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Fatick, 28 sept (APS) – Le ministre de l’Education nationale, Moustapha Mamba Guirassy, a annoncé lundi, à Fatick (centre-ouest), l’institution d’un “Grand prix du chef de l’Etat pour l’alphabétisation et les langues nationales”, en vue de stimuler les initiatives locales en matière d’innovation pédagogique, l’action associative et l’impact communautaire.
“Pour consacrer cette dynamique et stimuler les initiatives locales, le chef de l’État a décidé d’instituer le +Grand prix du président de la République pour l’alphabétisation et les langues nationales+. Un prix qui récompensera chaque année l’innovation pédagogique, l’action associative et l’impact communautaire”, a-t-il notamment déclaré.
Il présidait un Comité régional de développement spécial (CRD spécial) consacré au mois national de l’alphabétisation, portant cette année sur le thème “L’alphabétisation, levier d’entrepreneuriat et d’employabilité pour une inclusion sociale et économique durable”.
Le ministre de l’Education nationale estime qu’il faut impérativement lier l’apprentissage de l’écrit à des parcours professionnels concrets.
”L’alphabétisation ne se décrète pas depuis les bureaux de Dakar, elle prend vie dans nos terroirs, au contact des réalités du monde rural, des ateliers d’artisans et des groupements de femmes. Elle n’a de valeur que si elle répond aux exigences du quotidien et ouvre de réelles perspectives d’émancipation”, a insisté M. Guirassy, selon qui l’alphabétisation n’est pas un rattrapage mais un point de départ.
Il a signalé qu’entre 2013 et 2023, le taux d’analphabétisme chez les plus de 10 ans est passé de 54,6 % à 37,1 %, un recul de plus de 17 points traduisant le dévouement des facilitateurs, des associations, des collectivités territoriales et des maîtres communautaires.
“Nous continuons d’ouvrir près de 500 classes par an, touchant, pour la seule session de 2026, près de 18 500 apprenants, dont plus de 13 000 pris en charge directement par l’Etat du Sénégal. Cependant, 37 % de nos concitoyens tenus à l’écart de l’écrit, c’est encore trop”, a-t-il fait savoir.
Selon lui, cette situation représente “une injustice” qui pèse d’abord sur les campagnes et freine l’autonomisation des femmes.
“Nous devons nous parler avec franchise. Nous ne pouvons plus esquiver une question centrale : celle du modèle de financement de l’alphabétisation”, a par ailleurs souligné le ministre de l’Education nationale.
Pour lui, pendant trop longtemps, le sous-secteur de l’éducation non formelle et de l’alphabétisation a été traité comme “le parent pauvre” du budget sectoriel de l’éducation, captant “une part marginale, souvent inférieure à 1 % des ressources allouées à l’école”.

“Cette dépendance excessive aux financements extérieurs et aux projets ponctuels fragilise nos acquis et bride le déploiement de nos ambitions”, a relevé le ministre de l’Education nationale.
“Si nous voulons des résultats structurels, nous devons aligner les moyens financiers sur nos priorités politiques. La souveraineté éducative commence par un rééquilibrage budgétaire national en faveur de l’alphabétisation, couplé à une mobilisation accrue des ressources propres des collectivités territoriales et à des mécanismes innovants de contribution du secteur privé”, a fait valoir M. Guirassy.
A l’en croire, la formalisation du document de politique linguistique nationale, validée techniquement le mois dernier, avec l’apport de tous les acteurs concernés, donne enfin au Sénégal une trajectoire claire.
Cette bascule est déjà en cours dans le système éducatif, à travers le Modèle harmonisé d’enseignement bilingue au Sénégal (MOHEBS), déployé aujourd’hui dans 1 951 écoles réparties entre les académies de Ziguinchor, Sédhiou et Thiès, a-t-il indiqué.
“Cela prouve tout simplement que l’ancrage dans la langue maternelle sécurise les apprentissages de base tout en préparant la maîtrise du français et des langues internationales”, a encore dit le ministre.
ADE/BK
