Multilatéralisme : les ambitions africaines limitées par une certaine dépendance financière
Multilatéralisme : les ambitions africaines limitées par une certaine dépendance financière

SENEGAL-AFRIQUE-DIPLOMATIE

Dakar, 23 avr (APS) – Le constat de la faiblesse du poids de l’Afrique dans les instances décisionnelles internationales refait surface au moment de célébrer la Journée internationale du multilatéralisme et de la diplomatie de paix, certains acteurs pointant notamment principalement la dépendance du fonctionnement des instruments d’intégration et autres aux soutiens extérieur du continent.   

“L’éléphant dans la chambre, c’est la question du financement”, a par exemple asséné l’ambassadeur du Sénégal auprès de l’Union africaine à Addis-Abeba, pour évoquer la fragilité financière de l’organisation panafricaine.

“Nous sommes 54 plus 1, et nous fonctionnons avec 700 millions de dollars. Vous voyez les difficultés”, a déploré le diplomate, évoquant une dépendance critique à l’appui extérieur, lors d’un panel organisé dans le cadre de la 7e conférence des ambassadeurs, consuls et consuls généraux du Sénégal (18-19 avril 2026).

Selon les données de la Commission de l’Union africaine, le budget en cours de l’organisation intergouvernementale africaine tourne autour de 700 millions de dollars sur un besoin estimé à 2 milliards de dollars.

En comparaison, l’Union européenne, avec 27 pays, dispose d’un budget d’environ 30 milliards de dollars.

Si le budget de fonctionnement est honoré à 100 % par les cotisations des États membres, le budget programme est financé à moins de 30 % par les Africains, et à plus de 70 % par les partenaires extérieurs. Quant aux opérations de soutien à la paix, elles sont quasiment financées à 100 % par les partenaires, a souligné le diplomate sénégalais, parlant de l’extranéité du financement de l’UA comme l’arbre qui cache la forêt.

Il n’a pas manqué d’évoquer des voies et moyens entrepris pour remédier à cette situation à travers par exemple la résolution 2719 (2023) du Conseil de sécurité des Nations unies prévoyant un financement onusien de l’ordre 75 % des opérations de soutien à la paix en Afrique, les 25 % restants devant être à la charge de l’UA et des partenaires. Mais là encore, l’ambassadeur Thiaw évoque des “blocages concrets”.

“Dans le cas somalien, les États-Unis ont refusé l’application de la 2719. L’UA a dû dégager un budget de 10 millions de dollars, ce qui constitue une goutte d’eau”, a-t-il regretté.

S’agissant du financement interne, le constat est tout aussi alarmant, selon Mamadou Lamine Thiaw qui rappelle la déclaration de Johannesburg de 2015 et la décision 578 des chefs d’État visant à renflouer les caisses de l’UA, avec l’institutionnalisation d’une taxation de 0,2 % sur des biens éligibles, sur la base des travaux de Donald Kaberuka, ancien président de la Banque africaine de développement (BAD).

Il estime que dix ans après, seuls 17 pays sur 54 ou 55 appliquent cette taxation.

Tout compte fait, l’ambassadeur sénégalais estime que derrière les déclarations de principe sur l’intégration africaine, se cache une réalité implacable. Sans un financement souverain, une appropriation réelle des instruments continentaux et un leadership politique à la hauteur, les promesses du traité d’Abuja de 1991 et de l’Agenda 2063 risquent de rester lettre morte.

MF/AKS/BK