SENEGAL-SOCIETE-COMMEMORATION-PREPARATIFS
Par Abibou Ndiaye
Touba, 28 juillet (APS)- Au cœur de l’organisation du Grand Magal de Touba, commémoré le 2 août prochain, des centaines de bénévoles s’activent dans l’ombre pour réserver le meilleur accueil possible aux visiteurs et contribuer au bon déroulement de cette manifestation annuelle.
Le Dahira Moukhadimatoul Khidma, chargé de missions aussi diverses que l’entretien de la Grande Mosquée, la gestion des cimetières, l’accueil des hôtes religieux, la sensibilisation des fidèles et l’assistance sanitaire, fait partie des structures les plus sollicitées.
“Avant, pendant et après le Magal, nous sommes mobilisés pour veiller au bon fonctionnement de plusieurs secteurs stratégiques”, explique à l’APS Abdou Lahat Bousso, président de sa commission culturelle.
Le Dahira Moukhadimatoul Khidma assure la gestion de plusieurs espaces emblématiques de la cité religieuse, notamment la Grande Mosquée de Touba et son esplanade, le cimetière historique de Bakhiya ainsi que le nouveau cimetière.
Il est également chargée de l’accueil et de l’hébergement des chefs religieux invités au Magal, de la gestion des résidences historiques du fondateur du mouridisme et de l’organisation de plusieurs activités officielles confiées par le khalife général des mourides.
Les membres du dahira sont à l’œuvre depuis plusieurs jours, dans le cadre des préparatifs de cette manifestation annuelle commémorant le départ en exil, en 1895, de Cheikh Ahmadou Bamba, fondateur du mouridisme, l’une des principales confréries musulmanes au Sénégal.
Ils ont, par exemple déjà, entamé les travaux d’entretien général, selon Abdou Lahat Bousso.
“Il s’agira de procéder aux réparations électriques, à la remise en état de certains équipements, aux travaux de peinture, de maçonnerie et à l’entretien du mausolée de Serigne Touba”, précise le président de la commission culturelle du Dahira Moukhadimatoul Khidma.
Plus de 200 personnes participent déjà aux opérations de nettoyage qui se déroulent au quotidien. Des équipes renforcées comprenant de menuisiers, électriciens, métalliers et plombiers viennent ensuite s’ajouter au dispositif en place pour les besoins des dernières vérifications.
Les grands travaux en cours dans l’enceinte de la mosquée ne pourraient pas être achevés avant l’édition 2026 du Magal, note toutefois Abdou Lahat Bousso.
“Une partie importante de la Grande Mosquée restera inopérationnelle cette année pour des raisons de sécurité liées au chantier”, renseigne-t-il.
Ces aménagements entraîneront une réorganisation des circuits d’accès au mausolée et aux différents espaces de prière.
Sensibiliser avant d’accueillir
Au-delà de l’aspect logistique, le Dahira Moukhadimatoul Khidma mène un important travail de sensibilisation religieuse et citoyenne.
En partenariat avec le comité scientifique du Grand Magal, il déroule plusieurs campagnes de communication autour du respect des lieux saints, des bons comportements à adopter, des enseignements de Cheikh Ahmadou Bamba et de l’histoire du Magal.
Six grandes thématiques seront diffusées sur les plateformes numériques du dahira et présentées lors de rencontres en présentiel.
Une exposition consacrée à l’histoire de la Grande Mosquée de Touba, depuis sa fondation, est également prévue à partir du 16 Safar, un évènement auquel prendront part des chercheurs, écrivains et professionnels des médias autour d’un important patrimoine documentaire.
“Cette année, plus de 500 membres du dahira seront déployés par rotation dans les différents sites stratégiques”, a annoncé Abdou Lahat Bousso.
Ils sont affectés à plusieurs tâches, de la gestion des foules à l’entretien des lieux, en passant par l’orientation des visiteurs, la surveillance des espaces sensibles et l’assistance aux pèlerins.
“Tous recevront une formation spécifique afin de maîtriser leurs responsabilités et de répondre efficacement aux besoins des fidèles”, souligne Abdou Lahat Bousso.
Le dispositif sera renforcé par les forces de défense et de sécurité qui assureront une présence permanente dans et autour de la Grande Mosquée.
Une plateforme numérique pour retrouver les tombes
Parmi les innovations mises en place, figure une plateforme numérique destinée à faciliter les visites dans les cimetières de Touba. Les visiteurs pourront ainsi localiser rapidement la tombe de leurs proches à travers un numéro d’identification.
“Cet outil constitue une avancée importante pour l’orientation des fidèles, notamment au cimetière de Bakhiya où affluent chaque année des milliers de visiteurs”, explique le responsable de la commission culturelle du Dahira Moukhadimatoul Khidma.
Le dahira travaille également en étroite collaboration avec le district sanitaire de Touba et les sapeurs-pompiers.
Une grande structure médicalisée climatisée sera installée dans l’enceinte de la Grande Mosquée pour prendre en charge les cas nécessitant une assistance immédiate.
Des ambulances assureront, au besoin, les évacuations vers les structures hospitalières de la ville.
“Nos membres seront également formés aux premiers secours afin de pouvoir intervenir rapidement avant l’arrivée des équipes spécialisées”, indique M. Bousso.
Depuis 2010, le Dahira Moukhadimatoul Khidma coordonne l’accueil, l’hébergement et la restauration des invités officiels du Grand Magal.
L’année dernière, environ 1.500 invités enregistrés ont bénéficié de cette prise en charge, sans compter les nombreux accompagnateurs venus du Sénégal et de l’étranger.
“Nous sommes prêts à assurer ce service 24 heures sur 24 comme nous le faisons depuis plus de quinze ans”, assure le président de sa commission culturelle.
Derrière cette impressionnante organisation se cache une motivation essentiellement spirituelle.
La plupart des membres du dahira sont des jeunes: étudiants, enseignants, fonctionnaires, artisans ou professionnels qui consacrent bénévolement une partie importante de leur temps au service de Serigne Touba.
“Tous travaillent dans l’unique objectif de servir Serigne Touba et de perpétuer l’héritage légué par le fondateur du mouridisme”, affirme Abdou Lahat Bousso.
Pour lui, l’engagement des bénévoles s’inscrit dans la continuité de l’esprit de sacrifice qui avait marqué la construction de la Grande Mosquée de Touba, quand des hommes, femmes et enfants participaient volontairement aux travaux dans des conditions jugées particulièrement difficiles.
Le khidma comme engagement spirituel
“Notre ambition est de préserver cet héritage et de continuer à servir la communauté avec dévouement. Nous sommes des serviteurs qui n’attendent leur récompense que d’Allah”, conclut-il.
À travers l’entretien de la Grande Mosquée, l’accueil des pèlerins, la gestion des cimetières, l’assistance sanitaire et la sensibilisation religieuse, le Dahira Moukhadimatoul Khidma apparaît ainsi comme un pilier essentiel de l’organisation du Grand Magal de Touba, l’un des plus grands rassemblements religieux d’Afrique.
Le “khidma”, c’est-à-dire l’engagement bénévole des populations de Touba, constitue l’un des principaux leviers de préservation du cadre de vie dans la cité religieuse à l’approche du Grand Magal, selon Serigne Cheikh Abdoul Ahad Mbacké Gaïndé Fatma.
Le président de la commission culture et communication du Magal estime que la tradition du “khidma” (service désintéressé) permet aux habitants, aux dahiras et associations de contribuer activement à la gestion environnementale de la ville.
“Chaque jeune, chaque femme appartient à une organisation qui œuvre au service de Cheikh Ahmadou Bamb”, a-t-il expliqué.
Selon lui, cette mobilisation collective facilite le nettoyage régulier des quartiers et de la Grande Mosquée, indépendamment des interventions des services publics.
Pour Serigne Cheikh Abdoul Ahad Mbacké, cette culture du service communautaire explique la capacité de Touba à faire face à son expansion démographique rapide.
Il considère que cette dynamique citoyenne complète efficacement l’action de l’État et des collectivités territoriales dans les domaines de l’assainissement et de l’environnement.
Le responsable religieux fait observer que le “khidma”, hérité des enseignements de Cheikh Ahmadou Bamba, demeure au cœur du modèle d’organisation sociale de la communauté mouride.
AN/BK/HB/SBS

