce qu’il a fait sur le plan symbolique et sur le plan historique nous interpelle”.

Mbaye a relevé que “quand on interroge le sens de l’or, on réalise que l’or n’a de valeur que par rapport à la perception qu’on a de sa valeur”. “Et donc, la question finale, c’est la question de la perception. Et cette question finale de la perception traduite en esthétique nous a amené, avec l’artiste Karoline Guèye, à nous projeter dans un espace”.

L’espace dont parle le commissaire est en soi une œuvre d’art que Karoline Guèye a conçue, dialogue avec des pièces que cette dernière travaille avec des matériaux comme le laiton à travers une technique particulière d’assemblage.

“C’est un travail qui renvoie à l’or filigrané ayant une autre résonance historique chez nous”, souligne Massamba Mbaye, relevant que “tous ces aspects sont mis à contribution en dehors du fait que la structuration qu’elle fait du laiton renvoie aussi à du parallélisme asymétrique alors que ce n’était pas vraiment voulu”.

Les aspects qu’évoque le commissaire permettent d’investir la question de l’or sous l’angle d’une valeur interrogée qui fait comprendre que celle-ci est une question de perception.

La perception ainsi questionnée est mise en espace, renvoyant à des effets de miroir, de scintillance, de brillance, de forme, en fonction de la position.

Ce questionnement des valeurs, de la position et de la perception a “une résonance particulière dans les dynamiques actuelles du monde, parce que justement, ce qui fait que nous soyons d’accord, c’est une question de perception et de position”, a insisté Massamba Mbaye.

Pour lui, “il était important que cette proposition et le discours qu’elle porte soient présents à cette Biennale, dans un cadre où plusieurs propositions du monde sont en dialogue”.

“Je pense que c’est important d’être à Venise, parce que le Sénégal ne peut pas avoir la Biennale de Dakar avec toute son importance et ne pas être présent dans des rendez-vous du genre”, a-t-il indiqué, rappelant que le Sénégal a été “pendant longtemps présent [à cette manifestation] mais à l’échelle individuelle”.

“A l’échelle pavillonnaire, ça donne également plus de brillance à la diplomatie culturelle, aux possibilités de montrer le talent des Sénégalais, parce que d’un pavillon (celui de l’édition 2024) à l’autre, on a montré une extrême diversité créative”, a souligné Massamba Mbaye.

Il a indiqué que ce sont deux pavillons “complètement différents et qui tiennent un langage relativement soutenu par rapport à la logique esthétique, par rapport à la conjonction du monde et à une affirmation individuelle qui a une essence très sociétale, très communautaire, etc.”.

“Et toutes ces affaires-là traversent également les propositions du Sénégal durant ces deux dernières Biennales”, a conclu Massamba Mbaye.

ADC/HB/SBS/BK