Les RECIDAK retracent dans un livre la trajectoire 7e art africain
Les RECIDAK retracent dans un livre la trajectoire 7e art africain

SENEGAL-AFRIQUE-CINEMA-EDITION

 Dakar, 19 août (APS) – Il y a au moins deux intérêts forts dans la publication du livre “Les chantiers du cinéma africain – De l’esthétique à l’économie” (L’Harmattan-Sénégal, 2026, 148 pages), sous la direction du professeur Ibrahima Wane, le premier étant lié au fait que c’est la première fois que des actes d’un colloque des Rencontres cinématographiques de Dakar (RECIDAK) sont publiés. Il y a ensuite que cette publication retrace, à travers les différentes contributions, le chemin parcouru par les cinémas du continent et ouvre la réflexion sur les enjeux d’un temps fortement marqué par les bouleversements technologiques.

Le colloque dont il est question ici a été organisé à l’occasion des dixièmes RECIDAK, du 23 au 26 novembre 2018, autour du thème “Cinéma et développement”.

“Les Rencontres cinématographiques de Dakar (RECIDAK) ont fait de la capitale sénégalaise pendant plusieurs années un carrefour fécondant pour les professionnels du septième art”, écrit dans son introduction le professeur Ibrahima Wane, coordonnateur scientifique du colloque.

Il relève que “cette convergence rendait quelque part justice à la terre de Sembène Ousmane, d’Ababacar Samb et de Paulin Soumanou Vieyra, pionniers du cinéma africain, qui ont permis de planter les piliers que sont le FESPACO et la FEPACI, entre autres fondements”.

Initiées en 1990, par le Consortium de Communications audiovisuelles en Afrique (CCA), sous la direction de la journaliste Annette Mbaye d’Erneville, les RECIDAK ont créé “une dynamique stimulante autour du cinéma, en faisant dialoguer les œuvres et les expériences de professionnels venant de divers horizons”, souligne Wane

Il ajoute que du fait de la dimension acquise, “elles ont été placées depuis 1997 sous l’égide de l’Etat, qui dispose des ressources requises pour en faire un cadre d’échanges et d’opportunités cinématographiques à la hauteur de leur réputation”.

Il fait alors le constat que “l’écran est cependant bien des fois demeuré noir, les RECIDAK ayant eu du mal à tenir leur place sur l’agenda culturel national et dans le réseau des festivals du continent”, estimant que la relance de l’événement, qui a tenu sa dixième édition du 22 au 28 novembre 2018, a été “un soulagement pour beaucoup d’acteurs avisés”.

“Elle coïncide avec le second souffle du cinéma sénégalais vivifié par un regain de productivité et une présence remarquable au palmarès des grandes compétitions internationales, et soutenu par la création du Fonds de promotion de l’industrie cinématographique et audiovisuelle (FOPICA)”.

“Les RECIDAK conservent leur originalité en s’ouvrant à toutes les cinématographies du monde, en proposant des cadres de réflexions structurantes sur des sujets en adéquation avec, d’une part, les politiques et stratégies de développement du secteur et, d’autre part, avec la substance de la création cinématographique”, poursuit le coordonnateur scientifique du colloque. Même si, après cette relance de novembre 2018, les RECIDAK sont retombées dans une certaine léthargie.

Invité à délivrer la leçon inaugurale du colloque, Nour-Eddine Saïl (1948-2020), philosophe, alors ancien directeur général du Centre cinématographique marocain (CCM), lance : “Alors cinéma et développement ; cinéma et économie. Pour faire du cinéma, il faut de l’argent ; cet argent se trouve dans les salles, et en Afrique il n’y a pas de salle. Donc où trouver l’argent ?”

“Pour moi, l’idéal, c’est quand même qu’un jour, tous ces pays (africains) qui partent de façon inégale convergent vers un certain nombre de productions annuelles, si tant que nos Etats soient en mesure d’en garantir la viabilité”, souligne Saïl, ajoutant : “On est capable de tout pour faire exister le cinéma africain. Rêvons puisqu’il faut rêver, mais rien n’est possible si on ne démarre pas tout de suite cette politique dans tous les pays”. 

Le réalisateur Alain Gomis, dans une communication sur ‘’cinéma et jeunesse : enjeux et défis’’, dit ce qui suit : “Je crois que le cinéma, d’une certaine façon, écrit le présent ; il écrit une certaine réalité.  Il faut absolument aujourd’hui que cette réalité, que les réalités africaines soient prises en compte et montrées d’une certaine façon par les cinéastes africains. Pourquoi ? Je réponds, en paraphrasant Cheick Oumar Sissoko qui disait il y a quelques années qu’il faut que les Africains représentent leurs émotions, leurs rêves avant d’être absolument dilués dans la volonté ou dans le désir des autres”.

Gomis a particulièrement insisté sur la formation. “Les formations sont nécessaires, mais malheureusement la formation est devenue ces dernières années un secteur très lucratif. La plupart du temps, les formations font la fortune des formateurs plus que celle des formés’’, dit-il, estimant que ‘’c’est un vrai souci aujourd’hui que d’avoir une population de jeunes formés d’une certaine façon mais qui n’arrivent pas à entrer sur le marché du travail, à exercer véritablement”.

“On a un effort à faire à ce niveau, poursuit-il. Nous devrions, nous autres cinéastes, producteurs et personnes qui arrivons bon an mal an à travailler, nous poser la question de savoir comment nous pouvons accompagner ces jeunes vers des compléments de formation ou autres, en tout vers une insertion.”

Jean-Pierre Bekolo, réalisateur et producteur camerounais, traite de “cinéma africain et anticipations technologiques”, relevant notamment que “l’idée est de partir du fait que nous avons tout ce qu’il faut pour effectivement être ce que nous voulons être et ne pas systématiquement retomber dans cette idée du Muntu qui doit imiter ou qui doit avoir cette nostalgie de ce qui s’est passé”.

Le cinéma comme “outil de changement” est le sujet choisi par la documentariste égyptienne Jihan El-Tahri qui est partie de l’histoire de l’industrie du cinéma dans son pays. “A travers les films –plus de 3000 longs métrages produits depuis 1924 – les séries et même les archives d’actualités, on voit l’évolution politique, économique, sociale et surtout culturelle de tout un peuple”, rapporte-t-elle, se posant une question : “Qui, dans ce domaine culturel, décide du récit à proposer, de la représentation dominante et des outils utilisés pour cela ?”

Soulignant que ses documentaires “tentent de décortiquer le présent à travers le prisme du passé”, Jihan El-Tahri estime que “(la) réalité d’aujourd’hui est faite des événements qui construisent une trajectoire ininterrompue, alors que le passé et le présent ne peuvent pas être dissociés”.

“Cinéma national et identité culturelle en temps d’hégémonie médiatique” (Maguèye Kassé), “Les politiques publiques pour le développement cinématographique” (Cheick Oumar Sissoko), “L’idée, l’utopie et l’argent” (Balufu Bakupa-Kanyinda), “Globalization and African Cinema, Making room for opportunities and safeguarding the threats” (Abraham Haile Biru), “Des modèles de financement” (Gille le Mao), “Financement innovant dans le secteur de l’audiovisuel” (Seydou Nourou Kane) et “RECIDAK : les nouveaux enjeux culturels et socio-économiques” (Baba Diop), sont les autres communications de ce colloque.

ADC/BK