SENEGAL-COLLECTIVITES-FINANCES
Louga, 19 mai (APS) – International Budget Partnership (IBP), une ONG militant pour une meilleure inclusion budgétaire, compte lancer une tournée nationale visant à identifier les besoins en renforcement des capacités des acteurs territoriaux en matière de gestion des finances publiques, a annoncé son directeur des programmes pour l’Afrique de l’Ouest, Djibril Badiane.
Il a fait cette annonce lundi à Louga, à l’issue d’une rencontre avec des acteurs de l’administration territoriale, dans le cadre activités annuelles du bureau régional de l’ONG couvrant l’Afrique francophone et dont le siège se trouve à Dakar.
International Budget Partnership accompagne les États et les organisations de la société civile pour “une meilleure planification, exécution, mais également évaluation des politiques budgétaires”, de manière en compte comme il faut les besoins des communautés locales, a-t-il indiqué.
Selon Djibril Badiane, le bureau Afrique francophone de l’IBP, ouvert en 2018, intervient dans les huit pays de l’UEMOA ainsi qu’au Tchad, au Cameroun et à Madagascar, à travers des sessions de renforcement de capacités destinées aux organisations de la société civile.
Ces formations visent à leur permettre de “mieux lire et analyser les documents budgétaires” afin de formuler “des stratégies de plaidoyer qui collent davantage aux causes qu’elles défendent”, a-t-il précisé.
“Il n’y a pas assez de dialogue et de discussion autour des budgets publics au niveau local”, a souligné Djibril Badiane, selon qui ce “constat assez alarmant au niveau local”, a été fait depuis l’avènement du budget-programme au Sénégal en 2020 et l’entrée en vigueur du décret de 2023 portant régime financier des collectivités territoriales.
Les élus locaux, l’administration territoriale et les services techniques déconcentrés “ne se retrouvent pas très souvent autour des cadres de concertation pour discuter de la mise en œuvre et de l’optimisation de la dépense publique”, a-t-il relevé.
Pour le responsable d’IBP, cette situation constitue “un manque à gagner pour l’État”, dans un contexte marqué par “la raréfaction des ressources publiques” et le retrait de plusieurs partenaires techniques et financiers.
Il a notamment déploré le fait que certains crédits non consommés au niveau territorial fassent l’objet de “ponctions budgétaires”, lors des lois de finances rectificatives.
“Avec l’ampleur des besoins en services sociaux de base, il n’est pas concevable de voir des crédits retournés au niveau central”, a soutenu M. Badiane, citant notamment les besoins liés au changement climatiques, à la santé ou encore aux infrastructures communautaires.
Dans cette perspective, IBP a signé, il y a deux mois, une convention de partenariat avec la direction générale de l’administration territoriale (DGAT) du ministère de l’Intérieur et de la Sécurité publique afin de sillonner les 14 régions du Sénégal.
L’objectif est de recueillir les besoins en formation de l’administration territoriale, des élus locaux et des services techniques déconcentrés de l’État, dans le cadre de l’appui au Plan stratégique de développement 2025-2029 de la DGAT.

“La direction veut donner une nouvelle image de l’administrateur civil […] avec des administrateurs qui sont à l’écoute du développement territorial et qui co-construisent les projets de développement avec les organisations locales”, a expliqué Djibril Badiane.
À Louga, la délégation de l’IBP a rencontré le gouverneur de région, le conseil départemental ainsi que la mairie de la ville.
Trois questionnaires distincts seront administrés aux différentes catégories d’acteurs concernés, avant une analyse des données recueillies dans l’ensemble des régions, en vue de concevoir des modules de formation adaptés à chaque cible.
“Si l’argent est bien collecté, bien planifié et bien dépensé, nos territoires peuvent relever les défis du développement territorial”, a déclaré M. Badiane.
Il a également insisté sur la nécessité, pour les collectivités territoriales, de mieux exploiter les niches fiscales locales afin de réduire leur dépendance vis-à-vis des transferts de l’État.
Il juge que le moment est venu d’identifier les nouvelles niches fiscales qui s’offrent aux collectivités territoriales, soulignant l’importance d’une bonne formation des élus locaux sur les impôts, taxes locales et mécanismes de mobilisation des ressources.
Selon lui, cette maîtrise pourrait permettre aux collectivités de disposer de davantage de ressources pour faire face aux besoins liés à l’eau, à l’électricité, à l’éclairage public, au changement climatique et aux charges de fonctionnement des mairies.
DS/BK
