Diané, l’éternel chauffeur de Wade raconte le vieux routier
Diané, l’éternel chauffeur de Wade raconte le vieux routier

SENEGAL-ANNIVERSAIRE-TEMOIGNAGE

Dakar, 3 juin (APS) – Mamadou Diané Diop a avalé des milliers de kilomètres de routes, au volant de la voiture de l’opposant historique puis président de la République, pendant 50 ans, preuves d’une ”fidélité” et d’une ”loyauté” envers Me Abdoulaye Wade, qu’il considère comme un ”père”.

”Je ne suis pas le chauffeur de Wade, je suis son fils. Il m’a éduqué, nourri et logé depuis 1976. Je ne connais que lui. Et plus qu’un militant, j’ai été de tous les combats du PDS (Parti démocratique sénégalais). Donc, Wade est un père. Regardez !”, martèle-t-il, en montrant du doigt le portrait de l’ancien président sur les murs de son vaste salon.

Dans le quartier de la Patte d’Oie Builders, Diané, le nom que lui a donné Viviane Wade, épouse du fondateur du PDS, enchaine les anecdotes en off, qu’il n’entend nullement partager face à la caméra de l’Agence de presse sénégalaise (APS).

La main ferme de Diané, qui a slalomé sur des milliers de kilomètres de routes, au volant de la voiture de l’opposant historique et du président de la République, n’a guère subi l’usure du temps.

”Ma mère m’a dit : +Si on doit tuer Wade, tu dois mourir pour lui aussi. Sinon, tu ne remettras plus les pieds dans la maison. C’est ton oncle+. Ma fidélité et ma loyauté pour Wade n’ont pas de limites”, insiste-t-il.

Originaire de Kébémer comme le ”vieux”, nom affectueusement donné à Me Abdoulaye Wade, le célèbre chauffeur raconte le quotidien de la maison du Point E où il s’occupait des enfants comme Karim, des fleurs de la devanture, et des courses de l’opposant et de Mme Wade.

Pourtant, cet homme de 75 ans, qui ne rejette pas le qualificatif de ”fanatique” de Wade, précise qu’il était venu à Dakar pour jouer au foot. Le ”talentueux attaquant”, selon ses mots, a été pensionnaire de Gorée, de la CSS, de Dial Diop.

”J’ai été baptisé avec l’argent d’un chauffeur, mon père”

Mais Diané ne pouvait fuir son destin de chauffeur, moins un choix donc qu’une ”hérédité”. ”Conduire n’était pas mon domaine de prédilection. Mais j’ai été baptisé avec l’argent d’un chauffeur, parce que mon père en était un. Et c’est lui qui m’a recommandé d’aller conduire pour Wade”, signale-t-il.

Au plus fort du régime socialiste, Abdoulaye Wade devait s’attendre à des risques. Il avait donc besoin d’hommes courageux comme lui et qui ne reculeront devant rien.

”Fara Ndiaye, Boubacar Sall, Ousmane Ngom, Idrissa Seck, tous m’ont trouvé avec Wade”, rappelle-t-il.

Le jeune Diané se voit dans ce profil de l’emploi et décide de prendre le volant de l’opposant. ”Il avait des chauffeurs qui n’étaient pas courageux, qui n’étaient pas de ma carrure. Moi je ne recule devant rien, je m’habille à la perfection”, se gargarise-t-il, avant de se lever et d’ouvrir sa veste impeccable confectionnée par un célèbre couturier sénégalais résidant en France, Papa Ndiaye, pour ne pas le nommer.

Coiffé d’un torpédo bien ajusté, Diané dévoile ses airs de dandy.

”J’ai été avec lui alors qu’il était encore avocat et fréquentait le tribunal du Cap Manuel”, souligne Mamadou Diané Diop.

”Je n’ai jamais forcé le barrage policier”

L’ancien chauffeur de Abdoulaye Wade, Mamadou Diané Diop, évoque l’épisode de la Place de la Nation où l’ancien président avait été accusé, en 2015, d’avoir forcé le barrage des forces de l’ordre, alors que la manifestation de l’opposition était interdite, une thèse qu’il réfute.

L’ancien président de la République, Abdoulaye Wade, avait bravé l’interdiction de la manifestation du Front patriotique pour la défense de la République (FPDR), une coalition regroupant des partis de l’opposition.

”Les policiers nous ont ouvert le barrage. Je suis le chauffeur de Wade, s’il me donne des ordres, je les exécute à la lettre. C’est cela la loyauté”, a-t-il juré. ”Mais je puis vous assurer que sur ce coup, nous n’avons pas forcé le barrage. Le cas échéant, on m’aurait interpellé. Wade m’a dit, ils ont ouvert les barrières, vas-y. Et cela après qu’ils ont lancé les grenades lacrymogènes. J’étais avec Wade et Madické Niang”, affirme Diané Diop, qui se vante de n’avoir ”jamais eu de problème” pendant tout le temps qu’il était au service de Wade. ”Même pas un problème de crevaison”, ajoute-t-il.

La psychose des voitures piégées et des embuscades, une stratégie prêtée à l’opposition et au régime socialiste, à l’époque, n’avait non plus jamais inquiété Diané.

D’ailleurs, souligne-t-il, ”personne ne touche au véhicule de Wade, parce que je suis tout le temps debout pour le surveiller. J’étais mon propre gardien. Même si je dois bouger, je le confie à quelqu’un que je connais pour éviter de mauvaises surprises”, raconte-t-il.

Une CX, premier véhicule de Wade

Mamadou Diané Diop, qui a roulé jusqu’aux dernières heures du mandat de Abdoulaye Wade, assure être encore sollicité par l’ancien président chaque fois qu’il séjourne à Dakar.

Il se souvient encore de la première voiture de l’opposant qu’il a conduite, une Citroën CX, un modèle ”très rare” à l’époque.

Diané révèle que le secrétaire général du PDS, du haut de sa popularité, avait des codes qu’il assimilait chaque fois qu’il est au milieu d’une foule.

”Quand j’ouvre le toit du véhicule, il pose la main sur ma tête, ce qui signifie que je dois m’arrêter, et s’il la lève, c’est pour me dire de partir. C’est pourquoi, j’ai pris l’habitude de porter des bérets”, explique-t-il, louant la ”générosité” de Wade.

”Wade a créé la Cité Calots bleus [des agents qui étaient chargés de sa protection], et leur a octroyé 80 maisons, équipées de fauteuils, d’armoire, de frigidaire. Qui peut faire mieux !”, s’exclame-t-il.

AUT: HK/HB/FKS/OID