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Thioubalel Nabadji, 20 août (APS) – Les travaux du pont reliant Thioubalel Nabadji à la route nationale étant à l’arrêt depuis plus de six mois, ce village de la région de Matam situé entre le fleuve Sénégal et un de ses affluents n’est plus desservie que par des pirogues qui assurent le transport des habitants.
Les évacuations sanitaires aussi se font à l’aide de pirogues, une situation qui a motivé le plaidoyer des habitants pour la reprise des travaux de cette route destinée à désenclaver les villages situés en bordure du fleuve Sénégal de manière générale.
Il y a un peu plus d’un an, une pirogue transportant des personnes dont des enfants qui se rendaient sur des champs rizicoles situés de l’autre côté du bras de fleuve avait chaviré, causant la mort de cinq d’entre elles.
Ce dimanche 17 août 2025, des populations de Thioubalel étaient sorties en masse pour assister à la réception d’une pirogue en fibre de verre offerte par le Programme d’urgence et de modernisation des axes et territoires frontaliers (PUMA). Un moyen de transport qui va assurer la traversée des personnes et des biens entre Thioubalel et Nabadji Civol.
Sauf que le pont devant relier Thioubalel aux autres localités de la région de Matam est toujours en construction et ses travaux à l’arrêt depuis plusieurs mois.

Des deux côtés du fleuve, le pont est fermé avec des barricades de fortune, même la circulation piétonne n’est pas autorisée pour des raisons de sécurité.
Seuls un container et du matériel y ont été laissés par les responsables du chantier qui ne sont plus revenus depuis la fin du mois de ramadan.
Des montagnes de latérite sont visibles des deux côtés de l’infrastructure. Sous le pont, au niveau de Thioubalel, ceux qui n’ont pas pu traverser sont restés sur place pour assister de loin à la réception de la pirogue en fibre de verre offerte par le PUMA.
Sur la berge, le transport se poursuit. Des motos et des charrettes sont transportées par des pirogues.
Assis sur une branche d’arbre, trois adultes discutent. Interpellés sur le pont, ils plaident pour la reprise des travaux, car le pont une fois terminé sera d’un ”gros apport pour les populations de Thioubalel, mais aussi de toutes celles qui quittent le Dièry pour les villages du Dandé Mayo”.
”Actuellement, avec l’arrêt des travaux, nous les villageois de Thioubalel sommes confrontés à plusieurs difficultés. Même pour construire, il nous faut débourser beaucoup plus d’argent, car l’inaccessibilité du village fait que le prix du camion de sable a été presque doublé”, se plaint Saidou Sy, un pécheur de Thioubalel, habillé d’un gilet de sauvetage.
Des activités agricoles plombées par la non ouverture du pont
Il souligne que l’ouverture du pont aurait beaucoup soulagé les villageois qui se déplacent jusqu’à Nabadji Civol pour faire leurs courses ou aller à l’école.
Selon lui, certains camions transportant du ciment, des denrées alimentaires ou du matériel de construction font un grand détour pour rallier le village, en passant par le pont de Ndouloumadji et traversant plusieurs villages du Dandé Mayo nord.
Sur le plan scolaire aussi, le non achèvement du pont pousse les élèves à prendre les pirogues non motorisées pour rallier la berge du bras du fleuve, avant de parcourir le reste du chemin à pied jusqu’à Nabadji Civol où ils étudient au collège ou au lycée, moyennant 50 ou 100 francs CFA par traversée.

“Malgré cette situation, nos enfants font de bons résultats. Depuis plusieurs années, ils étudient dans ces conditions. Malgré cela, ils ont pu décrocher leurs diplômes pour aller à l’université”, explique Samba Sall.
Les femmes du village mènent leurs activités commerciales à Nabadji et ailleurs.
Saidou Sy, par ailleurs gardien dans le chantier, souligne que les évacuations sanitaires se font également avec des pirogues, puisque l’unique poste de santé existant à Thioubalel Nabadji n’est toujours pas fonctionnel.
De son côté, Oumar Sy, le chef de village estime qu’en plus d’aider les habitants de Thioubalel dans leurs déplacements, l’infrastructure ”va beaucoup soulager les populations du Dandé Mayo”.
“C’est peut-être le seul point de passage vers toute la partie du Dandé Mayo. Il va participer au désenclavement de toute cette partie de la région de Matam”, a-t-il indiqué.
Sur le plan agricole, beaucoup de champs restent encore inexploités à cause de la non ouverture du pont, d’autant que les agriculteurs qui habitent le Dièry, ne veulent pas prendre le risque de traverser le bras du fleuve.
Le chef de village renseigne que depuis deux à trois ans, les champs n’ont pas été exploités, ajoutant que les propriétaires sont des agriculteurs de Nabadji Civol, Boki Saboundou et Thioubalel Nabadji.
En marge de la cérémonie de réception de la nouvelle pirogue en fibre, le préfet de Matam a annoncé que les autorités sont en train de voir avec l’entreprise en charge des travaux comment faire pour les reprendre.
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