Mireille Fanon, présidente de la Fondation Fanon : “On est sur la bonne voie”
Mireille Fanon, présidente de la Fondation Fanon : “On est sur la bonne voie”

SENEGAL-MONDE-CULTURE

Dakar, 24 déc (APS) – La présidente de la Fondation Fanon, Mireille Fanon, a tiré un bilan “très positif” du colloque international sur le centenaire de la naissance (1925-2025) du psychiatre et militant anticolonialiste martiniquais Frantz Fanon, estimant que cette commémoration a suscité des échanges “très intéressants”, des communications “chargées de profondeur et de perspective”.

Le colloque international sur le centenaire de la naissance de Frantz Fanon s’est tenu du 17 au 20 décembre 2025 au Musée des civilisations noires, à Dakar.

“Je tire de ce colloque un bilan quand même très positif. Les jeunes, les vieux étaient au rendez-vous. Il y a eu des questions et des échanges très intéressants, des communications aussi chargées de profondeur, de perspective”, a déclaré Mireille Fanon, fille du révolutionnaire martiniquais décédé en 1961.

Elle juge globalement positif le bilan de ce colloque tenu “dans un espace absolument magnifique, il faut le reconnaître, au sein de la culture africaine, du continent africain”.

Le colloque international de Dakar était le dernier acte du programme arrêté pour la commémoration du centenaire de la naissance de Frantz Fanon durant l’année 2025. 

Au total, 27 villes à travers le monde ont abrité des manifestations liées à ce centenaire, dont Dakar (Sénégal), Soweto (Afrique du Sud), Francfort et Berlin (Allemagne), Naples (Italie), Paris et Bordeaux (France), Berkeley, New York, Dayton et Jackson aux Etats Unis, ainsi que Hong Kong.

Mireille Fanon, présidente de la Fondation Fanon : "On est sur la bonne voie"

Il y a aussi Port au Prince en Haïti, Guatemala City et Mazatenango au Guatemala, San José au Costa Rica, Cali en Colombie, Ayacucho au Pérou, Temuco en Chili, Bariloche en Argentine, Salvador, Rio de Janeiro et Porto Alegre au Brésil.

 Sur “la bonne voie”

“Cela a été une année très agitée, très difficile aussi, mais positive pour les réseaux avec lesquels nous travaillons, pour la Fondation bien évidemment et pour nous tous. Je crois que c’est une année où chacun de nous a grandi, a vu peut-être d’autres aspects de Fanon qu’on n’avait pas tout à fait analysés, approfondis”, a indiqué Mireille Fanon.

L’année 2025 a été “une année aussi intense, très intense, mais très forte aussi de rencontres et de peuples”, a-t-elle insisté, précisant que les différentes initiatives organisées dans le cadre de ce centenaire ont été mises en œuvre en partenariat avec des organisations présentes dans les villes concernées.

“Tout cela nous conforte dans l’idée que la Fondation est sur la bonne voie”, a commenté Mireille Fanon, en signalant que Dakar et Soweto ont été les seules villes africaines à accueillir des manifestations liées au centenaire de la naissance de Frantz Fanon. 

“Nous, à la Fondation, on a pour principe de ne pas aller au-devant, de dire on veut venir et on veut faire cela. Ce n’est pas du tout notre processus, puisqu’on attend que ce soient les peuples en lutte, les groupes, les organisations en lutte qui nous demandent de venir”, a-t-elle fait savoir en justifiant le choix de Dakar et Soweto.

Un appel a été lancé par la Fondation, et quelques pays y ont répondu, dont le Musée des civilisations noires au Sénégal et Black House Collective à Soweto en Afrique du Sud, a-t-elle indiqué. 

Le souhait d’aller à Bamako et à Niamey

“Pour les autres, non, il n’y a pas eu de réponse, mais je sais qu’il y a eu sur le continent des événements organisés, mais pas de la même façon que nous on les pense”, a précisé Mireille Fanon.

Elle a confié que la Fondation Fanon aurait souhaité aller à Bamako au Mali, et avait même envisagé cette possibilité, mais cette piste n’était pas simple.

“Maintenant, c’est très compliqué. L’ambassade du Mali n’est plus à Paris. C’est très compliqué d’avoir des visas. Donc, c’était trop difficile, et surtout on a abandonné parce que tous les gens qu’on a invités de Kanaky (Nouvelle Calédonie), de Porto Rico, d’Afrique du Sud ou d’autres endroits n’auraient pas pu venir. Donc, cela n’aurait pas eu le même sens”, explique-t-elle, précisant toutefois être en phase pour la réciprocité en matière de visas.

Mireille Fanon, présidente de la Fondation Fanon : "On est sur la bonne voie"

“J’espère quand même que cela va s’ouvrir et qu’on pourra retravailler avec tous ces pays où il y a une jeunesse dynamique, en attente”, a ajouté la présidente de la Fondation Fanon.

La Fondation Fanon aurait aussi aimé aller à Niamey au Niger, où un des fondateurs de l’association Alternative Espaces Citoyens (AEC) et du centre Fanon, Moussa Tchangari, est actuellement en détention. 

“Bien sûr, on aurait aimé aussi aller à Niamey, puisqu’on a des liens très forts avec ce centre depuis très longtemps sur la question de la terre, des migrants, mais aussi des dénis de justice et autres. Malheureusement, c’est très difficile actuellement d’aller dans ce pays”, déplore la présidente de la Fondation Fanon.

Selon Mireille Fanon, la Fondation qu’elle dirige réclame la libération de Moussa Tchangari, arrêté le 3 décembre 2024 et poursuivi pour apologie au terrorisme.

Moussa Tchangari est une voix critique de la junte au pouvoir à Niamey. 

Ne pas parler de mon père, mais de Fanon

La fille de Fanon dit constater une forme d’intérêt pour la pensée de Fanon au sein de la jeune génération. 

“Je pense qu’il [Fanon] vient rencontrer les aspirations de cette jeunesse qui a été muselée, contrainte et qui maintenant veut respirer, envahir les villes, les rues, surtout pour le droit à manifester et pour dire qu’ils veulent un autre monde. Cette jeunesse veut un autre monde, d’autres rapports de leurs pays avec les autres pays, avec leurs propres citoyens et peuples”, a-t-elle déclaré.

Il ne faudrait pas non plus que Frantz Fanon “devienne une forme de recette. Il suffit de citer Fanon et on a l’impression qu’en soi, cela suffit, tout va être réglé. Non, tout est à construire, tout reste à faire. Fanon n’a fait qu’ouvrir le chemin”, a-t-elle indiqué.

“Il nous revient de continuer ce chemin et d’aller vers autre chose que des recolonisations, du néocolonialisme, des génocides, de l’accaparement des terres, du pillage des richesses et de la façon d’utiliser les dettes publiques ou les crises économiques de façon à assommer encore plus les peuples”, recommande-t-elle. 

“C’est à nous de résister et de lutter pour cela. Et la jeunesse, me semble-t-il, y compris ici […], cette jeunesse […] écoute et est prête à ne pas lâcher”, a poursuivi Mireille Fanon.

“Etre la fille de ou le fils de n’est jamais facile. Peu importe si c’est Fanon ou un autre, ce n’est jamais facile. Les gens attendent de vous un certain nombre de choses, donc je dirais que ce n’est pas très facile”, a-t-elle répondu à une question à ce sujet.

Pour Mireille, la recette, c’est de séparer les choses. “Ne jamais parler de mon père, mais parler de Frantz Fanon. Je ne parle jamais de mon père”, conclut-elle.

FKS/BK/HB