Mame Ousmane Samb, la foi au service de la communauté
Mame Ousmane Samb, la foi au service de la communauté

SENEGAL-RELIGION-PROFIL

Par Momar Khoulé Ba

Tivaouane, 22 août (APS) – Mame Ousmane Samb s’est imposé depuis des années comme une figure incontournable du Comité d’organisation au service de Khalifa Ababacar Sy (COSKAS), incarnant foi, citoyenneté et service communautaire, afin d’assurer un bon déroulement du Gamou de Tivaouane, célébrant la naissance du Prophète Mohammed (PSL).

Discret dans l’attitude, posé dans la parole et constant dans l’action, Mame Ousmane Samb revendique une conception de la responsabilité fondée sur la foi, la discipline, la discrétion et le sens du devoir, des valeurs érigées en devise par le COSKAS.

Pour lui, diriger cette organisation, cheville ouvrière du Gamou, dépasse l’exercice d’une fonction : c’est une véritable ‘’école de vie’’, nourrie par l’éducation religieuse, l’exemple des grandes figures de la Tidjaniya et l’apprentissage quotidien du service de la communauté.

Cet homme, né et grandi à Yoff, un quartier de Dakar, est issu d’une famille profondément attachée aux valeurs religieuses, et ayant un lien particulier avec Seydi El Hadji Malick Sy.

Précisément, son arrière-grand-père avait noué des relations étroites avec le guide religieux à Saint-Louis. À Yoff, la demeure qui accueillit le vénéré érudit de Tivaouane fait face à la maison familiale, où sa chambre et son lit sont, selon lui, toujours conservés.

Cette proximité avec l’héritage de Seydi El Hadji Malick Sy a façonné son rapport à la foi et au service.

Titulaire d’un master en développement local et communautaire de l’École nationale d’économie appliquée (ENEA), Mame Ousmane Samb a forgé une solide expérience dans l’action publique et associative. Ancien adjoint au maire de Yoff et deux fois conseiller municipal, il a également présidé le foyer des jeunes et le comité de santé du district Ouest. Ces responsabilités lui ont permis d’affiner ses compétences en mobilisation communautaire, organisation et gestion des ressources humaines.

La rencontre décisive qui a changé son parcours

Son histoire avec le COSKAS débute en 2000. À l’époque, Mame Ousmane Samb aspire surtout à vivre sa foi dans la simplicité, comme talibé (disciple), sans engagement organisationnel. Mais un séminaire de trois jours à Tivaouane va changer son parcours. Dès l’ouverture, Serigne Abdou Aziz Sy Al Amine invite les participants à rejoindre le COSKAS. Mame Ousmane Samb répond à l’appel, intègre l’organisation, devient vice-président de la commission des jeunes, avant d’en prendre la direction en 2009.

Il dit garder de cette période une «profonde reconnaissance» envers Serigne Abdou Aziz Sy Al Amine, dont les enseignements et les conseils demeurent, selon lui, une source d’inspiration.

‘’Je n’ai jamais regretté d’avoir intégré le comité. Être à ses côtés était une aubaine pour parfaire mon éducation. Dieu m’a offert cette opportunité’’, témoigne-t-il.

Cette relation a marqué sa conception du leadership : servir sans se mettre en avant, transmettre sans imposer et faire de l’organisation un instrument au service de la communauté.

Un COSKAS en pleine mutation

Créé en 1968 pour accueillir les pèlerins et assurer le bon déroulement du Mawlid, le COSKAS a progressivement élargi son champ d’action. L’année 2000 marque un tournant : sous l’impulsion de Serigne Abdou Aziz Sy Al Amine, l’organisation s’ouvre davantage aux jeunes et aux femmes et amorce une démocratisation de son fonctionnement.

‘’À ses débuts, le recrutement était très restreint et il n’était pas facile d’accéder au COSKAS. Face à l’engouement d’une jeunesse désireuse de s’investir, Serigne Abdou Aziz Sy Al Amine a décidé de démocratiser l’organisation’’, explique son président.

Mame Ousmane Samb, la foi au service de la communauté

Depuis 2009, Mame Ousmane Samb s’attache à consolider cette ouverture et à donner au COSKAS une dimension nationale. L’organisation revendique aujourd’hui plus de 10.000 membres, répartis dans des sections locales implantées dans la quasi-totalité des régions du Sénégal. Les effectifs varient, selon les sections, entre 30 et 200 membres, avec une adhésion formalisée par une fiche d’engagement et une cotisation annuelle de 10.000 francs CFA.

Sous l’impulsion de son président, le COSKAS ambitionne désormais de dépasser son rôle traditionnel d’organisation du Gamou pour investir des secteurs directement liés aux préoccupations des populations. Agriculture, autonomisation des jeunes, formation professionnelle, économie sociale et développement communautaire figurent désormais parmi ses domaines d’intervention.

Dans la vallée du fleuve Sénégal, l’organisation exploite 100 hectares dédiés à la riziculture à Ross-Béthio, tandis que des coopératives ont été mises en place à Kaffrine, Nioro, Louga et Saint-Louis.

Le COSKAS accompagne également des jeunes dans des activités d’embouche bovine et prévoit la formation de 400 de ses membres aux métiers du numérique.

Pour Mame Ousmane Samb, cette orientation repose sur une conviction simple : la foi peut être un puissant levier de transformation sociale. ‘’Aujourd’hui, notre mission est transversale. Nous intervenons dans une multitude de domaines qui touchent directement le quotidien des populations’’, résume-t-il.

Cette volonté d’élargir le champ d’action du COSKAS ne s’accompagne pas, chez son président, d’un goût particulier pour la mise en avant personnelle. Son secrétaire général, Khalifa Ababacar Niang, décrit un responsable resté fidèle à lui-même depuis son accession à la présidence.

‘’Depuis son accession à la présidence, il n’a jamais changé. Il incarne parfaitement notre devise. C’est un homme généreux, profondément à l’écoute, qui privilégie toujours le partage et sait intégrer les suggestions de chacun’’, témoigne-t-il. Cette appréciation rejoint l’image que Mame Ousmane Samb donne de lui-même : celle d’un responsable davantage préoccupé par les résultats collectifs que par la reconnaissance individuelle.

Une solidarité au-delà des appartenances

Le fonctionnement du COSKAS repose également sur un réseau de sympathisants et de bienfaiteurs. Chaque année, musulmans comme chrétiens participent à la souscription destinée à soutenir l’organisation du Gamou. ‘’C’est grâce à cette solidarité agissante que nous finançons une partie de l’organisation du Gamou’’, explique Mame Ousmane Samb, tout en reconnaissant que les ressources disponibles restent encore insuffisantes au regard des ambitions de la structure.

Mame Ousmane Samb, la foi au service de la communauté

À l’approche du Gamou, il multiplie les déplacements entre Dakar et Tivaouane. ‘’ Je reste rarement plus de deux semaines sans me rendre à Tivaouane’’, confie-t-il.

Cette présence régulière est, à ses yeux, indissociable de la tarbiya, cette éducation spirituelle qui accompagne la formation du disciple. Son engagement est également partagé par sa famille : ses épouses et ses enfants participent eux aussi aux activités du COSKAS.

À la tête d’une organisation regroupant des milliers de membres, Mame Ousmane Samb considère que son principal défi n’est pas la quantité de travail, mais la capacité à fédérer des personnes aux parcours et sensibilités différents. ‘’ Les membres viennent d’horizons divers et n’ont pas toujours la même lecture des situations. Tout le défi consiste à fédérer ces sensibilités autour d’un objectif commun’’, analyse-t-il.

Cette recherche permanente du consensus constitue l’un des traits marquants de sa gouvernance. Elle traduit également sa conception du COSKAS comme un espace de participation, de transmission et de responsabilité collective.

Un bâtisseur tourné vers l’avenir

Au-delà de l’organisation du Gamou, Mame Ousmane Samb nourrit une ambition plus vaste pour le COSKAS : en faire un instrument durable de transmission de la pensée, des valeurs et du patrimoine des grandes figures religieuses du Sénégal, tout en contribuant concrètement au développement des communautés.

Son parcours apparaît ainsi comme celui d’un homme ayant progressivement transformé un engagement religieux personnel en une responsabilité collective.

De Yoff à Tivaouane, de l’action municipale au service des fidèles, de l’organisation du Gamou aux initiatives agricoles, sociales et numériques, son itinéraire repose sur un même fil conducteur : servir, transmettre et rassembler. Une conviction résumée par la trajectoire qu’il s’est construite au sein du COSKAS : faire de la foi non seulement une voie de dévotion, mais également une force d’organisation, de solidarité, de formation et de développement au service de la communauté.

MKB/ASB/HK